Les dragons, ces créatures fantastiques, sont de bons personnages pour les récits fantastiques. Mais ils sont rarement les protagonistes des récits. Quelle injustice, pour eux qui sont si forts et imposants ! Rendons-leur donc leur place, à travers ce petit article, où je vous présente quelques albums où ils tiennent la place centrale. Gentils, méchants, anthropomorphisés ou non, dans leur élément ou mélangés à des humains, voici un panel hétéroclite pour satisfaire tous les lecteurs ! Le nouvel an chinois a eu lieu il y a quelques jours, ça tombe donc également très bien de faire un article sur les dragons ! Pour changer, on prend le train à l’envers et on va du plus récent au plus ancien.

 

Les dragons de Château-Croulant de Terry Pratchett, paru chez l’Atalante en 2016

Alors que le roi Arthur savoure son déjeuner du dimanche au lit, les crieurs publics annoncent sous ses fenêtres que des dragons ont envahi le domaine de Château-Croulant et terrifient les habitants. Ni une ni deux, le roi décide d’envoyer ses plus fiers chevaliers à la rescousse. Malheureusement, ses guerriers les plus aguerris sont déjà tous partis au combat. Il doit donc envoyer un débutant. Ce dernier, une fois arrivé sur place, après quelques péripéties, s’aperçoit que les dragons terrifiants ne le sont peut-être pas tant que ça. Et si c’était plutôt eux les victimes ?

On commence par un cas un peu particulier, puisque pour une fois il ne s’agit pas d’un album, mais d’une nouvelle de quelques pages, piochée dans un recueil pour la jeunesse du célèbre Pratchett. Après tout il n’est jamais trop tard pour s’initier au grand maître de la parodie fantastique. En plus, ce recueil est truffé d’illustrations de Mark Beech, ce qui rapproche cette nouvelle d’un album. C’est donc un court récit drôle et complètement loufoque qui vous fera voir les dragons sous un autre jour.

 

Le dragon du jour de l’an de Marie-Hélène Lafond et Suzie Vergez, paru chez Circonflexe en 2016

Au temps où les dragons régnaient sur la terre et sur les mers, on ne célébrait pas le Nouvel An. Dans un petit village de l’île de Taïwan, c’était même le jour le plus triste de l’année car, bien longtemps auparavant, un homme avait eu le malheur de tuer un dragon des mers. Et depuis, le fantôme du dragon revenait les hanter chaque année dans la nuit du Nouvel An, réclamant le sacrifice d’un fils premier-né, pour satisfaire son appétit vorace ! Jusqu’au jour où une courageuse veuve a l’idée de faire peur au dragon en utilisant ses points faibles.

Je ne peux pas résister, dans cet opus sur les dragons, de placer un conte asiatique, car les dragons ont une très grande place dans cette culture. J’ai sélectionné cet ouvrage car, en plus du côté divertissement, qui reprend un conte bien connu et déjà publié sous d’autres formes auparavant, il contient une partie documentaire sur le Nouvel An Chinois. Une façon de lier l’utile à l’agréable et d’initier les plus jeunes à une autre culture. Et une petite surprise vous attend au cœur du livre !

 

Comment reconnaître les dragons ? de Véronique Cauchy (texte) et Lili la baleine (illustrations), paru en 2016 chez Larousse

Tout-feu-tout-flamme est un jeune dragon, qui n’hésite pas à prendre la pose pour le manuel de reconnaissance des dragons. Les humains peuvent ainsi apprendre que les dragons ont de nombreuses écailles et de belles dents pointues, dont ils prennent grand soin. Qu’ils mangent avec appétit, ont des muscles d’acier ou encore qu’ils adorent jouer au feutt (au foot avec des boules de feu). Ainsi, les petits lecteurs pourront reconnaître les dragons s’ils en croisent un. Mais attention, Tout-feu-tout-flamme va à l’école et lui ce sont les humains qu’il apprend à reconnaître.

Un récit super rigolo, plein de sous-entendus qui feront rire petits et grands. Les illustrations douces et le visage tout innocent du jeune dragon attendriront le lecteur. Une sorte de faux documentaire qui en attrapera plus d’un !

