La bande dessinée du scénario à la publication de Jean-Benoît Durand, paru chez Flammarion (collection Castor Doc) en 2014

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Au détour d’un rayon de la médiathèque, je déniche ce tout petit bouquin qui me tente bien. Comme son titre l’indique, il est plutôt réservé à des jeunes qui voudraient se lancer dans la conception d’une bande dessinée. Mais il est finalement tout à fait approprié aux simples curieux qui voudraient juste connaître d’un peu plus près les rouages de la production d’une BD, comme moi. L’ouvrage est pensé pour les débutants, pour les jeunes qui ont dans l’idée de se lancer dans un tel projet. C’est un bon point pour démarrer, mais évidemment ce n’est pas suffisant pour quelqu’un qui voudrait vraiment en faire sa profession. Il lance tout de même sur de bonnes pistes, concrètes et solides et aborde tous les sujets importants. Au lecteur ensuite d’aller chercher plus d’informations ailleurs.

Il est donc conçu pour montrer les étapes de fabrication d’une BD et les chapitres vont dans ce sens. Aucune étape n’est oubliée. On pense même au côté historique :

  1. Les origines de la bande dessinée
  2. Construire son histoire : de l’idée au scénario
  3. Comment enrichir son scénario ?
  4. Le découpage
  5. La construction graphique
  6. La narration
  7. La psychologie et le mouvement
  8. Les préparatifs
  9. Du crayonné à l’encrage
  10. La mise en couleur
  11. Comment se faire publier ?

Ce petit livre peut convenir autant à celui qui souhaite ne faire que les dessins d’une bande dessinée, qu’à celui qui ne veut que s’occuper du scénario. Ainsi chacun pourra comprendre les étapes qui jalonnent le travail de l’autre, car c’est aussi très important pour échelonner son propre travail. Pour celui qui souhaite faire tout le travail de A à Z, c’est également une petite mine d’informations.

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Le premier chapitre est le bienvenu et n’est pas du tout barbant. Le côté historique est bien expliqué et agrémenté de divers éléments pour attirer l’œil et comprendre plus en profondeur. J’ai eu l’impression de retourner à la fac et j’étais finalement heureuse de voir que je me souvenais de quasiment tout. Pour un novice, les quelques paragraphes de ce chapitre suffisent amplement pour lui faire comprendre d’où vient ce genre.

Par la suite, les étapes de la conception d’une bande dessinée sont bien prises en main. Le tout est très clair et concis. On appuie énormément sur le travail de collaboration qu’il doit y avoir entre le scénariste et l’illustrateur (si ce n’est pas la même personne). En plus des chapitres où les informations sont données de façon concise, on a tout de même plusieurs encarts qui donnent plus de détails sur telle ou telle approche : sur les différents cadrages que l’on peut adopter dans une BD, le matériel indispensable à avoir… Tout autant d’informations précieuses pour commencer à faire sa propre BD.

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On n’a pas affaire à un gros pavé théorique qui risque de dégoûter un jeune qui souhaite s’atteler à cette tâche. Couleur, calligraphie, espacement des textes, tout le livre est pensé pour la jeunesse. De plus, beaucoup d’illustrations tirées de grands classiques de la BD alimentent les pages. De quoi donner envie. C’est vraiment une bonne initiative de proposer un tel ouvrage pour la jeunesse. Cela leur montre que ce métier est réalisable, alors que ce n’est sûrement pas le rêve de tous les parents pour leur enfant… ce serait sympa d’avoir le même type d’ouvrage pour l’écriture d’un roman ou autre. Il en existe certes, mais absolument pas pensés pour la jeunesse (pas à ma connaissance en tout cas, mais je suis preneuse au cas où !).

Petit bonus : la couverture qui comporte des bords longs pour faire marque page intégré, sur lesquels on trouve un petit lexique des termes techniques à connaître sur la bande dessinée.

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J’ai un petit peu tiqué tout de même sur certains points. Certes, c’est une bonne chose de vouloir montrer aux jeunes que c’est possible de faire une BD et de leur donner les clefs pour réussir les débuts. Mais cet ouvrage n’insiste pas assez sur le fait que c’est un métier très difficile avec beaucoup de participants et très peu de retenus. Il y a bien quelques phrases dans le dernier chapitre et la conclusion, sur la difficulté, mais vraiment pas assez appuyé. Ce n’est pas qu’il aurait fallu finir sur une note négative, dans l’espoir d’en dégoûter certains, mais là, on a quand même presque l’impression que c’est le paradis, que l’on peut en vivre facilement et qu’il suffit d’avoir de la volonté.

Il est par exemple dit dans le livre que les éditeurs peuvent mettre plusieurs mois avant de répondre à un envoi de proposition de BD. Mais il n’est jamais dit que BEAUCOUP de maisons d’édition, notamment les grandes, ne répondront jamais. Si le projet n’a pas plu, ils ne prennent pas la peine de répondre. Ils reçoivent tellement de projets par mois qu’ils ne peuvent pas donner une réponse à tous et se concentrent donc bien évidemment sur ceux qui les intéressent (et on ne peut pas les en blâmer).

