Fangirl, de Rainbow Rowell

Coucou tout le monde !

Aujourd’hui, je vous emmène du côté obscur de la littérature, droit vers la Fanfiction ! En réalité, il ne sert à rien de parler de côté obscur, puisque je considère moi-même la fanfiction comme un genre à part entière de la littérature moderne, mais il faut bien avouer que c’est encore et toujours un gros mot pour bon nombre de personnes. D’ailleurs, je ne sais pas combien parmi vous sont familiers de ce terme (si vous voulez bien vous manifester dans les commentaires, je suis curieuse 🙂 ), mais pas de panique, que vous soyez initiés ou pas, vous avez toutes les raisons de bien aimer le roman dont je vais vous parler.

De la romance, de l’amitié, de la difficulté de passer à l’âge adulte et des chambrées de fac, Fangirl a tout du bon gros roman de l’été, qui se lit d’une traite, les pieds dans l’eau !

C’est assez rare que j’utilise le résumé de la quatrième de couverture, mais celui-ci condense toute l’intrigue en si peu de mots. Parce que si je tente de vous faire un résumé à ma sauce, je sens que je vais vous spoiler toute l’histoire, et ça serait un tantinet dommage !

« Cath ne vit que pour et par l’écriture. Elle est une fan inconditionnelle de la série de romans à succès Simon Snow… au point de rédiger elle-même les aventures de son héros préféré, en attendant la parution du dernier tome ! Elle vit dans une bulle qu’elle ne partage qu’avec Wren, sa sœur jumelle, loin de toute vie sociale.
Pourtant, c’est désormais en solo qu’elle devra affronter le monde extérieur. Wren vient de lui annoncer l’impensable : cette année, à la fac, elles feront chambre à part. Cath saura-t-elle s’ouvrir aux autres et profiter de sa vie d’étudiante ?
Et l’amour dans tout ça ? »

Vous vous êtes déjà senti tellement investi dans un roman que lorsque vous refermiez la dernière page, vous restiez figé, les yeux dans le vide à vous demander « Et maintenant, je fais quoi ? » C’est un peu la malédiction du fan, partagée par des milliers de lecteurs dans le monde !
Et pour remédier à ce sentiment de vide infini, les fans se regroupent en communauté et pansent leur « blessure » ensemble. Parfois même, on donne des noms à ces communautés. Ainsi tous les fans de Harry Potter sont des Potterheads, ou les fans de Hunger Games des Tributes. Tous sont unis par la même volonté : que la magie du roman ne s’arrête jamais. Et c’est là que les fanfictions entrent en jeu. Ces récits, plus ou moins courts, s’inspirent directement de l’univers aimé pour créer de nouvelles histoires ou les modifier. Les personnages sont donc les mêmes que l’univers de base, mais ils vivent des aventures totalement inédites par rapport aux livres dont ils sont inspirés. 

Avez-vous déjà été déçu par une série ? Un livre ? Un film ? Si vous aimez toujours votre fandom, découvrez aujourd’hui la fanfiction et écrivez l’histoire à votre manière

Face à l’ampleur de ce phénomène de fanfiction, de nombreux sites ont vu le jour pour permettre aux lecteurs avides de nouveautés d’assouvir leur passion. Archive of your own, Fanfiction.net ou Whattpad sont les plus connus d’entre eux. Et pour faire tourner tous ces sites, on peut compter sur les fans apprentis écrivains qui postent chaque jour des millions d’histoires à travers le monde. 

Cath, l’héroïne de Fangirl, fait partie de ces apprentis écrivains. Elle est une fan incontestée des romans magiques Simon Snow, et en attendant le dernier tome de la saga, elle s’est lancée avec sa sœur jumelle dans l’écriture de fanfiction. Rapidement, le succès est au rendez-vous et ce ne sont pas moins de milliers de lecteurs qui attendent chaque jour un nouveau chapitre. Mais depuis son entrée à la fac, Cath a du mal à garder la cadence, entre les problèmes familiaux, sa timidité, et son cours d’écriture avancée. 
Cath m’a fait l’effet d’un miroir, parce que je me retrouvais vraiment en elle. Elle est maladroite, peu à l’aise en société, fan jusqu’à l’os et, comme beaucoup d’entre nous, submergée par l’entrée dans l’âge adulte. C’est un super personnage que j’ai adoré suivre. On la voit grandir ligne après ligne, coups durs après coups durs. Ses problèmes sont des problèmes quotidiens, ce qui fait que le lecteur peut s’immerger facilement dans l’histoire de Fangirl. L’année scolaire de Cath passe à une vitesse folle, de même que notre lecture, grâce à une écriture fluide et droit au but.
D’ailleurs, pour que l’addiction de Cath soit également la nôtre, chaque chapitre du livre est précédé d’un texte « Simon Snow ». Que ce soit un extrait de la fanfiction de Cath, ou le texte original, on en apprend plus sur l’univers préféré de notre héroïne sans que ce soit trop envahissant. 

