Dys sur 10 de Delphine Pessin, paru chez Pocket jeunesse en 2018

Aujourd’hui, cap sur un roman dont je ressors un petit peu perdue. En même temps ravie de voir un tel sujet abordé dans un livre, en même temps complètement déboussolée sur la forme choisie. Je l’ai beaucoup aimé sur certains points et n’en comprends pas d’autres. Un besoin de partager mes sensations à ce niveau.

 

Dylan a quatorze ans et est en classe de 4ème. A son entrée à l’école primaire, on lui a rapidement diagnostiqué une dyslexie et une dysorthographie. S’en est suivie une longue route d’apprentissage avec son orthophoniste pour déjouer les pièges des lettres qui dansent devant ses yeux. Cahin-caha, il a mené son bonhomme de chemin à l’école sans trop de mal pour s’en sortir. Surtout grâce à ses deux meilleurs amis, toujours prêts à le soutenir, Pauline et Martin. Jusqu’au jour où, alors qu’il est en 5ème, son orthophoniste déménage, laissant un Dylan désemparé et qui refuse de continuer ses exercices avec un nouveau médecin. Mais puisqu’il refuse de poursuivre avec un orthophoniste, cela veut aussi dire que toutes les procédures enclenchées à l’école pour l’inclure dans l’établissement seront aussi closes. A partir de ce moment, ses professeurs ne seront plus tenus au courant de sa dyslexie et ne l’épargneront donc pas en classe. Pas d’adaptation pour lui, et hantise de la lecture à haute voix devant tous ses camarades. Dylan va se renfermer quelque peu. D’autant plus que les problèmes à la maison s’aggravent aussi.

 

Je vais commencer par le positif que j’ai trouvé dans ce livre.

Tout d’abord, un ouvrage qui aborde la dyslexie, c’est magnifique. Malgré de gros efforts fait en ce sens dans les écoles et un diagnostique qui peut arriver de plus en plus tôt, au lieu de laisser des enfants s’enliser pendant des années, cela reste tout de même mal connu et peut encore faire des ravages (notamment au niveau social) si les enfants qui en sont atteints ne sont pas pris en charge correctement. C’est donc une vraie bouffée d’air frais de voir un thème comme celui-ci abordé dans un roman pour adolescents.

En effet, cela va permettre à de nombreux jeunes de comprendre ce qu’est ce trouble de la lecture, qui n’est pas « soignable » mais pour lequel il faut faire de gros efforts continuellement afin de mieux vivre avec. On ne s’en débarrassera jamais, mais on peut apprendre des stratégies pour contrer les effets des lettres qui se mélangent sans cesse. Cela permet donc à des jeunes lecteurs (mais aussi des adultes) de comprendre ce trouble et surtout de comprendre qu’il ne faut pas en blâmer les personnes qui en sont atteintes, ne pas non plus avoir pitié (un sentiment mal vécu par les personnes dyslexiques) ou encore s’en moquer. C’est également un livre à mettre d’urgence entre les mains de parents désemparés devant le trouble de leur enfant.

Cela nous montre également qu’être dyslexique ne veut pas dire être différent en tout. Dylan est un jeune homme absolument identique à n’importe quel autre adolescent de son âge. Il a ses peines de cœur, des difficultés dans certaines relations amicales, et vit également des problèmes à la maison avec ses parents qui se disputent sans cesse. En somme, une vie banale quand on a quatorze ans. Le happy-end est un peu classique, mais permet de bien montrer que la dyslexie n’est pas une fatalité.

Ce livre est donc un petit bijou en ce qui concerne son fond. Il a d’ailleurs été salué par l’ANAPEDys, Association Nationale des Adultes et Parents d’Enfants Dys, qui s’enchante de cette initiative qui permet de dédramatiser ces troubles.

 

En revanche, là où cela pêche pour moi, c’est sur la forme. Ben oui, Dys sur 10 est tout de même un livre. De près de 190 pages. Bourré de mots, comme tout bon livre me direz-vous. Mais donc bourré de piège et de petites bêtes peu ragoutantes pour un dyslexique. C’est donc un bon outil pour faire connaître ce trouble à des non-dys, mais pour les dys en eux-mêmes, c’est plus compliqué.

Pourtant on peut quand même saluer l’effort d’édition de cet ouvrage. Il est sorti simultanément en version audio aux éditions Lizzie, alors qu’il faut souvent attendre pour voir des livres publiés en version audio plusieurs mois ou années ensuite. Il est d’ailleurs lu par Fred Testot, un comédien susceptible d’être apprécié par les jeunes, ce qui donnera une envie supplémentaire de l’acheter sous cette forme. Les éditions Pocket Jeunesse possèdent également une plateforme numérique, les éditions 12/21, qui a publié cet ouvrage en version numérique, avec une version spécifique pour les dyslexiques à la fin (version lecture confort, qu’ils appellent ça). Belle initiative également, mais sur leur site, aucune possibilité d’accéder à un échantillon ou explication montrant en quoi la lecture est adaptée pour les dyslexiques dans cette version numérique. Un peu compliqué de donner envie à un dyslexique ou un parent de dyslexique d’acheter le livre dans ces conditions.

Je sais également que cette édition numérique n’est pas faite uniquement pour les enfants dyslexiques, mais il faut bien avouer que leur logo est bien incompréhensible pour quelqu’un atteint de ce trouble. Présenté comme ci-dessus, ça passe encore, mais sur la version papier que j’ai lue où ils font la promo de ces autres versions disponibles, où le tout est en rouge, sans la mention de l’édition en dessous et où les « 2 » ressemblent plus à des « z », même moi je n’ai pas été capable de déchiffrer correctement. J’ai dû taper « Dys sur 10 version numérique » dans mon moteur de recherche pour comprendre ce sigle.

Tout cela part donc d’une bonne initiative et que le roman soit paru en autant de versions différentes d’un coup pour le rendre accessible à un large public est vraiment super. Mais pourquoi la version papier n’a pas eu le droit au même traitement de faveur ? J’en connais des dyslexiques qui ont appris à aimer lire, mais rencontrent encore de grandes difficultés et qui auraient été ravis que cet ouvrage paraisse en version papier avec adaptation pour dyslexique.

 

Le récap’

Points positifs :

  • – Un très bon fond.
  • – Une belle écriture, un plaisir de découvrir la plume de cette autrice française.
  • – Coup de projecteur sur les troubles dyslexiques.
  • – Une belle façon de montrer que l’on peut être un ado comme les autres même en étant dys.

Point négatif :

  • – Une forme pas assez bien pensée pour rendre le tout accessible aux personnes les plus concernées par le thème du roman.

 

Joyeuse lecture les loulous !