La véritable histoire des contes de fées (ce que Walt ne nous a jamais dit), par Julie Grêde, paru aux éditions Jourdan en 2016

veritable-histoire-des-contes-de-fees-julie-grede-jourdan-3

Comme promis la semaine dernière, voici un article sur le second livre que nous avons remporté lors de masses critiques Babelio. On reste finalement dans le thème du classique, mais dans un tout autre genre, avec une sorte de documentaire-fiction sur certaines œuvres des Studios Disney. Un livre très particulier, car il est présenté comme une série de conférences tenues par LE Walt Disney en personne, en direct… du paradis. Un retour sur ses propres œuvres, face à un auditoire, lui aussi des plus étranges… J’ai pas mal de choses à dire sur ce livre, mais je n’ai pas eu envie de l’abimer en forçant le dos pour pouvoir prendre des photos des rares images qui sont à l’intérieur (qui ne sont de toute façon pas forcément d’un grand intérêt) ; j’agrémente donc mon article de vieilles affiches des Sillys Symphonies qui ont fait la gloire des débuts du maître des premiers dessins animés sonores, pour égayer un peu le tout.

musicland

Dans un premier temps, je dois avouer que j’étais mitigée en recevant ce livre. D’une part ravie-ravie-ravie de pouvoir mettre un nouvel ouvrage sur Disney dans ma bibliothèque et de pouvoir potentiellement découvrir de nouvelles choses sur cet univers ; d’un autre côté, une appréhension face au thème annoncé sur la quatrième de couverture : un retour sur les vrais contes dont sont tirés les dessins animés que nous connaissons tous. Cela me faisait un peu peur, car pour le besoin de différents articles (que vous pouvez retrouver ici, , dans ce coin et en cliquant ici) j’ai déjà travaillé personnellement en profondeur sur l’origine des contes qu’a utilisé le grand Walt. Je me demandais donc si j’allais découvrir quelque chose de neuf de ce côté. De plus, je venais de finir de lire le hors-série du Figaro récemment paru avec pour thème Walt Disney, passeur d’histoires. Enfin, j’ai vu passer à la télé cet été deux magnifiques reportages sur la vie de Walt lui-même, reportages très bien réalisés et fournis. La crainte de m’ennuyer un peu à la lecture de ce nouvel ouvrage était donc fondée.

Z'avez-vu, j'ai bien bossé, y a des post-it partout !

Z’avez-vu, j’ai bien bossé, y a des post-it partout !

Finalement, toutes mes craintes ne se sont pas réalisées.

En ce qui concerne le côté documentaire, le livre est plutôt bien fait. Il est séparé en 14 chapitres (qui sont plutôt les heures de conférences dispensées par Mr Walt Disney), chacun ayant pour thème un conte principal repris par le maître. Pour chacun de ces thèmes, on présente les inspirations qui ont servi au dessin animé en question, les édulcorations qui ont pu être faites, comment le film a été reçu à l’époque que ce soit par la critique ou le public, où en étaient les Studios au niveau financier à ce moment-là, pourquoi telle prise de position dans tel passage, et même comment les dessins animés ont eux-mêmes servi d’inspiration dans les années suivantes pour créer de nouvelles adaptations des contes. Un foisonnement de détails très intéressant. Sont aussi contées à chaque fois la version originale du conte, ainsi que la version de Disney. Ce qui permet une piqûre de rappel à tous ceux qui ne connaîtraient pas en profondeur cet univers.

A chaque chapitre, en plus du conte principal abordé, on parle également d’autres productions des Studios, qui ne seront pas forcément abordées par la suite dans le livre. Soit une petite phrase en l’air, soit par une vraie fiche technique intéressante. Cela permet de faire un bon tour d’horizon de cet univers sans avoir l’impression de délaisser de nombreux cas. Une vingtaine de fiches techniques sont parsemées dans le livre, ce qui est très ingénieux. Ce système, qui permet de parler succinctement d’une œuvre, offre au lecteur des détails sur des films trop souvent oubliés dans d’autres documentaires. J’étais ainsi ravie des fiches sur Taram et le chaudron magique, Basil détective privé et Oliver et Compagnie.