Simon Snow, sorte de Harry Potter plus romantique

Oui, mais… Si la première partie du roman, qui s’attache à nous montrer qui est Cath et les problèmes qu’elle traîne derrière elle, est franchement excellente, la seconde partie est, elle, beaucoup moins digeste. 
Le personnage de Cath, si attachant, se transforme en un cliché de gamine prétentieuse qui n’écoute rien ni personne et se permet de donner des leçons. Pour exemple : Cath jette l’éponge avec son cours d’écriture avancée, qui est enseigné par une écrivaine à succès. Elle n’a pas confiance en elle, et ne rend rien pour son exam de milieu de semestre. C’est un examen éliminatoire, mais la professeure décide de faire une exception face au talent de Cath et de la laisser passer un examen de secours. Elle décide même de l’aider à trouver un sujet en lui offrant des « rendez-vous » privés. Super, n’est-ce pas ? Pas pour Cath, qui refuse même de s’impliquer dans cette deuxième chance. Il faudra l’intervention, assez musclée, de son petit ami pour lui faire comprendre l’opportunité qu’il lui a été donnée. 

Mais il y a un autre problème dans cette deuxième partie qui m’a énormément posé problème : le niveau de langage. Autant la première partie du livre est de niveau moyen, le vocabulaire n’est pas soutenu mais il est quand même un minimum recherché. Par contre, passé le moment où Cath se met en couple, tout devient mielleux et dégoulinant de niaiseries. Le vocabulaire baisse drastiquement se réduisant à une suite de répétitions de « je t’apprécie » / « non, c’est moi qui t’apprécie le plus ». Wow, j’ai pas signé pour ça, moi. Alors, je ne sais pas si c’est un problème de traduction (peut-être que le traduction était à court de synonyme pour « I like you »), ou un problème qui existe dans la version originale, mais ça surprend !
Le pire, je pense, est ce passage qui m’a fait recraché mon coca et choqué Loulou aussi (oui, parce que je devais partager ma découverte, comprenez). Ça se passe au troisième paragraphe en partant du bas, et il est question de confiture.

J’ai donc autant détesté la deuxième partie que j’ai adoré la première. C’est un essai à demi transformé pour ma part.

Cependant, je dois dire que le thème du livre était franchement génial. Qu’un auteur s’intéresse d’aussi près à la fanfiction et qu’il s’y intéresse à travers son propre ouvrage, c’est assez rare pour le souligner. D’autant plus que la fanfiction est encore assez mal vue dans le milieu littéraire malgré le fait que des millions de personnes en lisent régulièrement.

Ici Rainbow Powell jette un œil d’écrivaine publiée sur les écrits, souvent perçus juvéniles par ses collègues, et le fait d’une manière quasi philosophique. A travers le personnage de Cath, c’est tout le processus de rédaction de la fancfiction qui est mis en question. Les auteurs de fanfictions ont-ils le droit d’utiliser des personnages et des univers créés par d’autres ? C’est une des nombreuses questions que Rainbow Powell soulève. Et j’avoue que je ne connais pas la réponse à cette épineuse question. D’ailleurs l’autrice, elle-même, ne se positionne pas sur le sujet. Et rien que pour ce questionnement, Fangirl vaut le coup d’être lu !

Et pour conclure sur une note plus joyeuse, voici une petite anecdote sympathique. Après l’écriture de Fangirl, l’autrice Rainbow Rowell avait tellement de mal à se détacher du personnage sorcier de Simon Snow qu’elle a décidé de lui consacrer un livre bien réel. Ainsi est donc né Carry On, sorte d’hommage magique à ses propres personnages. Et étrange coïncidence, Carry On traine sur ma PAL depuis un an environ, et il m’a fallu au bas mot une centaine de pages avant de m’apercevoir qu’il y avait un lien avec le livre que j’étais en train de lire ! N’est pas doué qui veut 😉 

Malgré ses imperfections, Fangirl vaut le détour. Avec une histoire originale et des personnages attachants et terriblement réels, ce livre parlera à tous les fans qui ont un jour aimé trop fort. 

Bonne lecture les cocos !