[Cet article est le résultat de notre premier « Prenez le contrôle ». Nous tenons à vous remercier pour l’engouement que ce petit sondage a suscité, et nous espérons bien vite recommencer.]

Dreamology, de Lucy Keating

dreamology cover

 

Le cerveau humain est l’organe le plus complexe du corps humain. Il nous est indispensable et pourtant nous ne savons presque rien de lui. Il contrôle nos émotions, nos paroles, nos gestes et … notre imagination.
L’imagination est ce qui rythme la vie d’Alice depuis sa plus tendre enfance. Pour fuir une bien triste réalité, elle s’est réfugiée dans ses rêves, et ce au sens propre. Car là où vous et moi rêvons d’éléphants roses et de nouilles chinoises avaleuses d’Homme, Alice, elle, rêve d’un charmant jeune homme qui lui fait vivre mille aventures extraordinaires. Nous n’avons pas tous les mêmes valeurs …

Déso ... pas déso :)

Alice sait que le jeune homme de ses rêves, Max, n’existe pas, mais elle ne peut s’empêcher de construire sa vie autour de lui. Aussi lorsque son père obtient un nouveau travail à Boston, elle décide d’enfin vivre sa vie au-delà de ses rêves. Mais c’est sans compter sa rencontre avec Max, jeune lycéen, copie conforme du Max de ses rêves….

Du rêve à la réalité, il n’y a parfois qu’un pas. Mais pour Alice, cette phrase a beaucoup plus de sens que pour nous. Je dois avouer que de par la nature « romantique » de l’intrigue, je n’étais pas très attirée par ce livre. Sans votre vote, je pense que je ne l’aurais pas lu avant quelques mois, et ça aurait été dommage.

Le pitch de départ est aussi original qu’intéressant. Le fait que Max et Alice se retrouvent chaque nuit dans le pays des rêves, et ce depuis des années, titille notre curiosité et nous amène à tourner les pages très rapidement. D’autant plus que les personnages sont très bien décrits et que l’on s’attache assez vite à l’héroïne. Avec elle, pas de gnian-gnians, pas de chi-chis, à part ses rêves, elle partage les mêmes préoccupations et intérêts que des milliers d’adolescentes, ce qui la rend très accessible. L’identification se fait d’autant plus facilement que l’on partage ses pensées avec une narration à la première personne du singulier. Nous sommes donc en immersion totale dans la tête d’Alice, que ce soit lors de sa vie de tous les jours ou dans ses rêves. D’ailleurs, ces derniers sont très bien dissociés du reste du récit. Chaque rêve a son propre chapitre pour ne pas perturber le lecteur.

Pour ce qui est de l’intrigue à proprement parlé, elle se décline en plusieurs parties. Ainsi, dans la première moitié du livre, tout l’enjeu est de savoir si le Max de la réalité est aussi le Max des rêves d’Alice. Spoiler alert : C’est le cas.

Alors qu’il cherche à tout prix à cacher la vérité à Alice (pour ne pas paraître fou à ses yeux), il ne peut s’empêcher de voler à son secours lorsqu’elle manque de manger un biscuit aux fruits secs, aliments dont elle est allergique. Seulement voilà, c’est un détail qu’Alice n’a révélé qu’au Max de ses rêves !
Passé le choc de cette révélation, ils vont tous les deux tenter de comprendre ce qui leur arrive. Parce que ce n’est pas commun de partager des rêves avec quelqu’un. Comment cela est-il possible, et comment cela se fait-il, c’est le thème central de la seconde partie du livre … et c’est aussi là que le bât blesse.

Car si la première partie est une succession de rebondissements – je rêve du même garçon tous les soirs ; oh mon dieu, il existe réellement ; mais il ne me reconnaît pas ; et il a une copine ; oh en fait si, il me connaît ; et il fait les mêmes rêves que moi depuis tout petit – la seconde partie enchaîne les surprises à une vitesse si hallucinante qu’elle peine à être vraisemblable.

quicksilver

J’ai vraiment eu l’impression que l’auteur, une fois le décor planté et les personnages creusés, se dépêchait de raconter l’histoire pour en arriver à la très attendue « mise en couple » de Max et Alice. Pour les accros de romance, effectivement, cela doit être jubilatoire, mais l’histoire se promettait d’être tellement plus que cela !

Dans cette seconde partie donc, on découvre – et je vous conseille de sauter les 2 paragraphes suivants pour ne pas vous faire spoiler si vous ne le souhaitez pas – qu’Alice et Max avaient, dans leur jeunesse, tous deux fréquenté le CER (centre d’étude des rêves) pour surmonter d’horribles cauchemars récurrents. Ces mauvais rêves, causés par un traumatisme assez fort (un abandon maternel pour Alice et un décès pour Max), étaient si terribles que le CER paraissait être l’ultime solution pour eux. Après plusieurs séances, les cauchemars ont disparu pour laisser place à leur étrange rêve commun. A l’époque, aucun des deux enfants n’avaient parlé de l’autre ou de ses rêves à ses proches, mais désormais en quête d’explications, ils décident de retourner au CER et de tout raconter au directeur, le docteur Petermann. La loufoquerie qui entoure le mystérieux centre et son directeur m’ont alors fait penser que l’histoire allait prendre un tournant fantastique, mais ce n’était qu’un leurre. Au contraire, c’est là que ce que j’appelle « la machine aux deus-ex-machina » se met en route pour ne plus jamais s’arrêter.

