L’expédition H.G. Wells de Polly Shulman, paru chez Bayard en 2015

Je dois vous avouer que chroniquer La Malédiction Grimm (tome précédent de celui que je vous présente aujourd’hui) n’était pas forcément dans mes projets au départ. C’est la lecture des premiers chapitres de L’expédition H.G. Wells qui m’a convaincue. Je me suis tout de suite dit qu’il faudrait que je vous parle de ce second tome, et que donc je devais vous parler du premier également.

 

Dans L’expédition H.G. Wells on retrouve, comme s’en doute le lecteur qui a lu le premier tome, l’univers du Dépôt d’Objets Empruntables de la Ville de New York. Alors que le premier tome s’intéressait à la Collection Spéciale qu’est celle de Grimm, ce second tome nous plonge dans une seconde Collection Spéciale : le Legs Wells.

Leo, jeune lycéen dont la famille entière est passionnée par les sciences, ne peut déroger à la règle familiale et est donc également féru de science, notamment de science-fiction. C’est ainsi que le jour où il voit débarquer dans sa chambre, l’espace de quelques secondes, un mini-lui accompagné d’une jolie fille sur un engin à remonter le temps, après le premier étonnement, il y croit tout de même. Son mini-lui a juste le temps de lui conseiller de lire La machine à explorer le temps de H.G. Wells avant de disparaitre. Cela donne l’idée à Leo de faire un projet sur les machines à remonter le temps pour la fête de la science de son lycée. En en parlant avec sa professeure, elle lui conseille d’aller faire un tour au Dépôt d’Objets Empruntables de la ville. Le jeune homme s’y rend et découvre le monde merveilleux que le lecteur a déjà découvert dans le tome 1. Débute alors pour le jeune garçon une véritable aventure. Il y rencontre Jaya, une magasinière, qui, bluffée par ses talents, le fera bientôt intégrer l’équipe de travail de la bibliothèque. Grâce à ses recherches pour son projet de science, ce sont les portes du Legs Wells qui vont s’ouvrir pour Leo. Où il y découvrira une vraie machine à remonter le temps. Une suite d’évènements assez tragiques le mènera à utiliser cette machine pour réparer certaines erreurs.

 

Malgré une fin mitigée pour moi du premier tome, j’ai pris énormément de plaisir à retrouver l’univers de cette merveilleuse bibliothèque. Alors que dans La Malédiction Grimm on perçoit plus la bibliothèque du côté des magasiniers et donc l’envers du décor, dans L’expédition H.G. Wells, on la perçoit tout d’abord sous l’œil de l’usager. Ce qui m’avait permis de m’immerger totalement dans l’univers dès les premières pages du tome 1, revient donc ici sous une nouvelle forme pour permettre de s’imprégner encore une fois complètement. On se met à la place du personnage et on y croit. De plus, tout comme dans le tome 1, le personnage principal ne prend pas pour acquis immédiatement les éléments fantastiques qui lui tombent dessus, mais se pose des questions et est chamboulé au début. Ça apporte aussi à la crédibilité du récit. Le lecteur peut se dire qu’il aurait réagi de la même façon dans de telles circonstances. Ce sont donc exactement les mêmes éléments de départ qui m’ont fait accrocher au premier tome, qui m’ont permis de me prendre au jeu du deuxième tome.

Ce qui m’a encore plus attirée c’est que l’on retrouve le même univers mais pas les mêmes personnages. En effet, les actions du tome 2 se passent au moins 5-6 ans après la fin du tome 1. Nos premiers héros ne travaillent donc plus à la bibliothèque. En revanche, Jaya, la petite sœur d’Anjali dans le tome 1, que nous y découvrons un peu, est présente dans le second tome. Elle a grandi et est devenue magasinière en chef du Dépôt d’Objets. On ne retrouve donc pas nos personnages principaux, mais juste un secondaire, qui a évolué dans sa mentalité (même si on reconnaît son caractère fort et impatient). C’est super car pour ceux qui ont aimé l’univers ça leur permet de s’y replonger mais avec un renouveau. De plus, ça arrive souvent que dans un cycle on n’apprécie pas forcément ce que deviennent les persos en grandissant. Pas de souci ici, vous ne retrouverez ni Elisabeth, ni Anjali ou encore Aaron.

