Rouge rubisLes Gemmes, de Kerstin Gier, chez Milan, 2011 pour le premier tome en français

 

La littérature de jeunesse (en tout cas les romans) est propulsée en ce moment grâce au cinéma. Les adaptations s’enchaînent et les producteurs misent gros sur les lectures ados. Probablement parce qu’ils savent que les jeunes seront au rendez-vous au cinéma, mais aussi parce que ça attire également les adultes. Et tout ça va tellement vite qu’on n’a même plus le temps de découvrir tranquillement le livre avant sa sortie au cinéma ! Alors, c’est une super promo pour la littérature de jeunesse, et les romans se vendent d’autant mieux après une adaptation cinématographique. Mais oh ! je n’ai pas un rendement à la chaîne dans mes lectures moi !

Déçue de ne pas avoir pu lire Divergente et Hunger Games avant leurs sorties au cinéma (oui bon j’aurais pu, mais ça aurait retardé mon visionnage des films, ce qui m’agace aussi…), et sachant que je n’arrive pas à m’immerger dans un livre comme il faut une fois que j’en ai vu un bout en film, j’ai décidé de ne plus me laisser avoir !

Il y a quelque temps, j’ai vu la bande-annonce d’un nouveau film fantastique qui m’a tout de suite emballée. Je veux le voir ! Il ne sortira pas au cinéma, mais en DVD en septembre 2014 (c’est un livre allemand à la base, donc film allemand sorti depuis déjà plus d’un an). Mais on y est dans quelques jours en septembre 2014 (oui bon, là septembre est passé, mais la réflexion date bien de fin août) !! Raah, non, cette fois je ne me laisse pas faire ! Je veux le lire avant de le voir ! Vite, vite on l’achète.

Dans la librairie, je me suis dit qu’heureusement que j’avais vu la bande-annonce avant parce que sinon ce n’est absolument pas le genre de livre que j’aurais acheté. Rangé dans la littérature pour fille (Glam-Girly qu’ils appellent ça…), au milieu de tous les bouquins de vampires que je rechigne à lire, avec le titre qui brille. Et justement le titre. Rouge Rubis pour le tome 1. Bleu Saphir et Vert Emeraude pour la suite de la trilogie. Ça tend définitivement trop sur le lectorat purement féminin, ce qui ne m’attire pas habituellement. Mais là, la bande-annonce m’avait déjà donné envie.

 

Achat du tome 1, lecture en quelques heures (ben c’est écrit gros) et résultat :

La famille de Gwendolyne porte un lourd secret. Ils font partie des Veilleurs du temps et dans leur arbre généalogique, à des dates données, un enfant naît avec la capacité de se téléporter dans le passé. Dans la famille de Gwendolyne, c’est sa cousine Charlotte qui est prédestinée à acquérir ce don (qui se manifeste entre 16 et 17 ans), elle est donc préparée depuis sa plus tendre enfance à remplir des missions pour l’Ordre des Veilleurs du temps lorsque son don se manifestera. Malheureusement, il y a eu erreur. C’est Gwendolyne qui va se retrouver avec cette capacité de passeur de temps. Mais elle n’y est absolument pas préparée. Elle va être prise en charge par l’Ordre au tout dernier moment et des missions vont lui être confiées d’emblée pour pouvoir reconstituer le chronographe, appareil qui permet à tous les passeurs de temps de ne pas être téléportés à des moments inopportuns, mais de pouvoir maîtriser leur don (une machine à remonter le temps en gros). Cet appareil doit réunir les douze passeurs de temps principaux, chacun représenté par une gemme (Gwendolyne est la dernière, le rubis rouge), pour enfin révéler son secret. Gwendolyne est donc propulsée dans les secrets de famille, qu’elle n’avait jusque-là pas le droit de connaître en profondeur et va devoir servir l’Ordre.

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La couverture du roman en Allemagne.

 

Ce nouveau cycle commence vraiment pas mal. L’héroïne est bien sympathique, un peu maladroite, ce qui la rend attachante. L’histoire est bien ficelée, les retours dans le temps sont crédibles et bien amenés. Le mystère reste entier, même après le premier tome.

On commence à percevoir un début d’histoire d’amour entre Gwendolyne et un garçon, Gidéon, dans ce premier tome, mais pour l’instant ce n’est absolument pas fleur bleue et même parfois drôle.

L’idée qu’une costumière fasse partie de l’Ordre, pour pouvoir fournir des costumes d’époque aux jeunes passeurs, pour qu’ils se fondent dans la masse de l’année dans laquelle ils sont envoyés, est très bonne et rend la trame encore plus crédible. D’autant que ces costumes sont très bien décrits et donne envie de voir ce que ça va donner dans le film.