Exemple de fiche technique

Exemple de fiche technique

A ce stade, je peux dire que le livre est vraiment intéressant. Certes, je connaissais énormément d’éléments introduits dans cet ouvrage. Les parties sur la vie de Walt ne m’ont rien appris, j’ai passé à chaque fois le résumé des contes que ce soit dans leur version originale ou celle du dessin animé. Mais il y a bien certains détails dont je n’avais jamais entendu parler. Que La Belle au bois dormant possède une version antérieure à celle de Perrault, écrite par Giambattista Basile, je ne le savais point. Que le film Sleeping Beauty de Julia Leigh en était une adaptation contemporaine, ne m’avait jamais sauté aux yeux. Qu’à la sortie de La princesse et la grenouille une épidémie de salmonelle s’est déclarée à cause de nombreuses petites filles qui ont voulu embrasser des grenouilles, cela m’a bien fait rire. Que dans le film Hard Candy de David Slade, on aperçoive deux secondes dans le fond d’une scène une télévision diffusant Les trois petits cochons tiré d’une Sillie Symphony de Disney, c’est le genre d’anecdote que je n’aurais trouvé nulle part ailleurs. Que James Barrie était si proche et identifiable à son personnage de Peter Pan, je ne le savais pas.

Bref, ce livre est une vraie mine d’or. Même si j’ai sauté énormément de passages, ceux qui m’ont appris de nouvelles choses sont vraiment inédits. En somme, ce livre peut plaire à un très large public. Il correspond à de grands fans comme moi qui en savent déjà un paquet, car de petites anecdotes très sympas sont glissées çà et là. Il convient également à des fans tout simplement des dessins animés et des parcs d’attractions, qui pourront en apprendre davantage sur cet univers qu’ils aiment. Enfin, il est également parfait pour des novices n’y connaissant finalement pas grand-chose sur Disney et n’ayant pas vu tous les films, car tout y est détaillé comme il faut pour ne pas être perdu. Les résumés des films de Disney eux-mêmes sont retranscrits dans chaque chapitre.

silly-symphony-5

Cependant, j’ai quand même quelques reproches à faire à l’ouvrage en ce qui concerne son fond. Pas grand-chose, juste histoire de faire mon enquiquineuse.

Alors que les résumés des dessins animés de Walt Disney et des contes dont ils sont tirés sont très bien faits et approfondis, on n’a pas toujours la même qualité en ce qui concerne les adaptations ultérieures dont nous parle l’auteur. Parfois c’est le cas, comme pour Once Upon A Time, que je connais peu et dont j’étais contente d’avoir un bon résumé ; parfois cela pêche, comme pour Hard Candy, que je ne connaissais absolument pas (mais qui vient de s’ajouter à ma PAV – Pile à voir… Je viens de l’inventer ou ça existe ?) et dont j’ai dû aller regarder la bande annonce pour pouvoir comprendre la suite du discours tenu dans le livre.

Il y a aussi les illustrations qui agrémentent le livre qui ne sont pas des plus engageantes. On a en réalité une illustration à chaque début de chapitre et c’est tout. Un petit bout de scène des Trois petits cochons, la statue de La Petite Sirène de Copenhague, une statue représentant Peter Pan et Clochette… Mais rien de forcément très significatif par rapport au texte qui suit. J’aurais beaucoup aimé retrouver certaines affiches originales des films Disney par exemple. Ou avoir accès aux affiches des adaptations dont parle l’auteur de temps en temps, pour pouvoir mieux les situer. Mais vu que le livre est en noir et blanc, je suppose que c’était plus compliqué et que des histoires de droits et de budget sont également entrées en jeu.

Enfin, ce n’est pas vraiment une critique, mais plutôt un avertissement pour de futurs lecteurs : vous ne retrouverez pas TOUS les Disney dans cet ouvrage. On y retrouve les dessins animés dans leur majeure partie, mais aucun film par exemple. Dommage car j’aurais adoré avoir des anecdotes sur Marry Poppins ou des Jules Verne par exemple, mais je comprends aussi le choix de se cantonner aux dessins animés et surtout à ceux tirés de contes. Sinon on se serait retrouvé avec un pavé de je ne sais combien de pages.

silly-symphony-2

Après avoir tant parlé du fond du livre, abordons le sujet de sa forme. Comme expliqué tout au début, on se retrouve face à une fiction-documentaire, où l’on assiste à un séminaire partagé en 14 conférences, données par l’illustre Walt Disney lui-même, au paradis.

