Jonah, tome 1 : Les Sentinelles, de Taï-Marc Le Thanh, sorti chez Didier Jeunesse en 2013

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Article dur à écrire pour une fois car c’est une déception qui a du mal à passer que je vous présente aujourd’hui. J’étais très enthousiaste à l’idée de lire Jonah et ce pour trois raisons :

  • les critiques sur le net sont très bonnes ;
  • c’est écrit par Taï-Marc Le Thanh, dont j’aime beaucoup les albums et histoires courtes ;
  • Taï-Marc Le Thanh est le mari de Rebecca Dautremer qui est l’une des artistes que j’admire le plus. Elle a d’ailleurs fait les couvertures des tomes du cycle Jonah.

Il y a donc des déceptions que l’on oublie vite, mais celle-là je l’ai encore en travers de la gorge.

 

Commençons tout de même par un résumé du tome 1 :

Jonah est un jeune garçon qui ne commence pas sa vie de la façon la plus heureuse puisqu’il est né sans mains et que sa mère meurt des suites de l’accouchement. Il sera confié à un orphelinat. Malgré son handicap, il y vivra très heureux, entouré d’amis, mais surtout il prodiguera de l’amour à tout son entourage et rendra l’orphelinat joyeux. Sa force de caractère et sa puissance de vie rayonnent autour de lui au point de répercuter cette bonne humeur permanente sur les gens qui l’entourent.

En outre son handicap, Jonah a une seconde particularité : il possède dans sa tête deux petites excroissances (qui ne se voient pas en externe), qui sont en réalité deux petites voix. Elles peuvent communiquer entre elles et même parler avec Jonah. Elles lui prodiguent conseils et soutient.

Tout est donc bonheur autour de Jonah, jusqu’au jour où un accident survient. Le jeune garçon se retrouve à l’hôpital après s’être pris un gros coup sur la tête. Tout l’orphelinat sera inquiet et la joie de vivre qui y régnait retombera un peu. D’autant plus qu’à son retour Jonah est emmené par son père, qui l’a enfin retrouvé.

En réalité, l’homme n’est pas son père, mais un kidnappeur faisant partie d’un organisme secret et étrange : les Sentinelles. Le chef de ce groupe, le Docteur Wilbur, va expliquer à Jonah que mère Nature ne souhaite pas que des anomalies se développent dans le monde et qu’à partir d’un certain âge, les enfants atteints de particularités spécifiques (mentales ou physiques) se retrouvent confrontés à des évènements naturels catastrophiques qui finissent par les tuer (quitte à toucher tout ceux qui sont à proximité, mère Nature ne faisant pas de chichi). D’où le coup sur la tête de Jonah, prémice de plus grandes catastrophes à suivre. Le docteur lui prescrit donc une substance qui permet de le rendre invisible aux yeux de la Nature. Cela a pour effet secondaire d’annihiler les voix dans la tête de Jonah, ce qui ne lui plaît pas vraiment. Mais Wilbur gagne tout de même quelque peu la confiance du garçon en exerçant sur lui une opération miraculeuse : il lui greffe des mains. Mains que Jonah apprend très vite à maîtriser.

 

Au fil des jours, le jeune orphelin surprend des conversations étranges entre les membres des Sentinelles et commence à se méfier d’eux. L’une des voix dans sa tête trouve même un moyen de communiquer avec lui et lui donne raison sur les doutes qu’il manifeste envers ses kidnappeurs. Il décide donc de s’enfuir. Lors de sa fuite, il est obligé de constater que le docteur Wilbur avait apparemment dit vrai. Où qu’il aille des catastrophes naturelles se déclenchent : tremblement de terre, tornade… Heureusement, il va tomber sur un jeune couple très attentionné (Martha et Big Jim) qui vont l’aider. Mais les catastrophes le suivent et mettent en péril Martha et Big Jim.

Dans un même temps, les amis les plus proches de Jonah à l’orphelinat trouvent étrange que, depuis son départ, il ne donne aucune nouvelle. Ils sentent qu’il y a anguille sous roche et partent donc à la recherche de leur camarade. Différentes péripéties rythmeront leur voyage.

