Il y a quelques temps, je vous concoctais un article sur les moutons. En pensant naïvement qu’ils avaient moins de place en littérature de jeunesse et que donc le tour des chèvres ne viendrait que plus tard, étant elles, plus plébiscitées… Quelle erreur ! Quand je me suis décidée à faire un article sur les chèvres, vous n’imaginez pas le mal que j’ai eu à trouver des histoires dont elles sont les héroïnes ! J’avais de suite pensé à La chèvre de Monsieur Seguin et au Loup et les 7 chevreaux, et pensais qu’il devait y avoir pléthore (j’adore ce mot) d’autres récits sur des biquettes. Que nenni ! J’ai eu un mal fou à trouver des œuvres diversifiées. C’est pourtant aujourd’hui chose faite, tant bien que mal, et je suis contente de pouvoir rendre hommage à cet animal si oublié dans la littérature jeunesse.

 

La chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet, illustré par André Pec, version parue chez Flammarion (collection Père Castor) en 1946 ; 2008 pour la présente édition.

Monsieur Seguin n’a jamais eu de chance avec ses chèvres. Alors qu’il leur offre un environnement que beaucoup envieraient, elles finissent toutes par se sauver dans la montagne et être mangées par le loup. A la septième chèvre, Blanquette, Monsieur Seguin redouble d’effort. Mais la chevrette finit tout de même par s’enfuir. Toute guillerette, elle gambade dans la montagne toute la journée. Seulement, quand le soir vient, le loup sort de sa cachette et s’attaque à la pauvre Blanquette. Elle se bat vaillamment tout la nuit. Mais rien ne peut égaler la force du loup…

C’était un petit peu inévitable de commencer un article sur les chèvres dans la littérature de jeunesse par ce grand classique. J’ai choisi de vous en présenter la version traditionnelle car ça ne fait pas de mal de se remettre en tête notre bon vieux patrimoine. En version un petit peu améliorée tout de même puisqu’agrémentée d’un CD racontant l’histoire. Un atout pour aider à la lecture seul des bambins. On se délecte également des illustrations qui font toujours autant d’effet.

 

Le loup, la chèvre et les 7 chevreaux de Geoffroy de Pennart, paru chez Kaléidoscope en 2005

Le loup aimerait bien dévorer les 7 chevreaux qui vivent dans la forêt. Il prépare son méfait avec méticulosité. Il se couvre de farine pour montrer patte blanche, il imite la voix de la maman et se déguise exactement comme elle. Et son plan fonctionne… Les 7 chevreaux le laisse entrer. Malheureusement, empêtré dans des vêtements féminins dont il n’a pas l’habitude, le loup se prend les pieds dans le tapis, se cogne contre le mur en tombant et perd connaissance. A son réveil, papa chèvre n’est pas du tout content de trouver le loup dans sa maison… Et quand maman chèvre revient, elle n’est pas contente du tout de trouver papa chèvre en compagnie d’une autre femme…

Plutôt que de vous parler du classique Le loup et les sept chevreaux des frères Grimm, voici une belle réinterprétation. Nous avons cette fois affaire à un loup qui prépare tout à l’avance pour tromper les petits chevreaux. Mais finalement, ce n’est pas forcément plus efficace que la première version… Le loup, toujours tourné en dérision dans les histoires de Geoffroy de Pennart, subit le même sort ici. Le pauvre, il n’a plus la côte dans les contes !

 

Il faut délivrer Gaspard ! de Geffroy de Pennart, chez Kaléidoscope en 2014

Le malheureux Gaspard, cinquième chevreau de la famille Broutchou, s’est malencontreusement enfermé dans le garde-manger. Madame Broutchou court chercher le serrurier pour qu’il vienne ouvrir la porte. Mais ce dernier n’a pas le temps ! Madame Broutchou court donc chercher le policier pour obliger le serrurier à se déplacer. Mais ce dernier est débordé. Madame Broutchou court ainsi dans toute la ville pour chercher de l’aide auprès des habitants. Jusqu’à ce qu’elle arrive chez le loup, qui lui ne veut rien faire, mais trouve du réconfort auprès de maman loup qui est la première personne à bien vouloir l’aider. On remonte ainsi la chaîne des habitants jusqu’au policier qui vient sermonner le serrurier qui viendra donc enfin ouvrir la porte du garde-manger.

