Rusés, futés, malins, autant de qualificatifs pour un animal bien connu : le renard. Mais est-ce toujours le cas ? Ne se laisse-t-il pas prendre à son propre piège parfois, dans les albums de littérature de jeunesse ? Bien sûr que si ! Et toujours pour le plus grand bonheur des petits lecteurs. Voici une sélection hétéroclite, pour satisfaire tout le monde.

 

Le renard et la cigogne de Jean de La Fontaine et Isabelle Carrier, chez Bilboquet en 2005

« Compère le renard se mit un jour en frais, et retint à dîner commère la cigogne. Le régal fut petit et sans beaucoup d’apprêts : le galant, pour toute besogne, avait un brouet clair ; il vivait chichement. Ce brouet fut par lui servi sur une assiette : la cigogne au long bec n’en put attraper miette ; et le drôle eu lapé le tout en un moment. »

Comme vous l’aurez remarqué, on commence avec un grand classique. Le renard est régulièrement employé dans les fables de La Fontaine, avec toujours un rôle de rusé chenapan. Très tôt, les bambins vont étudier ces fables à l’école. En littérature de jeunesse, les reprises fleurissent donc. J’ai choisi Le renard et la cigogne parce que je ne voulais pas partir dans l’incontournable Le corbeau et le renard. Et cette adaptation, car elle convient dès le plus jeune âge. Le texte est revu pour aller à l’essentiel et simplifier le langage ; les illustrations sont aussi très adaptées aux petits : des collages de divers matériaux pour représenter les scènes. La fable originale est tout de même reprise en fin d’ouvrage pour découvrir le grand classique.

 

Les contes du Renard par Benjamin Rabier, chez Langlaude en 2011

Le renard mystifié : Goupil a prévu de jouer encore un bon tour. Il vole le panier de la fermière qui contient une poule. Mais en chemin, il rencontre Désirée, la chèvre, qui comprend ce qui se cache dans le panier volé et vient au secours de la poule, discrètement. Elle propose à Goupil de lui porter son panier en le plantant dans ses cornes. Le renard, pas si rusé que ça pour le coup, accepte. Arrivé au pied d’un grand talus, Désirée propose de faire une pause. Elle pose alors le panier à terre, et pendant qu’elle distrait Goupil, la petite poule coincée dans le panier sort ses pattes par les trous fait par les cornes et s’enfuit !

On continue avec un autre très grand classique pourtant moins connu des plus jeunes, et c’est bien dommage ! Voici donc un ouvrage assez récent, qui reprend de belles histoires de Rabier avec le renard en personnage principal ou secondaire (sachant que Rabier est plus connu pour son canard Gédéon et pour la vache qui rit, mais passons). Depuis quelques années, la maison Langlaude réédite les récits de Rabier, pour le plus grand bonheur des connaisseurs, des plus âgés, mais aussi des petits. Le résumé que je vous ai fait correspond à une seule des histoires de ce recueil, qui en contient en réalité sept. Une bonne façon pour les adultes de partager avec leurs enfants un grand classique de leur littérature de jeunesse.

 

On a volé Jeannot Lapin de Claude Boujon, paru à L’école des loisirs en 1992

Une nuit, alors que Jeannot Lapin dort tranquillement dans son terrier, Maître Renard vient le kidnapper. Il a dans l’idée d’enseigner à son fils, qui n’a jamais vu de lapin de sa vie, comment en attraper et s’en délecter. Commencent alors les leçons. La plus importante de toutes : les oreilles des lapins sont comme des petites poignées, tout est fait exprès pour qu’on puisse les attraper correctement. Maître Renard s’en va et laisse son fiston s’entraîner. Mais les oreilles de lapin glissent entre ses petites mains. Finalement, les deux jeunes s’entendent bien et se mettent à jouer ensemble. Hors de question de manger un copain !

Pour ma troisième sélection, on poursuit encore une fois avec un grand classique, mais plus contemporain. En effet, Claude Boujon est considéré comme un Grand de la littérature de jeunesse actuelle. Grenouilles, souris, lapins, il aime les histoires dont les héros sont de petits animaux. Mais il a aussi écrit quelques histoires sur des renards. Celle-ci est particulièrement délicieuse, pleine de malice et d’amitié.

 

Renard & Renard de Max Bolliger (texte) et Klaus Ensikat (illustrations), paru chez La joie de Lire en 2002

Renard courageux et Renard peureux vivent en colocation dans un terrier. Mais Renard courageux souhaite parcourir le monde et s’en va donc un bon matin, laissant Renard peureux tout triste. Renard courageux vit de nombreuses aventures : pourchasser un lièvre, se battre avec un blaireau, voler des poules dans une ferme… Pendant ce temps, Renard peureux ne chôme pas. Il vaque à ses occupations et, notamment, agrandit le terrier. Un jour, c’est l’aventure de trop pour Renard courageux : il se fait traquer par un chasseur. Dans sa course, il retrouve le chemin de son ancien terrier et s’y cache. S’en est alors finit pour Renard courageux de courir de par le monde. Enfin, pour le moment…

Ce qui m’a attirée au départ dans cette histoire, ce sont les illustrations. Klaus Ensikat est un grand nom de la littérature jeunesse européenne et son talent s’épanouit totalement dans cet album. Idem pour Max Bolliger, dont la réputation le suit de près. Son texte est digne des fables anciennes. Avec leurs deux styles à l’ancienne, dans un monde contemporain, les deux artistes signent ici un magnifique album.