Au final, Jonah, Martha et Big Jim se rendront à l’orphelinat pour demander de l’aide au directeur, Mr Simon, et ils y retrouveront les amis de Jonah qui avaient eux aussi décidé de rentrer à l’orphelinat. Un dernier rebondissement a lieu à la fin, mais je ne peux tout de même pas tout vous dire !

J’ai voulu être assez précise dans le résumé pour pouvoir baser ma critique sur quelque chose de compréhensible pour les lecteurs. Mais ne vous en faites pas, si vous souhaitez le lire, il reste encore plein d’évènements et de personnages à découvrir.

 

L’originalité de la particularité de Jonah (le fait qu’il soit sans mains) et le récit du début du livre m’ont conquise dans un premier temps. J’accrochais bien à l’histoire, puis, lorsque nous est présentée la seconde particularité de Jonah (les deux excroissances dans son cerveau qui lui parlent…), j’ai un peu tiqué. Tout simplement parce que ce n’est pas présenté de façon crédible. Je n’ai pas noté le passage, mais je me souviens que je l’ai trouvé mal écrit et que même un lecteur averti d’histoires fantastiques, par exemple, ne pourrait pas y croire une seconde. Le tout paraît ridicule.

Passer cette première bosse dans ma lecture, je restais quand même enthousiaste. Il y a tout de même beaucoup de personnages bien présentés et très intéressants. J’ai notamment aimé : le directeur de l’orphelinat, Mr Simon ; la nouvelle arrivante à l’orphelinat, Alicia, une jeune fille devenue muette après un traumatisme ; j’ai adoré le docteur Jenkins, l’accoucheur de Jonah, que l’on voit très peu au début, mais qui est marquant : il est machiavélique et malsain, ce qui donne du relief au récit. En fait, ce docteur note dans un petit carnet tous les enfants qui naissent avec des particularités et fait ensuite rire son entourage avec cette liste… Horrible n’est-ce pas ?

Bref, on rentre quand même facilement dans le récit, et la profondeur des personnages est de bon augure. De plus, j’ai tout de suite eu un coup de cœur pour les titres des chapitres, travaillés, explicites et en même temps mystérieux. Exemple : « Où le mystère autour de la naissance de Jonah s’épaissit et où l’on fait plus ample connaissance avec certains de ses camarades » ; « Où l’on fait connaissance avec le jardinier » ; « Où l’on s’offre une promenade dans le coma ».

 

Le tout commençait donc plutôt bien pour ma critique et moi. Malheureusement, par la suite j’ai eu beaucoup de mal à trouver d’autres points positifs.

Les descriptions des personnages qui avaient été bien faites et leur donnaient de la profondeur, tombent à plat avec les dialogues qu’ils entretiennent entre eux ; ces derniers sont creux et sonnent faux la plupart du temps. Surtout quand c’est entre les trois camarades de Jonah. L’auteur a voulu faire « jeune », mais cela n’est pas réaliste pour moi. Il y a même quelques passages que j’ai dû relire deux ou trois fois pour comprendre, voire que je n’ai même pas compris tellement ils sont sans queue ni tête.

Malgré mon résumé qui laisse paraître que beaucoup d’évènements se déroulent et que l’action est soutenue, le tout est justement trop rapide et donc peu crédible. Par exemple, Jonah accepte trop facilement de partir avec cet inconnu qui prétend être son père, alors qu’il sent que ce n’est pas vrai. Et le directeur de l’orphelinat ne demande à cet homme aucun papier, aucune formalité n’est mise en place, le jeune garçon part d’un coup, sans préparations.

Un passage qui mêle les deux points négatifs que je viens de citer (dialogues non-crédibles et déroulement de l’action trop rapide) est quand Jonah demande à Martha et Big Jim de l’adopter. Pour situer l’action : Jonah les connaît depuis 24 heures ; une catastrophe naturelle se déclenche et ils fuient donc à trois en voiture ; pendant cette fuite Jonah demande (alors que ce n’est absolument pas le sujet de la conversation à ce moment-là) : « Vous voulez bien être mes parents ? » ; Martha est émue et lui répond « Oui, bien sûr ».