 

Une fois encore ! d’Emily Gravett, paru en 2012 chez Kaléidoscope

Pour l’aider à s’endormir, Maman dragon raconte une histoire de princesse qui se fait dévorer à son petit dragonneau. Mais ce dernier n’a pas tellement envie de dormir. Il demande, encore et encore, à sa maman de lui relire l’histoire. Comment dire non à son petit dragon chéri ? Alors maman relit encore et encore l’histoire. Mais, au fil du temps, le récit devient de plus en plus court… C’est que maman dragon, elle, est fatiguée. Mais petit dragon ne l’entend pas de cette oreille ; il se fâche si fort que ses flammes viennent détruire le livre…

Une petite histoire très drôle, à lire à n’importe quel moment de la journée. Au fil des pages, le lecteur assiste à la lecture de la maman, qui change à chaque fois, pour diminuer en volume, mais aussi avec des modifications de texte pour essayer de faire comprendre à son petit qu’il est temps d’aller au lit. Le final est exquis, avec un vrai trou dans le livre pour montrer les dégâts occasionnés par les flammes du petit dragonneau ! De quoi faire mourir de rire les enfants.

Petit plus : les touches d’humour disséminées dans l’album, qui sont à l’attention des adultes.

Petit moins : je possède également l’original, qui s’intitule Again ! Le simple titre Encore ! aurait effectivement suffi en français.

 

Georges le dragon de Geoffroy de Pennart, paru en 2011 à L’école des loisirs

Georges le dragon, protecteur de la princesse en a marre de la voir roucouler avec son chevalier et donc de lui consacrer moins de temps. Quand les deux tourtereaux décident de se marier, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ! Georges part chercher une autre vie ailleurs. Il tombe sur un réalisateur et devient un grand acteur de films d’action. Jusqu’au jour où il n’arrive plus à cracher de flammes… La carrière de Georges périclite, mais sa princesse ne l’a pas oublié. Georges lui manque. Ce dernier décide donc de revenir au bercail.

On connaît plus facilement Geoffroy de Pennart pour ses histoires de loups. Mais il s’est aussi intéressé aux dragons. Voici le deuxième opus de la saga de Georges, que l’on avait rencontré pour la première fois dans La princesse, le dragon et le chevalier intrépide. Une jolie histoire d’amitié, d’amour, de la jalousie que cela peut engendrer, mais aussi de solitude et d’entraide (tout ça ? ben dites-donc !). L’humour parsemé tout au long du récit et les différents styles adoptés rendent le tout exquis et cela plaira aux petits comme aux grands.

 

Charles à l’école des dragons de Alex Cousseau (texte) et Philippe-Henri Turin (illustrations), chez Seuil jeunesse en 2010

C’est un beau matin d’avril 1821 que naît le petit dragonneau Charles. Pour ses parents c’est le plus beau. Mais à l’école, il va vite se retrouver solitaire. Ses ailes immenses, ses pieds trop gros et sa manie de réciter sans cesse de la poésie, ne lui valent pas que des amis. Charles aime noircir les pages de ses cahiers à l’encre, tandis que les autres élèves les noircissent en les mettant en cendres. Charles est bien triste de se retrouver sans amis. Jusqu’au jour où, propulsé par la puissance d’une éruption volcanique, notre petit dragonneau ouvre ses immenses ailes et réussi à planer dans le ciel. Le poète de la classe trouve alors tout à fait sa place dans la communauté des dragons.

On ne peut pas passer à côté de ce dragon en littérature de jeunesse actuellement. Il fait fondre les cœurs les plus durs et ravit tous les publics. L’histoire est superbe et les illustrations plus que magnifiques. Le texte, agrémenté des poèmes du dragon est simple, mais envoutant. Les illustrations quant à elles sont époustouflantes. Le format du livre est imposant (environ 40 cm de haut sur 29 cm de large) mais permet aux dessins de trouver toute leur place. Cet album existe désormais en format souple et poche, ce qui est bien pour faire découvrir la littérature jeunesse à moindre coût, mais pour le coup ça ne permet pas de rendre hommage au talent de Philippe-Henri Turin. Les détails sont à couper le souffle et on tournerait les pages encore et encore rien que pour ça. Charles à l’écoles des dragons est le premier tome d’une série pour l’instant composée de 3 albums. On espère qu’un quatrième verra le jour !