 

Quand on a aimé la Collection Grimm, on prend aussi beaucoup de plaisir à la découverte d’une seconde Collection Spéciale. Dans le Legs Wells sont regroupées la quasi-totalité des inventions de science-fiction que l’on peut découvrir dans les romans du célèbre H.G. Wells, mais également bien d’autres engins, comme certains tirés des récits de Jules Verne. J’ai beaucoup aimé, en plus de la découverte de ces machines incroyables, les discussions sur la science-fiction entre Jaya et Leo. Comment est-il possible que ces machines existent alors que c’est de la science-fiction ? Où est la frontière entre le réel et l’irréel ? Peut-on comparer la magie de la Collection Grimm, qui n’est en rien de la science, et les machines du Legs Wells, qui peuvent potentiellement exister puisqu’elles font partie du domaine de science-fiction ? Un triturage de méninges très intéressant, que le lecteur sera content de pousser plus loin en se posant lui-même ces questions.

Autre point sympathique, on en apprend plus sur les autres Collections Spéciales. Simplement citées dans le tome 1, Jaya nous offre, dans le tome 2, un petit paragraphe explicatif des quatre collections. Le Corpus Lovecraft contient ainsi « des trucs issus d’histoires gothiques et d’horreur » (sans plus de détail, il est émis l’hypothèse que ce soit des vampires, des fantômes…). Tandis que la Chrestomathie de Gibson est faite d’éléments cybernétiques (intelligences artificielles, virus informatiques, parties de corps bioniques…). Ça donne envie de découvrir également ces Collections.

En tout cas, dans ce tome, la plume de l’auteure nous permet encore une fois de nous plonger corps et âme dans le récit et de croire sans souci à cet univers. D’autant plus que, comme l’explique une note en fin d’ouvrage, beaucoup de faits explicités dans ce roman (sur des évènements du passé) sont tout à fait réels et ont vraiment eu lieu. Ainsi que les cotes des objets que l’on trouve sur les rayonnages, qui sont réellement basées sur la classification de Dewey, aujourd’hui en vigueur dans les vraies bibliothèques de notre pays (et de la plupart des bibliothèques du monde). Un vrai travail de recherche minutieux pour emporter le lecteur et le tenir en exaltation.

Couverture anglaise

Malheureusement, si j’ai aimé ce tome pour les mêmes raisons que le premier, ce sont aussi les mêmes raisons qui font que je ressors mitigée de ma lecture. Le rythme du récit est encore une fois trop différent entre le début et la fin. Balade dans les premiers chapitres, avec découverte agréable de l’univers, pour une accélération un peu trop rapide quand il s’agit de se bouger les fesses. On retrouve également une histoire d’amour trop plan-plan, à l’eau de rose américaine pour moi. Et, alors qu’on croit dur comme fer à cet univers au début du roman, des engrenages se rouillent et des évènements sont trop tordus pour que cela continue sur la même longueur d’onde. On se perd à un moment.

 

Cependant, je reste surprise par mon propre avis final parce que malgré ces gros couacs à la fin du récit, je reste tout de même fort emballée par le concept du livre. Cette bibliothèque de l’étrange m’a tellement convaincue et le tout est quand même si bien construit, que je reste avec un avis positif global sur ce roman.

N.B. : même si on retrouve le même univers dans les deux romans, comme cela se passe à plusieurs années d’intervalle et avec des personnages différents, on peut tout à fait lire ce tome sans avoir lu le précédent. Quelques références au premier sont parfois faites, mais sans incidence sur la compréhension de l’histoire.

 

J’ai hâte de lire le troisième tome, Le cauchemar Edgar Poe, qui, je pense, nous emmènera dans la Collection Spéciale du Corpus Lovecraft !

 

Le récap’

Points positifs :

  • On retrouve l’univers que l’on a aimé dans le premier tome, mais sous un autre angle ce qui apporte du renouveau au récit et permet même peut-être de convertir de nouveaux lecteurs.
  • Les éléments explicatifs sur l’existence de cette nouvelle Collection Spéciale permettent encore une fois de donner une grande crédibilité au récit.

Point négatif :

  • Une bonne crédibilité au début, qui se perd sur la fin à cause de détails trop poussés et farfelus.

 

Bonne lecture les loulous !