Ceci nous est expliqué dès les première pages. Et dès les premières pages, j’ai tiqué. Tout de suite, cette idée ne m’a pas plu. Faire parler Walt est comme un sacrilège pour moi. Parler de notion de paradis aussi, alors que tout le monde n’y croit pas forcément. Après le premier chapitre, la première heure de cours, cette impression s’est confirmée. Je n’ai pas accroché plus que ça à la forme que prend ce livre. Quand on parle des dessins animés réalisés du vivant de Walt, je n’ai pas trouvé ça « correct » de donner ses impressions sur ses films comme si c’était vraiment ce qu’il en avait pensé. Pour certains détails, suite à des interviews, on sait ce que le maître a pensé. Mais pour d’autres détails, je ne suis pas sûre que ce soit réellement ce que Walt aurait dit lui-même et cela me gêne de prêter à un défunt des paroles qui ne sont pas à lui. Même dans le cadre clair d’une fiction. C’est tout de même confondant. Quand on en arrive à parler des films réalisés après sa mort, là ça devient irrespectueux, de mon point de vue. Tout ce que dit Walt, à travers la plume de l’auteure, sur des films qu’il n’a jamais connu, est inconcevable. Il donne son « avis » alors qu’on ne sait absolument pas ce qu’il en aurait réellement pensé.

Dans le chapitre sur La petite sirène, quand un élève lui demande s’il est d’accord avec les changements qu’ont fait les Studios sur ce film, il répond : « Je ne l’aurais pas fait, mais je ne regrette pas qu’ils l’aient fait ». Comment peut-on savoir que Walt n’aurait pas fait de la même façon ou qu’il ne regrette pas ce qui a été fait ? A la fin du chapitre sur La Belle et la Bête, Walt emploie le terme de « Princesse badass »… Un Walt qui se veut proche du temps actuel ? Inconcevable pour moi, inapproprié, décalé et malvenu. Très loin de l’image que l’on connaît de lui. Non, je n’adhère définitivement pas à cette forme de conférence tenue par Disney lui-même.

silly-symphony-4

Malheureusement, ce n’est pas le seul reproche que j’ai à faire sur la forme de ce livre. Parmi les élèves qui sont dans la salle de conférence on retrouve des inconnus, des personnages de fiction (comme Juliette – de Roméo – ou Fifi Brindacier), de gros clichés comme l’asiatique à sweat à capuche qui sert de geek, mais aussi Robin Williams et Valérie Benguigui…

Pour le premier, je pourrais comprendre, s’il était utilisé correctement et que l’on approfondissait à certains moment sa relation avec Disney. Notamment le fait qu’il ait prêté sa voix au Génie dans Aladdin et qu’il ait également joué le rôle de Peter Pan adulte dans Hook. Mais ce n’est que vaguement évoqué, alors qu’en ce qui concerne Hook, puisque l’auteure développe ce qu’elle pense des adaptations de certains contes, pourquoi ne pas insister sur celui-ci ? Une grande incompréhension de ma part. Robin Williams est aussi utilisé à un moment pour déclamer le résumé d’un dessin animé à la place de Walt, avec un accent belge (que l’on n’entend évidemment pas dans le livre) et des phrases humoristiques qui ne ressemblent en rien à ce qu’il était réellement. Un passage ridicule selon moi. Et puis, pour Valérie Benguigui, je cherche toujours l’intérêt…

D’ailleurs, au fil des pages, on remarque que Walt, Valérie et Robin se tutoient entre eux quand ils interagissent. Tandis que, quand Walt discute avec les autres élèves, le vouvoiement est de mise (de même avec son assistante Miss Lili, qui est un personnage qui ne sert à rien du tout dans cette histoire). Pourquoi ? C’est complètement secondaire, mais cela m’a marquée et je ne comprends pas ce choix.

silly-symphony-6

Autre chose que je reproche directement à l’auteure, c’est sa prise de position par rapport à l’homme qu’était Walt Disney. Elle ne parle que timidement des côtés sombres qui ont jalonné la vie et le parcours de cet artiste. Elle aborde rapidement l’une des dépressions qu’il a faites, son caractère parfois un peu difficile et le machisme dont il a été accusé. Mais ce n’est que survolé et teinté d’étoiles dans les yeux qui ne rendent pas objectif le tout. Je comprends bien qu’elle avait décidé de se focaliser sur les dessins animés et non sur la vie de l’homme. Mais elle a pourtant décidé d’en parler quelque peu. Dans ce cas, pour moi, il ne fallait pas jouer la carte « je me planque », mais dire haut et fort qui était Walt Disney. Il a été considéré comme une personne ingrate, dure, sans considération pour certains de ses employés, pas toujours aimante avec sa famille. Le monsieur n’était pas tout rose. Certes, le fait que ce soit Walt le conférencier ne permettait pas qu’il ait ce regard sur sa propre personne. Mais voilà un point négatif de plus pour avoir utilisé Disney lui-même comme voix dans le livre : on a l’impression que ça empêche l’auteure de dire qui il était réellement. Même moi qui suis une grande fan, je ne nie pas ses mauvais côtés et ne l’en excuse pas.

