L’écrivain abominable de Anne-Gaëlle Balpe (illustré par Ronan Badel), paru en février 2017 dans la collection Pépix des éditions Sarbacane

Je vous présente aujourd’hui un de mes achats effectués au salon du livre de Sainte Odile. Je n’avais absolument pas l’intention de l’acheter, mais quand je faisais la queue à la caisse pour payer déjà le monceau de livres que je tenais, il m’a fait de l’œil. D’abord la couverture, où je reconnaissais le trait de Ronan Badel, furieusement comique (je vous ai déjà parlé de lui dans mon article sur les loups). Puis le résumé de la quatrième de couverture :

« Manolo, les livres, c’est pas son truc. Alors, quand il apprend que la maîtresse a invité un écrivain célèbre, Roland Dale, à venir dans la classe, il s’apprête à passer LA PIRE journée de toute sa vie ! Mais il est encore loin de s’imaginer ce qui l’attend… »

J’étais toute contente parce que j’adore les bouquins où on parle soit d’enfants qui n’aiment pas les livres, soit qui les adorent. En somme, tout ce qui touche au livre. En plus, ça avait l’air d’être un genre de parodie du travail de Roald Dahl, ou bien au moins de présenter son personnage de façon comique, ou que le livre serait truffé de référence. Bref, c’est le nom de « Roland Dale » qui m’a décidée.

Je suis allée zieuter, après ma lecture du roman, le site de Sarbacane pour voir si le résumé y était plus détaillé et voir comment vous présenter un peu plus concrètement l’histoire. Le résumé est effectivement plus étendu, je trouve qu’il l’est même trop (avec une faute en plus, Mandy est la cousine de Manolo et non sa tante…), je ne vous le dévoile donc pas et je décide de ne pas vous donner plus de détails sur l’histoire, ça vaut le détour de découvrir par soi-même et je peux me débrouiller pour vous donner mon ressenti sans en dévoiler plus.

Finalement, je ressors mitigée de ma lecture.

En soi, j’ai bien aimé l’histoire, elle est exactement comme le décrit la maison d’édition : « Un grand cocktail d’humour, d’aventure et d’irrévérence ». Les personnages et situations sont effectivement drôles voire ubuesques. On vit une vraie petite aventure, une fois que les enfants ont rencontré l’auteur. Et l’irrévérence est présente à chaque coin de page en restant plaisante et non lourde.

J’ai beaucoup aimé les personnages d’ailleurs. Ils sont un peu clichés, c’est vrai, mais attachants. Manolo est un enfant du voyage, qui suit le cirque de son père depuis de nombreuses années. Il a normalement un professeur qui vit avec sa troupe, mais se retrouve bien malgré lui à devoir passer quelques jours dans une vraie école quand son précepteur a un accident. C’est donc le cliché du petit gars du voyage qui n’aime ni l’école, ni lire, mais préfère son otarie. Il y a aussi sa cousine Mandy, qu’on autorise à ne pas aller à l’école pour pouvoir répéter ses numéros de cirque (cliché aussi). Puis il y a Charlotte, la pimbêche de la classe, chouchoute de la maîtresse, rapporteuse à souhait et mademoiselle je sais tout (avec le cliché physique qui va avec). Enfin, il y a un cliché un peu renversé : Joanna, la petite fille blanche adoptée par deux parents noirs. Bref, dis comme ça, on se dit que c’est un monceau de clichés horribles qui ne tiennent pas debout. Mais finalement on se prend au jeu et c’est plutôt sympa. On passe outre le fait que ça aille un peu loin sur les gens du voyage.

J’ai aussi beaucoup aimé le fait qu’un livre serve de carte pour se diriger dans le labyrinthe (là vous ne voyez pas de quoi je parle, mais c’est pour mieux vous intriguer mon enfant) et j’ai adoré les dessins de Ronan Badel, comme toujours, disséminés tout au long du livre (toutes les deux-trois pages environ). Ils permettent même de se visualiser un peu mieux certains lieux tout au long du récit, alors que je trouvais certaines descriptions pas très claires. On a d’ailleurs droit à des pages bonus très sympathiques. J’ai adoré la dernière, sorte de petit récapitulatif de la différence entre une otarie et un phoque. Bien utile, car j’oublie toujours leur particularité à chacun.

En revanche, ce que je n’ai finalement pas apprécié du tout c’est de ne pas retrouver ce que le résumé promettait : une liaison avec le vrai écrivain qu’est Roald Dahl. Parce que oui, on ne peut pas faire autrement que de vouloir un lien avec celui-ci quand on voit le nom de Roland Dale. Bon, peut-être pas pour le jeune public visé par ce roman, mais tout de même, certains le feront le rapprochement et c’est bien dommage qu’il n’y soit pas. Roland Dale n’est en fait qu’un être diabolique qui déteste les enfants, n’a aucune imagination et se trouve proche du sorcier. Mais jamais il n’y a d’allusion à Roald Dahl (à la limite, encore heureux vu le portrait du personnage dépeint dans le récit). Une toute petite allusion à un moment, mais qui ne dure même pas deux lignes et n’a en fait aucun rapport avec Roland Dale.

Ça me déçoit donc parce qu’on a l’impression que cet espèce de nom traficoté à partir d’un vrai écrivain célèbre n’est là que pour appâter le chaland et le convaincre de mettre le bouquin sous son bras. On aurait pu tout à fait inventer un nom de toute pièce que ça n’aurait rien changé à l’histoire puisqu’il n’y a aucun rapport avec le papa du BGG.

En bref, ce récit est vraiment sympa, mais il ne faut absolument pas se laisser prendre par l’aspect Roald Dahl/Roland Dale.

Le récap’

Points positifs :

  • Un beau petit roman d’aventure accessible pour les plus jeunes.
  • Efficace, court, plein de rebondissements.
  • Des illustrations superbes qui appuient l’humour du récit.

Points négatifs :

  • Peut-être un peu trop de clichés dans les personnages.
  • Un lien avec Roald Dahl qui n’est pas mis en valeur et n’a pas lieu d’être.

Bonne lecture les loulous !