On continue sur la lancée des Geoffroy de Pennart car cet auteur-illustrateur n’a pas seulement repris le conte traditionnel, mais il a également mis en scène la famille Broutchou dans d’autres histoires, mettant ainsi les chèvres sur un piédestal. Je vous présente ici son dernier album concernant cette famille de chèvres, mais cette dernière a vécue d’autres aventures auparavant. Avec Gaspard en tête d’affiche. Mais attendez… elle ne vous dit rien cette histoire ? Une histoire de chèvre coincée quelque part et d’un défilé d’animaux que l’on va chercher pour essayer de l’en déloger ? Hum…

 

Biquette et les choux, d’après une comptine traditionnelle, illustré par Elsa Huet, paru aux éditions de l’Ane Bâté en 2013

« Ah ! Tu sortiras, Biquette, Biquette. Ah ! Tu sortiras, de ces choux-là. On envoie chercher le chien pour mordre Biquette ; le chien n’veut pas mordre Biquette ; Biquette n’veut pas sortir des choux. Ah ! Tu sortiras Biquette de ces choux-là. On envoie chercher le loup pour mordre le chien ; le loup n’veut pas mordre le chien ; le chien n’veut pas mordre Biquette ; Biquette n’veut pas sortir des choux. Ah ! Tu sortiras Biquette de ces choux-là. » Tout ça pour en arriver jusqu’à aller chercher le diable et là toute l’affaire est réglée.

Ah mais voilà !!! Sacré Geoffroy de Pennart ! Il a encore pioché dans la tradition pour concocter son histoire de chèvres ! Cette fois, il a donc emprunté sa trame à une chanson traditionnelle enfantine. Chanson que j’adorais étant petite, soit dit en passant… En voici donc ici une présentation à travers un album dont les illustrations, entre collage et dessins, vont ravir les plus jeunes. Pour ceux qui ne connaissent pas la mélodie de ce petit chant, voici une vidéo :

Bon, par contre, c’est vraiment juste pour la mélodie, je ne suis pas fan de la vidéo en elle-même.

 

Les 3 boucs bougons, conte norvégien raconté par Anne Fronsacq et illustré par Nathalie Ragondet, paru chez Flammarion (Père Castor) en 2013

Il y avait autrefois trois frères boucs malins, qu’on appelait « bougons » parce qu’ils avaient mauvais caractère. L’un était petit, l’autre très grand, tandis que le cadet était d’une taille entre deux. Au printemps, ils décidèrent de grimper dans la montagne pour savourer la bonne herbe. Mais pour cela ils doivent traverser un pont, gardé par un affreux troll qui dévore tous ceux qui passent par là. Malins, les boucs élaborent un plan. Le plus petit passe en premier et arrive à échapper au troll en lui garantissant que son frère, qui passera le suivant est plus dodu que lui et assouvira mieux sa faim. Le bouc moyen emploie la même tactique. Quand vient le tour du grand frère, celui-ci emploie toute sa force pour donner de grands coups de cornes au monstre et l’envoie loin dans la rivière.

Pour changer de notre tradition française, un petit conte norvégien qui fait du bien. Parce que, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans les histoires françaises traditionnelles, les chèvres ont tendance à finir dévorées par un loup ou bien par être délogées à grands coups de pieds. Un conte qui les montre un peu plus costaudes ne fera que du bien à leur réputation. Dans cette version, j’ai adoré la tête de nos trois boucs, que l’on voudrait adopter de suite !

 

La chèvre Biscornue, conté par Christine Kiffer et illustré par Ronan Badel, paru chez Didier jeunesse en 2008

Un soir, alors que Lapin veut rentrer se coucher dans son terrier, il y découvre un inconnu qui refuse de le laisser entrer. « Je suis la chèvre Biscornue, et j’ai deux cornes très très pointues. Si tu t’approches, tant pis pour toi, tu finiras tout raplapla ! » Lapin est effrayé et se met à pleurer. Il va demander l’aide du coq, pour déloger cet intrus, mais lui aussi finira apeuré par l’animal du terrier. Plusieurs animaux vont vouloir aider Lapin, mais personne ne parviendra à lui restituer sa demeure. Jusqu’à ce qu’une abeille courageuse tente sa chance. Elle arrive à se faufiler dans le terrier, à piquer la chèvre Biscornue, qui prend peur et s’enfuit à toutes pattes ! Lapin peut enfin rentrer chez lui.

Décidément, les chèvres ne sont pas bien logées dans les contes pour enfant ! Pourtant c’est tout mignon une chèvre, non ? Enfin, ici, c’est vrai qu’elle a un peu une sale tête. Mais ce qui m’a fait craquer ce sont les dessins de Ronan Badel, qui fait toujours des têtes pas croyables aux animaux qu’il dessine. J’avais déjà fondu pour son style dans La bonne humeur de loup gris (critique à zieuter par ici), je reste toujours aussi fan.

 

Envie d’un peu plus de caprins ? C’est par ici :

  • Les autres tomes de Geoffroy de Pennart sur la famille Broutchou : Balthazar ! et Maman !
  • D’autres versions plus traditionnelles du Loup et des 7 chevreaux : Le loup et les sept petits chevreaux de Keiko Kaichi, ou Le loup et les 7 chevreaux de Christian Roux.
  • Une autre version des Boucs Bougons : Les trois Boucs raconté par Jean-Louis Le Craver et illustré par Rémi Saillard, aux éditions Didier jeunesse

 

Joyeuses lectures caprines les loulous !