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N’avez vous jamais lu un livre et vous êtes dit « mon dieu que c’est mal écrit » ? Et si l’affirmation exacte était plutôt : « mon dieu que c’est mal traduit » ? (Si c’était un livre français, là on ne peut rien faire pour vous).
Car oui, un livre mal traduit est un plaisir-lecture gâché. A travers plusieurs exemples, nous allons vous démontrer comment les traducteurs peuvent faire notre joie ou notre désarroi.

La très mauvaise traduction (ou la bonne réécriture, c’est selon) :

Si vous avez déjà fait des traductions en cours de langue, vous avez déjà dû entendre ceci : « ne traduisez pas littéralement ! » Soit : ne traduisez pas mot à mot. Car pour bien traduire, il faut également savoir prendre du recul. Parce que les expressions changent selon les cultures, les époques ou autres, les traducteurs ont parfois besoin de s’écarter de la VO et de réécrire certaines phrases sans que le sens de celles-ci ne s’en trouve altéré. J’insiste particulièrement sur ce dernier point : pas d’altérations de sens !
Seulement certains traducteurs n’ont retenu que la partie « se détacher du texte » et s’amusent à réécrire non pas une phrase mais un pan entier de chapitre. Le pire étant qu’ils ne voient pas où réside le problème. Laissez-moi vous expliquer :
Lorsqu’il y a réécriture de passage, ce n’est plus l’auteur qui parle mais le traducteur. Autant j’admire le travail (colossal) de la plupart d’entre eux, autant si j’achète le nouveau John Green, ce n’est pas pour lire la plume de quelqu’un d’autre.

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Lorsque Loulou & Coco tombent sur une mauvaise traduction

==> La palme d’or de cette catégorie revient à : Jean Sola, traducteur des versions intégrales du Trône de fer (Game of thrones en anglais). Je n’arrive plus à mettre la main sur son édifiante interview dans laquelle il révélait, sans détour, couper, et retravailler des passages pour « corriger » l’écriture de G.R.R Martin, l’auteur. Sa traduction a d’ailleurs fait naitre une controverse en France, car malgré le fait que les livres s’écoulent en grande quantité, le style très médiéval de Sola rend la lecture ardue. Certains diront que c’est un style justement très adapté à l’univers, effectivement, mais là où le bât blesse, c’est que G.R.R Martin a, quant-à lui, un style beaucoup plus simple et grand public. A quoi bon alors réduire le public cible d’une œuvre ?
Depuis 2014 et la parution de l’intégrale 5 en grand format, le traducteur change. Espérons que ce soit pour un meilleur confort de lecture.
Pour en savoir plus : vous pouvez aller consulter cet excellent article de ninehank qui vous offre même une véritable comparaison entre la version originale et la version traduite par Jean Sola.

 

La mauvaise traduction par successions de choix  inopportuns :

Avant internet et la mondialisation des informations (rigolez pas, c’était il n’y a pas si longtemps que cela), les traducteurs étaient tranquilles, peinards dans leurs propres langues. Ils n’avaient pas des lecteurs fouineurs (comme nous) qui venaient comparer leurs traductions aux textes originaux. Seulement voilà, internet est passé par là et, comme à son habitude, a tout chamboulé.
Désormais les gens lisent beaucoup en VO, même sans s’en rendre compte. Les pubs pour gagner une carte verte pour les USA, vous savez les reconnaître, et pourtant elles sont 100% anglaises. Les jeunes sont pratiquement devenus bilingues à force de regarder leurs séries sur internet. Ils sont capables de traduire tout et n’importe quoi, et par conséquent, ils sont capables d’identifier une mauvaise traduction.
Si je vous dis tout cela, c’est pour vous présenter cette catégorie. Personnellement, j’y mettrais toutes les traductions entre l’époque pré-internet et la grande vague du bilinguisme. Les traducteurs ne savaient pas trop sur quel pied danser (moi, je vous réponds les deux, sinon y a de grandes chances pour que vous vous retrouviez le nez dans la moquette) et ont commis des fautes grossières mais qui ne gâchent pas forcément la lecture.

==> La palme d’or revient à : Rose Marie Vassallo, traductrice des Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. Pendant longtemps j’ai ignoré les problèmes de traduction de cette saga. Et au détour d’une recherche internet, j’ai appris beaucoup de choses. Comme le changement de nom d’un des personnages principaux : Sunny (en VO) devient Prunille. La raison : son nom sonnait comme une marque de lessive aux oreilles de la traductrice. Soit. Mais le vrai problème c’est que quelques tomes plus tard, ce changement de nom est devenu une plaie. Incapable de traduire un passage avec un jeu de mot sur Sunny, la traductrice l’a tout simplement supprimé. Elle a bien évidement regretté publiquement ce choix plus tard, mais le mal était fait. D’autres paragraphes, parfois même chapitres (!), ont subi le même sort. Mais lorsque vient le temps des explications, la traductrice s’en sort par une pirouette mal négociée : elle conseille d’aller lire la version originale pour ceux qui veulent l’histoire complète. Arrêtons tout de même notre langue de vipère, la saga reste de bonne faction et elle très agréable à lire (si on ignore tout de son texte originel).