Niveau réalisme et crédibilité : 0. C’est encore pire quelques pages plus loin quand, devant l’empressement de Jonah à retrouver ses amis et l’incapacité de Martha à le faire changer d’avis, le narrateur dit : « Martha comprit alors qu’il était inutile de discuter. Elle apprenait plus vite que prévu ce que cela signifiait d’être une mère ». Non, non et renon. Le couple n’a pas encore adopté officiellement Jonah, celui-ci a demandé à la jeune femme d’être sa mère trois pages avant seulement, elle ne l’a pas encore serré dans ses bras une seule fois, elle n’est pas du tout en train d’apprendre ce que c’est que d’être mère. Avec ces passages, je me serais cru dans un mauvais soap américain.

C’est comme ça tout au long du livre et c’est difficile à la lecture au bout d’un moment.

 

À la fin du récit, deux évènements m’ont fait également tiquer. Je ne peux pas en dire plus ici sur le contexte au risque de gâcher la lecture de ceux qui veulent la tenter, mais en gros, pour le premier évènement, il y a une histoire de jumeaux à moitié machiavéliques qui est trop classique, mal travaillée et pas crédible.

Ensuite, l’une des dernières scènes fait référence au Joueur de flûte de Hamelin, avec des rats. Je trouve cette scène ridicule, incompréhensible, tirée par les cheveux, sans aucune crédibilité. Il n’y a aucune inventivité réelle dans ce passage.

Enfin, un petit détail qui ne semble rien : j’ai carrément été déçue quand Jonah s’est retrouvé avec des mains ! C’était une particularité physique qui le rendait attachant, plus humain que la moyenne et qui le distinguait des autres. Mais là, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas été contente. De plus, je trouve qu’il s’y adapte trop vite. Bon, vu quelques symptômes à la fin du livre, on se dit qu’il ne gardera peut-être pas ses mains, ou qu’elles vont lui faire faire quelques trucs bizarres, mais pour ce premier tome, je n’ai pas aimé ces nouvelles mains !

 

Bref, vous l’aurez compris, cette lecture m’a retournée et pas dans le bon sens. Je m’y suis accrochée jusqu’à la fin pour connaître le dénouement de ce tome 1, mais je ne lirai certainement pas les suites.

On se doute que beaucoup de choses seront révélées dans les prochains tomes, que des éléments ambiguës et bizarres auront une suite, mais là ça a trop mal tourné pour que j’ai envie de lire la suite. Peut-être d’ailleurs qu’il faut lire la suite pour comprendre plus de choses et donner du sens à des évènements, mais j’ai déjà une énorme PAL, pas besoin d’en rajouter qui ne me plaisent pas.

 

Pourtant ce livre a reçu de très bonnes critiques. Si quelqu’un a donc envie de partager son avis sur sa lecture, qu’il n’hésite pas, cela me le fera peut-être voir sous un autre angle !

D’ailleurs, le tome 5 vient de sortir fin septembre 2015.

 

Le récap’ :

Points positifs :

  • La particularité physique de Jonah donne un renouveau en littérature de jeunesse et un élan au début du livre.
  • Des personnages très travaillés, qui permettent de s’identifier et d’avoir de suite des sentiments envers eux et donc de s’attacher à l’histoire.
  • Des chapitres courts, ce qui est toujours agréable à la lecture. Et une bonne alternance entre le point de vue de Jonah et le voyage de ses camarades partis le chercher.

Points négatifs :

  • Les personnages sont finalement trop travaillés. On en attend beaucoup d’eux et pourtant très peu de choses en ressortent.
  • Un texte pas toujours bien écrit, notamment au niveau des dialogues.
  • Des rebondissements trop loufoques et pas crédibles.
  • Des évènements qui se déroulent trop rapidement et ne donnent pas de relief au récit. Un essoufflement vers la fin.

 

Petit bonus :

Pour les curieux, il existe un site Internet lié aux aventures de Jonah : http://www.jonahlelivre.com/

 

Bonne lecture les loulous !