 

Bonne nuit, Monsieur Renard de Kathrin Schärer, aux éditions Ane bâté en 2009

Un soir, Monsieur Renard aperçoit un jeune lièvre perdu sur une petite butte et s’approche doucement par derrière pour l’avaler tout rond. Mais le petit ne se laisse pas faire : « Halte là ! Ne me mange pas ! Tu n’as pas le droit ! Ne sais-tu donc pas qu’ici, c’est l’endroit sacré où renards et lièvres se disent bonne nuit ? » Il explique alors au renard comment lui dire correctement bonne nuit. De fil en aiguille, à chaque fois que le renard finit un rituel décrit par le petit lièvre, ce dernier arrive à lui faire croire qu’il reste encore une chose à faire, pour ne pas se faire croquer. Il arrive même à se faire raccompagner chez lui, à califourchon sur le renard !

Une petite histoire toute simple, drôle et où pour une fois c’est le lapin qui est rusé ! J’ai beaucoup accroché aux illustrations, notamment la tête des personnages. Le lapin, si malicieux, et le renard, si stupide. C’est rigolo de voir le renard tourné ainsi en dérision.

 

Harquin, le renard qui descendit la vallée de John Burningham, chez Seuil jeunesse en 2002 (première version anglophone en 1967)

Harquin et sa famille vivent dans un terrier en haut d’une colline. En bas, dans la vallée, vit un châtelain qui chasse tous les renards. Mais, n’étant pas au courant qu’une famille vit sur la colline, Harquin et les siens sont tranquilles. D’ailleurs Père renard sermonne souvent ses petits pour qu’ils ne s’aventurent pas au-delà de la colline. Mais Harquin, très curieux, s’y faufile tous les soirs. Malheureusement, un jour le garde forestier l’aperçoit et part donc prévenir le châtelain. Une chasse aux renards s’organise au plus vite. Terrée au fond de sa demeure, la famille renard craint le pire. Harquin, conscient que c’est de sa faute, bondit du terrier et fait diversion. Il emmène les chasseurs dans une partie que seul lui connaît : un marécage où tous s’empêtrent, tandis que lui, reste au sec sur un chemin secret. Harquin a sauvé sa famille.

On fait un bond en arrière avec ce récit, qui ne fut publié en France que tardivement, mais date de plusieurs dizaines d’années en pays anglophone. Une histoire simple, mais racontée comme une poésie pour en faire un instant de douceur. Les illustrations sont particulières et ne m’ont pas plu au premier abord, mais finalement elles collent particulièrement bien à l’ambiance de l’album. Une histoire bien sympathique à faire découvrir à tous !

 

Mon jour de chance de Keiko Kasza, paru chez Kaléidoscope en 2004

Alors qu’un renard affamé lime ses griffes pour partir à la chasse, on frappe à la porte. C’est un petit cochon qui s’est trompé d’adresse ! Le renard pense que c’est son jour de chance, le cochon est justement son plat préféré et il n’aura même pas à le chasser. Avant de le mettre au four, le cochon a une objection : il est tout sale, ne vaudrait-il pas mieux le laver avant de le rôtir ? Le renard suit le conseil de son repas et lui donne un bain. Au moment de l’enfourner, le cochon a encore une objection : il n’est pas bien gras pour un cochon, ne vaudrait-il mieux pas l’engraisser un peu avant de le faire cuire ? Il a raison, se dit le renard. Et il prépare un vrai festin au petit cochon. La journée se poursuit ainsi, le petit cochon mettant des objections à chaque enfournage et le renard s’exécutant. Mais ce dernier est si exténué à la fin de la journée, qu’il finit par s’évanouir. Le petit cochon ramasse les restes du festin et rentre vite chez lui. Finalement, c’était plutôt le jour de chance du petit cochon !

Encore une histoire de retournement de situation, où l’animal prisonnier du renard se trouve plus futé que lui ! Ahlala, la réputation du renard décline. Mais, pour le plus grand bonheur du lecteur. L’histoire est classique, mais les illustrations sont vraiment sympathiques et la chute (que je ne vous ai en réalité pas révélée ici) est exquise !

 

Pas assez de poils roux pour vous ? Voilà de quoi compléter vos lectures :

  • Le corbeau et le renard de Jean de La Fontaine et Isabelle Carrier, chez Bilboquet
  • Bon appétit Monsieur Renard de Claude Boujon, à L’école des loisirs
  • Une autre histoire de Monsieur Renard de Kathrin Schärer aux éditions Ane Bâté : Monsieur Renard à la Pipiliothèque
  • Bascule de Yuichi Kimura et Koshiro Hata chez Didier jeunesse
  • Une rencontre de Princesse Cam Cam chez Métamorphose (je vous en avais déjà parlé, quand il était encore édité chez Autrement jeunesse)

 

Joyeuses lectures rusées les loulous !