Le prince des nuages – Livre 1 : Le Blueberry, de Christophe Galfard, illustré par Vincent Dutrait, paru chez Pocket Jeunesse en 2009.

Blueberry

Portée par mon exaltation face à la trilogie L’épreuve, j’ai décidé de tenter l’aventure avec un autre roman de science-fiction, qui n’est pas mon genre de prédilection habituellement. Mon choix s’est porté sur Le prince des nuages de Christophe Galfard. Dans un premier temps, j’ai choisi ce livre parce que j’étais contente de voir que c’était un auteur français. Dans un deuxième temps, c’est parce que je reste très attachée aux albums et donc aux illustrations, et ce roman m’a tapé dans l’œil à la librairie. La couverture est très belle et laisse rêveur. Mais les dessins ne s’arrêtent pas là et j’ai eu la bonne surprise de voir que le roman lui-même était agrémenté d’illustrations toutes les 3 à 5 pages. De plus, la quatrième de couverture nous indique que cette trilogie a reçu trois prix, en littérature jeunesse, mais aussi en littérature scientifique ! Intriguée je l’ai donc acheté.

 

Un petit résumé s’impose avant tout :

Il y a quelques dizaines d’années la Terre est devenue invivable pour les humains à cause de la pollution que ces derniers rejetaient dans l’atmosphère. La population s’est donc déplacée et installée dans les nuages pour pouvoir survivre. Le roi a tenté d’enrayer la pollution pour que les hommes puissent un jour revivre sur une Terre saine. Mais le Tyran l’en a empêché et l’a capturé. Depuis, les différents villages, éparpillés sur les nuages au-dessus de la Terre, sont tiraillés entre se rebeller contre le Tyran et sauver leur ancien roi, ou subir le joug de ce dictateur pour vivre en paix.

Sur l’un de ces nuages, très loin de l’endroit où vit le Tyran, est cachée Myrtille, la fille du roi, qui a fui lors de l’attaque qui a valu l’enlèvement de son père. Elle n’était qu’une nouvelle née lorsque le colonel Briggs l’a prise sous son aile. Aujourd’hui, elle a douze ans, vit tranquillement sur le Blueberry, va à l’école avec ses camarades où elle apprend surtout à reconnaître les vents, les nuages, les tempêtes, tous les signes liés de près ou de loin à leur survie sur ce nuage. Elle vit chez le colonel Briggs et est devenue amie avec Tom Briggs, son fils. Tous les deux sont des élèves brillants. Mais ils sont aussi camarades avec Tristam Drake, le cancre de la classe. Tristam est né sur le Blueberry, mais vit à l’écart du village principal parce que sa mère est arrivée il y a douze ans, à l’aide d’un engin estampillé aux couleurs du Tyran et que les habitants ne lui font toujours pas confiance.

Un jour tout bascule. Le Tyran a retrouvé la trace de Myrtille et vient l’enlever au Blueberry. Il capture également tous les habitants du village. Tom et Tristam, aidés par la mère de ce dernier, sont les seuls qui réussissent à s’enfuir du nuage à temps. Ils vont trouver refuge sur un autre nuage et leur véritable aventure va commencer. Aidés par des rebelles, ils vont partir à la recherche de Myrtille.

 

Cette nouvelle lecture ne m’a pas particulièrement exaltée au plus haut point, mais je vais pourtant en faire une critique plutôt positive, car j’y vois tout de même beaucoup d’atouts pour des jeunes qui s’intéressent à ce type d’histoire.

Tout d’abord, malgré son épaisseur en format normal, c’est un roman accessible dès l’âge de neuf ans. Les nombreuses illustrations en noir et blanc, qui entrecoupent la lecture, sont très bien réalisées et rendent l’histoire plus vivante. Les chapitres sont courts et permettent donc de rendre la lecture plus aérée.