Coco vous en avez déjà parlé ici, mais je ne pouvais pas ne pas le mettre dans ma sélection.

 

Le dragon de Cracovie, raconté par Albena Ivanovitch-Lair et illustré par Gwen Keraval, paru en 2007 chez Flammarion (Père Castor)

Au bord de la rivière Wisla, en Pologne, vivait un dragon abominable qui terrorisait tout le village et les sujets du roi. Après maintes et maintes plaintes, le roi accéda à la requête des villageois et demanda aux plus valeureux hommes de s’attaquer au dragon. Tous y passèrent, mais beaucoup moururent ou revinrent estropiés. Jusqu’au jour où Crac, un jeune berger, voulu tenter sa chance. Les conseillers du roi se moquèrent, mais ce dernier accorda sa chance au jeune homme et lui promis la main de sa fille en échange de sa réussite. Je ne vous dis pas comment il réussit à occire le dragon, mais il y parvient et épouse la princesse. Et c’est comme ça que la ville s’appela plus tard Cracovie, en hommage à l’exploit du prince-berger.

Un très joli petit conte venu d’ailleurs, qui permet de faire découvrir aux enfants la culture d’un autre pays et des légendes absolument pas connues par chez nous.

 

Les dessous du dragon de Patrick Absalon paru en 2005 chez Tourbillon

Savez-vous tout sur les dragons ? D’où ils viennent ? Où sont-ils vénérés et où sont-ils craints ? Et pourquoi ces différences ? Que reste-t-il de lui aujourd’hui dans nos œuvres (littérature et cinéma) ? Quelles sont ses différentes fonctions ou ses divers pouvoirs ? Comment a-t-il été perçu selon les époques ? Qui peut se vanter d’en avoir réellement croisé un ? Et s’ils existaient vraiment ?

Un grand nombre de questions qui trouveront réponse dans ce petit documentaire bien sympathique. Malgré le fait qu’il date un peu et que certaines pages (comme celle sur la figure du dragon au cinéma) paraissent un peu obsolètes désormais, il a toujours de l’intérêt. Bien pensé pour les jeunes, il se lit comme une histoire et pourtant informe et cultive en un clin d’œil. Les trois doubles pages de fin sont extra : un atelier « fabrique ton dragon », un rappel des caractéristiques principales du dragon et un test pour vérifier ses connaissances !

 

Pas eu assez chaud ? Quelques albums supplémentaires pour satisfaire votre envie de feu !

  • Toile de dragon de Muriel Zürcher (texte) et Qu Lan (illustrations), chez Picquier jeunesse en 2014
  • Jabberwocky : Le dragragroula de François Davis et Raphaël Urwiller, chez Sarbacane en 2012
  • Fulbert la Terreur de John A. Rowe aux éditions Nord-Sud en 2001
  • Mimi et le dragon des montagnes de Michael Morpurgo (texte) et Helen Stephens (illustrations), chez Gallimard jeunesse en 2015
  • Ignis l’apprenti dragon de Gina Wilson (texte) et P.J. Lynch (illustrations), chez Gründ en 2001
  • Comment réussir ses vacances ? de Véronique Cauchy et Lili la baleine, suite de Comment reconnaître les dragons ?
  • Les suites de Charles : Charles prisonnier du cyclope (2012) et Charles amoureux d’une princesse (2015) chez Seuil jeunesse. Les deux premiers tomes sont aussi réunis désormais dans un grand album : Charles apprenti dragon
  • Nian le Terrible de Guillaume Olive et HeZhihong, chez Seuil jeunesse en 2012 : une autre version du Dragon du jour de l’an
  • Pour pousser encore plus loin la documentation sur ces créatures mythiques, deux ouvrages : Dragonologie de Dugald A. Steer chez Milan jeunesse et Le monde des dragons de S.A. Caldwell chez Gallimard jeunesse

 

Attention lectures brûlantes les loulous !