Il y a un autre personnage intéressant, Gideon, onzième passeur de temps, deux ans plus âgé que Gwendolyne. Il va l’aider dans ses missions. Pour l’instant on ne sait que penser de lui. Parfois attachant et montrant son côté sensible, il peut aussi être très sec et fermé. On ne sait pas encore qui il est réellement, quelle est sa vraie personnalité et c’est hyper excitant d’avoir un personnage comme ça.

En réalité, dans ce premier tome, de nombreux autres personnages sont mystérieux et on attend impatiemment d’en savoir plus sur eux. Ça rend ce cycle prenant, on a envie de lire toujours plus pour voir si on ne va pas enfin comprendre tel ou tel détail.

D’ailleurs, en ce sens, le découpage des chapitres est super. Horrible et nickel à la fois. Le découpage laisse sur sa faim, du coup on n’a pas envie de lâcher le livre. Mais du coup c’est gênant quand on doit vraiment le lâcher ce livre, pour faire autre chose !

Quelques petits hic tout de même : la traduction française est un peu mal faite. Je n’ai pas lu l’original en allemand, mais on sent que la traduction est trop littérale, parfois trop collée au texte allemand. On passe parfois du langage soutenu au familier, sans prévenir, sans raison, certainement dû au texte allemand, mais ça n’a pas été adapté correctement en français. Il y a aussi des mots pas bien traduits (par exemple, des termes liés aux différentes époques ou des noms de vêtements spécifiques, qui sont peut-être compréhensibles en allemand, mais on aurait aimé une note de bas de page en français). C’est dommage parce que ça rend la lecture parfois un peu coupée. On est bien dans l’histoire, puis d’un coup un dialogue un peu bancal nous fait sortir la tête du livre et coupe notre élan.

Il y a aussi un peu trop de monde dès le départ. Dès le second chapitre, Gwendolyne nous décrit sa famille, avec les noms qui sont restés en anglais (oui, parce que même si l’auteure est allemande, le récit se déroule à Londres), et passe d’un membre à l’autre un peu trop vite sans qu’on ait vraiment le temps de comprendre les liens de parenté. Ensuite, on nous présente aussi très vite de nouveaux personnages faisant partie de l’Ordre et là ça fait un peu trop. Heureusement, à la fin du livre on a un petit récap’ de l’arbre généalogique, mais au début j’ai eu un peu de mal à tout suivre à ce niveau.

Dans ce premier tome, on nous donne aussi très peu d’indices sur les secrets de l’Ordre. Pas assez et du coup on est un peu perdu. On se doute que cela arrivera dans les tomes suivants (on espère en tout cas), mais ça aurait aidé la lecture et la compréhension de certains évènements de donner quelques éléments de plus.

la-trilogie-des-gemmes,-tome-2---bleu-saphir-224893-250-400J’ai attendu d’avoir lu les tomes 2 et 3 pour publier cet article et voici mon verdict final.

Malgré quelques détails un peu de guingois, le premier tome est prenant. Malheureusement les choses se dégradent par la suite.

L’histoire d’amour entre les deux personnages principaux devient complètement irréaliste. Je ne sais même pas comment expliquer clairement le cheminement de cette relation tellement c’est loufoque. On ne comprend pas comment Gwendolyne peut être aussi dingue de Gidéon alors qu’il se comporte comme un goujat. On ne comprend pas non plus les changements de comportements si brusques de Gidéon. Je comprends la classification de ces romans en Girly, car effectivement, certains éléments ne plairaient pas du tout à un garçon. Mais même en temps que fille, je ne comprends pas la vision qu’a Gwendolyne sur son fameux Gidéon. Je trouve même parfois que le comportement de la jeune fille donne un bien mauvais aperçu de ce que peuvent réellement ressentir des jeunes filles amoureuses et donne l’impression que ce n’est qu’une cruche.

Ensuite, malgré les arbres généalogiques donnés de temps en temps et le rappel des personnages à chaque fin de tomes, je ne m’y suis jamais vraiment bien retrouvée et ne me souviens même pas actuellement de tous les personnages ou de toutes les filiations. C’est tout de même gênant, car ce sont des points importants pour suivre correctement cette histoire.