 

Après plusieurs tests sans résultats au CER, Max et Alice se rendent compte qu’ils commencent à apercevoir dans la réalité des pans de leurs rêves communs. Le docteur Petermann leur avoue alors que s’il ne trouve pas une solution très vite, leurs cerveaux n’arriveraient peut-être plus à faire la différence entre la réalité et le rêve, et ils deviendraient complètement fous. Seulement les tests cessent brusquement à la suite de l’arrestation de Petermann … pour trafic d’animaux rares. Alice décide de se rendre directement chez lui pour lui demander des comptes. Elle tombe nez à nez avec la femme du docteur qui, alors qu’elle ne l’a jamais vue de sa vie, lui donne la clé de l’énigme : ce n’est pas son mari qui l’a soignée lorsqu’elle était enfant mais Margaret Yang, une scientifique brillante mais un peu tête brûlée, devenue prof à l’université de Wells. Ce serait elle la responsable des rêves communs, de par ses expériences du type « Tiens que se passe-t-il quand je mets du menthos dans un coca ? ». Ni une ni deux, Max et Alice décident de prendre la voiture et de faire un road-trip pour l’université du Maine, et ce en dépit des hallucinations qui sont de plus en plus présentes. Heureusement pour eux, ils peuvent compter sur le soutien de leurs amis, Sophie et Oliver, qui montent en voiture avec eux. Mais arrivés sur place, c’est la catastrophe, l’administration refuse catégoriquement de donner l’adresse ou le numéro de Margaret Yang à de parfaits inconnus. Aussi, le petit groupe décide de retenter sa chance le lendemain et de dormir dans le coin, chez un éleveur d’alpagas rencontré quelques pages plus tôt. Mais manque de chance, leur voiture tombe en panne, les contraignant à contacter un ancien étudiant qui leur avait fait cours lors d’un précédent semestre, et qui miraculeusement habite sur le même campus où ils se trouvent. La vie est tellement bien faite que cet étudiant accepte de les héberger (alors qu’il ne connaît pas la moitié du groupe). Cela permet à Max et Alice, le lendemain, d’enfin rencontrer Margaret Yang. Cette dernière, émue par leur histoire décide de les aider. En quelques poses d’électrodes et deux/trois pages, elle arrive à briser le lien qui unit les deux amoureux et éloigne à jamais la possibilité de les voir virer « toqués ».

Avouez que cela fait beaucoup à avaler en une centaine de pages. Autant la première partie, je l’ai trouvée très bien développée, autant la seconde était, dirons-nous, précipitée. Heureusement que l’arrivée de deux nouveaux personnages dans les aventures de Max et Alice apporte une touche de fraîcheur au récit.

Autre point noir, les titres des chapitres. Je n’ai jamais croisé dans un livre pour ados, des titres aussi « infantiles ». C’est assez dommage d’ailleurs, parce que si le livre s’adresse à un public assez mature, ses titres de chapitres, eux, semblent s’adresser à des enfants de 9 ans. Pour vous en faire une idée plus précise, je vous offre un petit florilège :

  • Chapitre 6 : Mme Perry a réclamé des paons
  • Chapitre 27 : J’adoooore vos alpagas
  • Chapitre 33 : Des guirlandes lumineuses partout
  • Chapitre 7 : Et de plus, ils sont végétaliens !

Et nos deux gagnants sont :

  • Chapitre 15 : La dernière défense de l’empereur était un minuscule pékinois
  • Chapitre 4 : Bip-bip, tchou-tchou-siiiifle

Certes, ces titres de chapitres correspondent tous à une phrase prononcée dans le récit, et sont utilisés comme ressort comique, mais sur moi, ça ne marche pas du tout. Cela me donnait plutôt l’impression d’être une enfant de cinq ans à qui on s’adressait avec une voix mielleuse pour être sûre que je comprenne de quoi on allait me parler. Dommage donc.

Pourquoi on me parle comme ça ?

J’ai pas l’air si jeune que ça pourtant …

Malgré tout cela, je dois quand même avouer que j’ai passé un bon moment de lecture. Dreamology n’est clairement pas le livre de l’année, mais grâce à une histoire originale, des personnages attachants (mention très spéciale aux personnages secondaires, mes chouchous), et une histoire d’amour charmante, il saura vous tenir en haleine jusqu’au bout. Pour ma part, j’aurais juste aimé que l’histoire, surtout la fin, soit un peu plus développée, mais je suis certaine que d’autres lecteurs y trouveront tout ce qu’ils aiment.

Bonne lecture les Cocos ! 


[ Merci encore d’avoir participé à notre « Prenez le contrôle », j’ai trouvé ça très amusant de ne pas contrôler ce que j’allais lire. Cela m’a obligée à changer un peu mes habitudes de lecture, et je ne regrette pas l’aventure. Alors restez connectés, parce que nous risquons fort bien de reconduire l’expérience ! ]