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Pareil pour les critiques que peuvent faire les maisons. Il est dit dans La bande dessinée du scénario à la publication qu’il faut savoir écouter les critiques que les professionnels feront sur le travail présenté, pour pouvoir l’améliorer. Mais, comme dit plus haut, si les maisons d’édition ne prennent même pas le temps d’envoyer juste un mail pour dire que le projet n’est pas retenu, ils ne vont pas prendre la peine de faire un compte-rendu des défauts…

Alors on peut toujours se tourner vers les illustrateurs et écrivains de BD qui, selon l’ouvrage, se feront un plaisir de vous répondre aux salons du livre, ou alors il faut leur envoyer un bout de votre travail via leur maison d’édition… Mais, sans vouloir démonter vos rêves, vous croyez vraiment que les auteurs et illustrateurs peuvent répondre à tout le monde ? Certains d’entre eux peuvent recevoir un nombre incroyable de demandes de ce genre. Et ils ont une vie à côté, ils ne peuvent donc pas répondre à tous. Et dans les salons du livre ? Vous imaginez, si tous les fans qui font la queue pour une dédicace venaient avec un projet à présenter à leur illustrateur favori ? Ils ne s’en sortiraient pas non plus.

De plus, même si cette méthode d’y aller au culot est donnée dans La bande dessinée du scénario à la publication, ce n’est pas toujours apprécié des auteurs, ni des éditeurs. Et imaginez un peu que vous pensiez avoir un don, mais que vous êtes très loin de valoir quelque chose, ça peut être difficile de répondre avec un sourire que ce que vous faites est bien.

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Pour ce qui est des revenus, ce docu donne aussi de bonnes infos, mais encore une fois enrobées dans du sucre. On y parle du pourcentage touché, des droits d’auteur ou encore de l’avance, mais il n’est jamais dit que très peu de gens vivent exclusivement de leur production de bande dessinée. Et pourtant c’est une réalité qu’il ne faut pas oublier quand on se lance. Il faut avoir autre chose à côté pour subvenir à ses besoins, en tout cas au début, avant de savoir si on va gagner en notoriété ou non. Pour l’avance sur droits d’auteur par exemple, même si elle est de 2000 euros (je prends au pif), ça peut être une somme qui vous durera un an (si finalement vous ne vendez pas plus de BD que prévu et que vous ne produisez qu’une BD par an), donc pas de quoi vivre dessus. Et même quand on a du travail régulièrement par exemple, ça peut être un mois par-ci, un mois par-là et que donc les finances ne soient pas au beau fixe toute l’année. Il faut savoir prévoir.

Bon, je sais, j’ai l’air de vouloir casser tous les espoirs de tout le monde et de dire que personne n’en aura rien à faire de recevoir un nouveau projet et que vous serez payé des cacahuètes en permanence. Mais ce n’est pas ce que je veux faire passer. C’est juste que je trouve ce documentaire sur la BD un peu trop optimiste et donneur de faux espoirs. Il faut prendre conscience que c’est un métier et un marché plus que bouché et difficile à atteindre. Qu’à part certains grands du genre, qui en viennent même à vendre des produits dérivés de leur héros de BD, ce n’est pas un métier accessible à tous et dont tout le monde peut vivre aisément. Même si le marché de la BD s’étend avec les nouvelles maisons d’édition spécialisées qui ouvrent, ça restreint aussi la visibilité du produit sur le marché.

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Comme le dit la conclusion, « débuter dans la bande dessinée n’est pas chose facile. Rares sont les créateurs qui ont rencontré le succès dès leurs premiers pas. Il faut souvent une volonté d’acier, un travail acharné et beaucoup de temps pour parvenir à sa première publication professionnelle… et au succès public et/ou critique. »

Mais ce n’est pas tout et ce n’est pas un message assez percutant à mon sens pour faire comprendre à quel point il faut s’accrocher. C’est donc un très bon livre pour avoir les clefs en main pour la réalisation de sa BD, mais quand on en vient au chapitre de la publication c’est plus délicat et je n’y adhère pas.

En réalité si on lit entre les lignes et que l’on fait un peu d’interprétation, on peut comprendre que derrière la réserve à émettre tout haut ces points négatifs, ce documentaire les émet quand même. Mais ce sont des ados qui sont visés avec cet ouvrage. Des jeunes plein d’espoir, qui ont envie de foncer tête baissée parce qu’ils ont l’esprit rempli de rêves et d’optimisme. Il aurait donc fallu un peu pouvoir freiner leurs ardeurs, sans les dégoûter pour autant. Trouver un juste milieu entre ce qui est dit dans le livre et la façon dont je me suis un peu défoulée (je l’avoue) dans cet article.

 

Le récap’

Points positifs :

  • Un documentaire concis et précis pour donner les premières clefs à la conception d’une bande dessinée.
  • Un documentaire qui peut plaire autant à ceux qui veulent se lancer dans un tel projet, qu’aux simples curieux.
  • Un format agréable qui donne envie de lire.

Points négatifs :

  • Trop d’espoirs sont donnés, sans émettre une seule fois l’hypothèse qu’un projet peut être refusé absolument partout.
  • Une mauvaise préparation à la réalité du marché.

 

Bonne création littéraire les loulous !