De plus, les élèves, durant la conférence, rabâchent sans cesse à leur professeur qu’il a trop édulcoré les contes et que ce n’était pas forcément bien. A chaque chapitre, c’est ce que le pauvre conférencier s’entend dire. Bien mauvais point de vue de la part de l’auteure alors qu’elle-même fait plus qu’édulcorer la vie de Walt Disney.

Enfin, dernier reproche à l’auteure. A la page 186, elle dit que Hansel et Gretel et Jack et le Haricot magique n’ont jamais été adaptés par les Studios Disney. Faux, tous les deux l’ont été en court métrage, le second reprenant même comme personnages les célèbres Mickey, Donald et Dingo. Ce qu’elle voulait dire était peut-être qu’ils ne l’avaient jamais été en long métrage. Mais c’est très mal formulé et cela induit complètement en erreur.

silly-symphony-3

Pour finir sur une note joyeuse, voici tout de même quelques points positifs sur la forme du livre.

Je dois avouer, que même si je n’y ai pas personnellement accroché, la forme de conférence tenue par le maître lui-même est assez ludique. Cela permet de ne pas être enfermé dans le carcan du documentaire classique, vu, revu et rerevu. Je ne peux pas nier qu’au fil de la lecture j’ai parfois réussi à oublier qui était le conférencier et à m’imprégner quelque peu du tout. Même si cela m’a fortement déplu dans l’ensemble, je sais que c’est un avis très personnel et cela parce que je suis très attachée à ce que l’on ne touche pas le Saint Graal qu’est Walt Disney pour moi. Mais je comprends que ce format plaise et puisse attirer.

De plus, même si certains élèves m’ont laissée bouche bée, d’autres sont assez sympathiques et donnent de la dynamique au récit. On a, par exemple, « un sosie de Bill Gates » qui ramène toujours la conversation au rapport à l’argent. Quant à Juliette, elle parle très souvent de l’amour niais et du Prince charmant. C’est assez judicieux et bien pensé.

Il y a aussi les dialogues entre les élèves eux-mêmes qui permettent d’expliquer de façon un peu plus naturelle (que si on y mettait une note de bas de page) certains termes parfois mal compris par les non-initiés à la culture pop. Ainsi, « Cliffhanger » ou encore « Funko Pop » ne laisseront pas sur le tapis les moins accros à cet univers.

Enfin, j’ai en revanche adoré l’examen de la fin du séminaire. 10 questions sur les dessins animés. Mais attention, pas n’importe quelles questions. On ne vous demande pas quels sont les noms des souris dans Cendrillon, ou des fées dans La Belle au bois dormant, par exemple, qui est d’un niveau trop facile pour les connaisseurs. J’ai moi-même séché sur plusieurs d’entre elles et je vais devoir réviser d’urgence ! Voici, selon moi, les plus difficiles si on ne connait pas PAR CŒUR ce qui a trait aux dessins animés, mais alors vraiment TOUT.

Dans Cendrillon, laquelle de ces jeunes filles n’est pas citée par le crieur ?

  • La princesse Frederica Eugénie de la Fontaine
  • Mademoiselle Daphné Anne-Laure du Boccage
  • Mademoiselle Eléonore Marie-Gabrielle de la Cour
  • La comtesse Aline Catherine-Joséphine de la Tourbière

Dans La Petite Sirène, comment se prénomment les six sœurs d’Ariel ?

  • Aquata, Andrina, Arista, Attina, Adella et Alana
  • Anita, Amila, Arletta, Antila, Alisa et Arinna
  • Carole, Emilie, Annie, Laura, Marine et Solène
  • Aurélie, Odile, Mélissa, Elodie, Sandrine et Louise

silly-symphony-1

Pour récapituler, même si je n’ai pas accroché à la forme de l’ouvrage, pour des raisons très personnelles, son contenu n’en est pas moins très complet, concis, intéressant et accessible à un grand nombre de lecteurs. Je suis contente de pouvoir le mettre dans ma bibliothèque et remercie Babelio pour sa masse critique et les éditions Jourdan pour cette découverte !

Pour finir en beauté, je vous laisse en compagnie d’une Silly Symphonie, qui a énormément marqué mon enfance : Music Land.

Bon voyage au pays merveilleux/imaginaire/fantastique les loulous !