Il y a quelque chose qu’il faut savoir avant de lire ce livre. L’auteur est un scientifique à la base et ce qu’il a voulu faire dans cette trilogie est autant raconter une histoire que de donner l’envie aux petits curieux de comprendre certains mystères de la science. Non seulement le récit lui-même est rempli de dialogues entre les enfants (ou avec les professeurs) qui expliquent tel phénomène (ici, ce sont surtout des phénomènes météorologiques ou liés à l’atmosphère qui sont décrits), mais entre chaque chapitre, ou presque, on retrouve également de petits pense-bêtes qui expliquent plus directement et scientifiquement un phénomène naturel. Ces petits encarts sont agrémentés de dessins et sont très bien détaillés. Juste ce qu’il faut pour intéresser un jeune, sans le dégoûter de la science. Tout est très bien expliqué. On peut aussi décider de ne pas lire toutes les anecdotes entre les chapitres et cela ne gênera pas du tout la lecture du roman. Tout comme on peut reprendre ce livre ensuite, juste pour lire les encarts scientifiques. Ce livre est donc autant scientifique que romanesque. Les deux se mêlent très bien et englobent un large public à qui cela pourrait plaire. Cela peut donner aux purs littéraires, le goût des sciences, mais peut aussi donner le goût de la littérature aux purs scientifiques ! C’est donc un petit bijou dans ce sens.

Juste un petit hic en ce qui concerne le niveau scientifique. Tout est très pointu au niveau des explications météorologiques, ce qui peut parfois amener des questions sur la réelle possible tenue des villages sur les nuages dans le roman. D’après les encarts scientifiques, on comprend bien qu’un nuage ne peut pas soutenir un objet solide (en tout cas pas un village), alors on se demande comment les villes construites dans les nuages peuvent tenir. On nous parle « d’usines à vents », qui aident en ce sens, mais sans nous en livrer le fonctionnement (en tout cas dans ce premier tome). Cela m’a donc quelque peu gênée de vouloir mêler dans un même roman de purs faits scientifiques et des éléments si irréels. Comment faire comprendre aux jeunes lecteurs que la moitié des dires de ce récit est à prendre au pied de la lettre, tandis que l’autre est impossible à réaliser ?

A part ce côté scientifique, il y a donc une vraie histoire. Et ce récit est pas mal du tout en soi. Je n’ai donc lu que le tome 1 et ne suis pas sûre de lire les autres tomes. Mais encore une fois, ce n’est que par choix personnel, parce que, paradoxalement, je vois de gros atouts dans cette trilogie. Dans ce premier tome l’intrigue est bien ficelée, on commence à voir poindre de grands mystères vers la fin, les relations entre les personnages sont crédibles. Mais parfois, le côté scientifique prend trop le dessus. Règne une impression de confusion dans les événements et actes des personnages, que l’on dirait calqués sur un modèle pour que l’auteur puisse exprimer ce qu’il veut au niveau scientifique, sans forcément tenir compte du déroulement logique de l’histoire. Certains passages sont trop rapides et d’autres trop longs, à cause d’une explication scientifique, qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais le personnage de Tristam, grand cancre, aide tout de même à la compréhension du besoin de tant d’explications à travers le récit : il faut tout lui dire et lui répéter tellement il est nul. Mais justement ce personnage, même s’il donne une bonne excuse au côté répétition des éléments scolaires, paraît un peu bizarre dans ce monde. Tout le monde à l’école doit connaître par cœur les phénomènes météos pour pouvoir survivre sur le nuage, et lui n’a pas retenu le moindre de ces cours. Comment fait-il pour être aussi peu doué se dit-on ?

Tome 2Tome 3

Tomes 2 et 3 pour ceux qui veulent tout de même continuer la lecture

 

Bref, un récit avec quelques hics, mais qui, scientifiquement parlant, est tout à fait original et novateur ! Un peu trop scientifique pour moi d’ailleurs et c’est pour ça que je ne le continue pas. Les couacs que j’ai soulevé sont vraiment minimes et on peut tout à fait passer outre quand on n’est pas une « fouine à paramètres illogiques » comme moi !

 

Le récap’ :

Points positifs :

  • De très belles illustrations qui rythment le récit.
  • Des anecdotes scientifiques amenées de façon à plaire au plus grand nombre.
  • Le mélange récit et science est relativement bien ficelé.
  • Dans le grand format, on retrouve un petit carnet de photos magnifiques sur notre planète et notre univers.

Points négatifs :

  • Un récit parfois un peu bancal, qui donne l’impression de n’être présent que pour soutenir les anecdotes scientifiques.
  • Un héros un peu trop « bête ».

 

Bon voyage dans les nuages les loulous !