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Le traducteur qui se dit que non, vraiment, il ne voit pas où est le problème

==> Mention spéciale à : Luc Rigoureau, traducteur de la saga Twilight. Loulou va vous raconter une petite anecdote :
 » Cette saga est relativement bien traduite, je pense, sauf pour quelques mots de vocabulaire. Je n’ai pas eu le courage de relire le cycle en entier pour tous les trouver, mais il y en a un qui m’a marqué et que je n’ai pas oublié depuis le temps. Alors que Bella vient d’arriver à Forks, son père lui annonce qu’il lui a acheté une voiture pour qu’elle puisse se rendre au lycée.
– Quel genre ? (lui demande-t-elle)
– En fait, c’est une camionnette à plateau. (répond-il)
Là je me souviens que j’ai levé le nez du livre (alors qu’on en est qu’à la page 16). « Une camionnette à plateau ? Mais qu’est-ce donc ? ». Bon j’avais un peu la flemme de chercher, puis je me suis dis que ce n’était pas ça qui allait me gâcher la lecture. Je me suis tout de même imaginé que c’était une camionnette normale (genre celle de votre plombier) avec un plateau sur le toit. Je ne voyais pas l’intérêt, mais les américains ont des coutumes bizarres parfois, alors soit.
Ce n’est qu’en voyant le film quelques mois plus tard que tout s’est éclaircit : la camionnette à plateau est un pick-up !!! « Aaaaaaaaahhhhh d’accord » me suis-je dis sur mon siège de ciné.
Bon, en y réfléchissant bien, ça paraissait logique finalement. J’ai vérifié après coup aussi, et le terme de « camionnette à plateau » existe bien. Mais y a pas grand monde qui doit l’utiliser… Et puis pour un livre d’ado, quelle idée d’utiliser ce mot ! Je suis sûre que je ne suis pas la seule à ne pas avoir compris. Surtout qu’il est répété plusieurs fois au fil de l’histoire. Mais peut-être que le traducteur lui-même n’avait pas bien saisi ? Ou alors, il voulait enlever tout anglicisme du texte, pour bien le franciser ? Mais bon, il y a des limites tout de même… »

On a découvert l'utilité du "plateau", ça sert de transport de loup-garous.

On a découvert l’utilité du « plateau », ça sert de transport de loup-garous.

 

La traduction qui a tout pour être bien mais dont certains éléments coincent :

Il n’y a pas si longtemps, je me suis offerte la version ultra luxe du Hobbit de Tolkien. A mon grand étonnement, j’ai vraiment apprécié ma lecture, ce qui n’avait pas été le cas de la version poche. Pourtant c’est censé être la même histoire. Oui, mais voilà : même histoire, différents traducteurs. La version de Lauzon est très bonne. C’est fluide, moins barbant, mais (car il y a toujours un mais) il y a des choses qui ont coincé. Comme les noms des trolls par exemple. Excusez moi mais si un jour je croise des trolls et qu’ils me disent s’appeler Hubert, Léon et Tom, je m’écroule de rire. Il n’y a pas moyen que je les prenne au sérieux. Vous allez me dire dans la version poche, on est pas mieux loti : Bert, Tom et William. Mais ça fait déjà plus féroce.

Herbert a pas l'air d'apprécier qu'on se moque de son prénom

Hubert a pas l’air d’apprécier qu’on se moque de son prénom

 

L’excellente traduction :

C’est celle où vous ne savez même pas que c’est traduit, c’est celle qui ne se fait pas sentir. La majorité des livres, heureusement, en sont pourvus.
==> Palme d’or à : Jean François Ménard, traducteur de la saga Harry Potter. Vraiment, chapeau M. Ménard, parce que traduire un univers aussi complexe que celui de Rowling, ça relève du sport de compétition. Il faut bien se le dire, les mots comme sombral, Poudlard, et tous les acronymes du type B.U.S.E etc n’existaient pas avant lui : il les a inventés pour pouvoir traduire.

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Notre réaction quand on est transporté par l’histoire

 

J’émets toutefois une réserve à toutes les traductions, et elle concerne les noms de personnages. Je n’ai jamais compris l’utilité de les changer (à part peut-être pour Tom Jedusor, de la saga Harry Potter, qu’il faut lire comme Tom jeux du sort). Si l’auteur a choisi ce nom là, c’est pour une raison précise et personnelle que nul n’a le droit de contester (son œuvre = son monde). Cette tendance était née d’une francisation des noms pour ne pas perturber les (jeunes) lecteurs, désormais elle s’estompe.

Si cet article a un côté virulent, c’est parce qu’il faudrait que les professionnels (en tout cas certains) comprennent que les lecteurs ne sont pas juste des portefeuilles sur pattes et qu’ils sont en droit d’attendre la même histoire qui a fait le bonheur des lecteurs du pays d’origine. Ce n’est pas pour autant que le travail de traducteur est facile. Il est même ingrat : vous restez dans l’ombre d’une plume dont vous ne pouvez vous écarter et vous subissez des pressions de la part de votre éditeur et du public qui s’attend à la perfection (spoiler : la perfection n’existe pas). Alors je peux comprendre que, parfois, l’envie de laisser sa marque prend le dessus. Seulement, il y en a qui le font plus discrètement que d’autres.

 

Bonne lecture les cocos.
Bonne lecture les loulous.