Butter de Erin Lange, paru en 2018 à L’Ecole des loisirs

Aujourd’hui, présentation d’un ouvrage qui m’a vraiment chamboulée, à la psychologie poussée et dérangeante, sur des thèmes de société tabous et pourtant à mettre en lumière : le harcèlement scolaire et la grossophobie.

 

Butter est un adolescent avec les mêmes aspirations que ses camarades du lycée : avoir une petite copine, réussir ses examens, avoir des amis, faire la fête, intégrer un groupe de musique grâce à son don pour le saxophone… Sauf que Butter fait 192 kilos. Et à cet âge ingrat, l’apparence physique compte, pour une bonne intégration dans la société. Butter n’a aucune confiance en lui, il a tendance à rejeter la raison de ses problèmes sur ses parents, il pense être une cause perdue, et n’a pas d’ami au lycée, à part l’un de ses professeurs. Il a pourtant eu des regains de bonne volonté et a tenté à plusieurs reprises de perdre du poids. Mais les moqueries incessantes de ses camarades et l’histoire du beurre qui lui a valu son surnom de Butter, ont eu raison de sa détermination. Butter passe maintenant son temps à jouer au saxophone seul dans sa chambre ou en ligne avec sa petite amie virtuelle, qui n’est pas au courant du surpoids de son interlocuteur.

Il arrive à tenir ainsi, jusqu’à un incident à la cantine de son lycée. Butter craque et annonce via internet que le jour du 31 décembre sera son dernier sur cette terre : puisque la nourriture est un problème pour lui, il va se gaver à s’en faire exploser. Tout ça en live devant sa web cam.

 

J’ai été attirée en premier lieu par ce roman, tout simplement parce que les problèmes de surpoids ne me sont pas étrangers. Mais très loin des 192 kilos de notre Butter et n’ayant jamais subi toutes les humiliations que lui endure, je me suis vite détachée d’une identification complète. Et pourtant, pas besoin d’avoir des problèmes de poids pour s’attacher à notre héros et être captivé par le récit. Cependant, je dois dire que l’intérêt porté à ce roman est à double tranchant : j’ai en même temps eu un regard attristé et blessé sur ce qui arrive à ce jeune ado, en me disant que malheureusement ce n’est sûrement pas exagéré et que cela a déjà dû se produire dans la réalité. Et en même temps j’ai eu l’impression d’avoir un regard malsain sur certains aspects de l’histoire. Car oui, on reste tenu en haleine jusqu’au bout pour savoir s’il va ou non passer à l’acte, si oui comment cela va se dérouler et va-t-il vraiment mourir de trop manger. On est également pris dans l’engouement de la liste d’aliments que Butter va ingurgiter et qu’il dresse au fur et à mesure, avec des ingrédients qui risquent en effet de lui être fatal (il faut préciser qu’il est diabétique et allergique à certains aliments).

Je me suis sentie un peu souillée d’observer la vie de ce jeune homme en plein mal-être, comme si c’était la réalité. Et cela parce que la force d’écriture de l’autrice est vraiment puissante. Je me laisse facilement prendre dans un roman bien écrit, je pleure, je ris, je suis joyeuse, je vis avec les personnages. Mais jamais cela ne m’était arrivé de me dire que ce que j’étais en train de faire était vicieux et que je ne devrais pas épier ainsi le malheur d’un autre. Et pourtant j’ai continué.

 

Le roman prend un tournant neuf quand les bourreaux principaux de Butter retournent leur chemise et se mettent à l’apprécier pour l’audace qu’il a de s’imposer un tel défi. Malgré sa date buttoir, Butter se remet à vivre grâce à l’attention qu’on lui porte enfin. Mais est-ce vraiment de l’amitié ? Et que dira son amoureuse virtuelle s’il ose enfin se montrer ? Les tourments psychologiques que vit Butter, assaillent également le lecteur, notamment grâce à l’écriture à la première personne. Jamais je n’ai eu l’impression qu’il exagérait dans ses réflexions, pourtant il va loin, on ne peut que comprendre ses souffrances. Et jusqu’à la fin on reste un espion de sa vie, tout en espérant qu’il ne passera pas à l’acte.

 

Je ne connaissais pas Erine Lange et pourtant c’est une autrice apparemment connue aux USA, avec seulement quatre romans à son actif, tous sur les tourments de l’adolescence. Seulement deux parus en France, dont Ma dernière chance s’appelle Billy D., qui parle cette fois de l’acceptation du handicap. Je suis plus qu’heureuse d’avoir découvert de récit, qui n’est absolument pas dans mes habitudes de lecture. Il aborde des thèmes essentiels et malheureusement encore trop souvent d’actualité, notamment le harcèlement. Ce qui subjugue au fil de l’ouvrage c’est que l’on voit à la fois le point de vu de la victime et quelque peu celui des harceleurs. On arrive à percevoir que ces jeunes ne se rendent pas compte de ce qu’ils font et qu’il y a une vraie éducation à mener de ce côté.

 

En bref, un roman poignant, à mettre entre toutes les mains.

 

Bonne lecture les loulous !