De plus, certaines scènes montrent que Gwendolyne et sa mère ne sont pas forcément appréciées des autres membres de la famille et se font même quasiment insulter par la tante et la cousine. Mais Gwendolyne ne dit jamais rien et se laisse faire. Il en est de même avec les Veilleurs du temps. Ils la traitent mal car elle n’a pas été formée depuis sa naissance donc n’y connaît rien, et Gwendolyne ne bronche jamais, se laisse insulter sans rien dire. C’est un comportement complètement aberrant. Certaines scènes m’ont réellement choquée, je pense que n’importe quelle jeune fille de 16 ans ne se serait pas laissé faire comme ça.

Certaines scènes de retour dans le temps sont également farfelues. Personnellement, je me suis souvent dit qu’à la place des héros je n’aurais absolument pas fait les choses de la même manière et que je ne comprenais pas leurs réactions.

D’un chapitre à l’autre, on passe souvent du coq à l’âne, et certains mystères ne sont résolus que trop tard, alors que le lecteur ne se souvient même pas des éléments qui constituaient le mystère car trop d’évènements ce sont déroulés entre deux.

la-trilogie-des-gemmes,-tome-3---vert--meraude-433332-250-400Je dois reconnaître que tout est résolu à la fin. Mais vraiment à la toute toute fin. Et finalement d’une manière très sympathique d’ailleurs, mais le fait de tout regrouper comme ça à la fin et de ne pas laisser au lecteur le temps de digérer peu à peu est étouffant. Mais le final est tout de même très surprenant. Malgré quelques soupirs sur les derniers chapitres pour le manque de réalisme grandissant, j’ai émis un petit sourire à la lecture des dernières lignes. Cependant, cela vient vraiment tard et je n’arrive pas à me défaire des illogismes qui m’ont marquée.

Le premier tome m’avait frappée par sa traduction parfois bancale. Mais les deux autres tomes sont bizarrement mieux traduits à mon sens. Pourtant c’est la même traductrice, mais on a l’impression qu’elle a changé son style. En tout cas, cela m’étonnerait que ça vienne de l’auteure elle-même. Dans ces deux tomes, les dialogues sont plus fluides, on retrouve moins de vocabulaire pompeux et on ne passe pas d’un langage soutenu à familier aussi promptement que dans le premier tome. La lecture est plus agréable.

Malgré beaucoup de défauts apparus dans cette suite, un nouveau personnage arrive qui donne du peps au tout. Xemerius est loufoque, collant mais attachant (attachiant plus précisément). Les dialogues entre lui et Gwendolyne m’ont fait penser à certaines conversations débiles que Coco et moi pouvons avoir à plus de minuit sur les réseaux sociaux quand nous ne répondons plus de nous-mêmes… Ce qui est assez amusant.

 

Mon ressenti face à cette trilogie est donc mitigé. Je ne sais pas quoi en penser réellement. L’histoire est très sympathique, certains personnages sont attachants, il y a du nouveau dans les formes de magies ou d’éléments fantastiques, l’écriture s’améliore après le premier tome. Mais il y aussi trop d’illogismes, une histoire d’amour trop peu crédible et des retournements de situations irréalistes.

Je pense que ce sont des romans qui peuvent tout à fait convenir à des jeunes filles, mais il faut être dans l’état d’esprit adéquat pour les lire. A proscrire à partir d’un certain âge car risque de trouver le tout trop niais.

J’attends tout de même avec impatience le film, pour voir ce que toutes les choses que j’ai aimées ou non sont devenues.

 

Le récap’ :

Points positifs :

  • Les mystères sont bien amenés à la base.
  • Le découpage des chapitres rend la lecture très prenante et difficile à arrêter.
  • Même si beaucoup d’éléments clochent selon moi, le dernier rebondissement qui éclaire énormément d’évènements et est amené en toute fin, permet de remonter la barre de cette trilogie.

Points négatifs :

  • L’histoire d’amour est peu crédible. L’héroïne tombe trop rapidement amoureuse, et reste trop facilement accrochée alors que le garçon est odieux avec elle. Cette histoire d’amour prend d’ailleurs trop de place dans les romans je pense.
  • On passe trop souvent du coq à l’âne et on mélange trop facilement les époques.
  • La différence d’immersion et de crédibilité entre les trois tomes (on est bien pris par le premier, mais tout devient trop flou dans les deux autres) provoque un effet d’incompréhension. Pourquoi le fil ne tient plus ?
  • Les comportements et réactions de Gwendolyne face à certaines situations sonnent totalement faux.

 

Bonne lecture les loulous !


Depuis la parution de cet article, j’ai pu visionner le film. Voici en lien, mon opinion sur cette adaptation.