Les Fausses bonnes questions, de Lemony Snicket (éditions Nathan)

9782092541555

Autant vous le dire tout de suite, ce livre est à réserver à des lecteurs de bon niveau. Inutile de lancer votre enfant de 9 ans dans sa lecture s’il n’aime pas trop lire, ça ne marchera pas (et le livre risque fort de prendre la poussière). Ce n’est pas que l’intrigue soit violente ou compliquée (quoi que par moment), mais c’est plutôt parce que Lemony Snicket a un style très particulier qui adore nous mener en bateau et nous balancer des jeux de mots tordus toutes les trois lignes. Lemony Snicket aime les lettres et il les manie comme un virtuose. Si vous n’appréciez pas le mystère et les jeux de mots, je vous conseille par contre de passer votre tour.

Vous avez peut-être déjà entendu parler de Lemony Snicket. Sauf que cela remonte à assez loin et que je ne vous en voudrais pas d’avoir oublié où. A l’aube des années 2000 apparaissait dans les rayons français un petit bijou de littérature jeunesse : Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, une saga signée Snicket. Ce dernier nous y contait les aventures pas franchement joyeuses de trois orphelins. Le style décalé, les personnages hauts en couleurs et le mystère permanent avaient conquis mon cœur de jeune lectrice. Mais je vous raconterai tout ça en détails un autre jour. Tout ce que je vous dirai aujourd’hui, c’est que j’adorais tellement cette saga que j’attendais chaque traduction de tome comme le Saint Graal.

Souvenez-vous des Orphelins Baudelaire

Souvenez-vous des Orphelins Baudelaire

Eh oui, à l’époque, je ne distinguais pas vraiment la différence entre la VF et la VO, pensant qu’il n’y avait aucun changement entre les deux (qu’est-ce qu’on peut être naïf quand on est jeune). Et ce n’est que récemment, lors d’une recherche pour un dossier de fac, que je me suis aperçue avec horreur que la traduction française avait supprimé bon nombre de passages, de jeux de mots, et avait également changé pas mal de choses.
L’horreur a vite été remplacée par la joie lorsque j’appris également, au cours de cette même recherche, que Lemony Snicket sortait un nouveau livre : Who could that be at this hour ? (traduisible par : « Qui ça peut bien être à c’te heure-ci ? »), premier tome d’une nouvelle saga : All the wrong questions (traduit par l’éditeur français par : « Les Fausses bonnes questions »). Alors pour ne pas passer à côté de cette œuvre, et pour ne pas me faire avoir par une nouvelle traduction approximative, j’ai décidé de la lire en anglais. Bien m’en pris, et ce pour deux raisons majeures :

  • Les éditions anglo-saxonnes font des livres de véritables objets d’art. En France, on a eu un format peu ordinaire, qui s’étire sur le côté, et une couverture souple qui ferait presque penser à du papier recyclé.
Tout en carton et en papier délicat

La version anglo-saxonne : Tout en carton et en papier délicat

  • La façon dont le titre du tome et le titre de la saga ont été traités en français me conforte également dans mon choix. Sur la couverture française, exit le titre de tome, on y fait plus qu’apparaître le titre de la saga. Lorsque ça n’a pas d’importance pour l’intrigue pourquoi pas, mais là, c’est quand même important pour l’intrigue. Plusieurs fois dans le livre, l’auteur fait référence à ce titre de tome inscrit sur la couverture. Ce n’est pourtant pas un choix technique, puisqu’à part changer le titre des livres, l’éditeur français a conservé la couverture originale. Alors pourquoi occulter le titre des tomes (car oui pour la sortie du tome 2, il y a eu récidive), au risque de devoir modifier ou supprimer certains dialogues ? Mystère.
Version française : titre de la saga uniquement

Version française : titre de la saga uniquement

Version anglaise : titre de la saga en bas à gauche + titre du tome en haut à droite

Version anglaise : titre de la saga en bas à gauche + titre du tome en haut à droite

Enfin tout cela pour vous dire que la critique que je vais vous faire de ce livre ne sera peut-être pas parfaitement applicable à votre lecture française. Lemony Snicket nous conte ici ses aventures, bien avant son implication dans Les Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire, du temps où il était jeune et insouciant. Tellement insouciant qu’il n’hésite pas à quitter sa famille pour suivre une mystérieuse femme, membre d’une toute aussi mystérieuse organisation, pour devenir enquêteur stagiaire. A peine rencontré, son nouveau mentor va l’emmener dans une sordide ville où un vol a été commis. Par qui ? Pour quoi ? La solution semble toute trouvée, la victime connaît le coupable, elle souhaite simplement récupérer l’objet volé. Aucun soucis pour le mentor de Lemony, mais pour le jeune homme en revanche, l’affaire commence à devenir louche. Lemony va alors devenir, malgré lui, le héros d’une enquête qui va le dépasser et il va vite devoir se rendre à l’évidence : il n’est vraiment pas doué pour poser les bonnes questions.

Pour ma part, j’ai eu du mal à m’attacher à Lemony, le héros-narrateur. De ce que j’ai lu sur internet, je ne suis pas la seule. Il manque un peu de charisme à ce personnage, qui, pourtant, est super intelligent. Très intelligent, ou alors ce sont les autres personnages qui ont un QI en dessous de la moyenne. A mon avis, il y a des deux. Contre toute attente, j’ai beaucoup plus apprécié le mentor, dans son aspect « je suis débile, mais je ne le sais pas encore ».
L’ambiance du roman est à la fois mystérieuse et humoristique. On assiste à une enquête peu ordinaire sur un vol peu conventionnel. A chaque fois que l’on croit trouver le coupable, pfiou, il se transforme en victime. Pour cela, je dis chapeau l’auteur. Mais malgré ce gros point positif, je n’ai pas été aussi emballée par l’histoire que je ne l’avais été par les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Parce que le gros atout des Orphelins, justement, c’était le méchant. Ici, on ne sait même pas qui est le méchant. J’avais plus l’impression d’assister à un enchaînement de situations rocambolesques et improbables.

Le mystère cultivé jusqu'au bout des ongles : voici l'une des rares photos de l'auteur

Le mystère cultivé jusqu’au bout des ongles : voici l’une des rares photos de l’auteur

Le tome 1 n’est qu’une introduction certes, mais il manque quand même quelque chose pour transformer l’essai en belle réussite. Il n’en reste pas moins que ce premier roman nous fait passer un bon moment de lecture détente (si on adhère au style Snicket bien entendu).

Honte à moi : j’ai failli oublier de vous parler des illustrations ! Où avais-je la tête ? Depuis les Désastreuses aventures, Lemony Snicket travaille, à chaque nouveau livre ou à chaque nouvelle saga, en étroite collaboration avec un dessinateur. Ici, c’est Seth, un artiste au style reconnaissable et terriblement en accord avec l’univers du livre. Ses illustrations amènent une nouvelle compréhension des événements du livre, mieux, elles arrivent avant l’action, aussi, au moment de la lecture, on a déjà la représentation en tête.

Un style qui sort tout droit des cartoons des années 80

Un style qui sort tout droit des cartoons des années 80

Le recap’ :

Points positifs :

  • Des intrigues palpitantes
  • Des jeux de mots marrants et franchement bien trouvés
  • Des retournements de situations en veux-tu en voilà
  • Des illustrations qui sont très en accord avec le style général

Points négatifs :

  • Enormément de mystères ne trouvent aucune résolution
  • Un univers particulier qui peut avoir du mal à convaincre.