6 mois sans article sur Les personnages dans la littérature de jeunesse ! Mais c’est inadmissible ! Vite vite, je me rattrape ! Après des opus sur les parents royaux, passons donc aux enfants royaux. Nous commençons avec les princes. Leurs parents ont souvent essayé de bien les éduquer pour qu’ils suivent leur trace sur le trône, mais ce n’est pas toujours facile. Cela donne parfois des situations rocambolesques, avec des héritiers bien mal parti. Mais d’autres sont aussi sages que des images.

 

La belle lisse poire du prince de Motordu de Pef, paru chez Gallimard en 1989

Le prince de Motordu mène une très belle vie, mais il n’a jamais réussi à parler comme tout le monde. Dans sa bouche, un château devient un chapeau, un drapeau se transforme en crapaud. Un jour, il rencontre la princesse Dézécolle, et le prince va devoir très vite retourner en classe pour y retrouver le beau langage.

On commence par le classique des classiques suprêmes quand on parle d’histoires de prince : les aventures du fameux Prince de Motordu. Quel enfant ne connaît pas, au moins de titre, ces histoires abracadabrantesques aujourd’hui ? Depuis longtemps sur les listes des ouvrages conseillés par l’Education Nationale, les histoires de Pef bourgeonnent également sur les rayonnages de bibliothèques. Ce n’est pas tant pour son histoire de prince que je l’ai choisi, mais en réalité pour son texte riche qui joue avec les mots en permanence.

 

La reine des abeilles de Geoffroy de Pennart, paru en 1992 chez Kaléidoscope

Il était une fois un roi et une reine qui avaient trois fils. Les deux aînés passaient leurs journées à se bagarrer, tandis que le benjamin était doux et recueillait tous les animaux possibles dans le château. Un jour, les deux bagarreurs décidèrent de partir à l’aventure pour devenir des héros. Niais, leur petit frère les suit. Sur le chemin, les grands frères se moquent sans cesse du petit qui cherchent à protéger les animaux qu’ils croisent sur leur route et que les aînés martyrisent. Mais quand ces derniers sont ensorcelés par un magicien et ne peuvent être délivrés que grâce à leur benjamin et ses bêtes, ils font moins les malins.

Je suis fan depuis longtemps de Geoffroy de Pennart et j’ai casé pas mal de ses albums dans mes articles sur les personnages dans la littérature de jeunesse. Aujourd’hui, on me reprend la main dans le sac. Avec cette fois un ancien album, plus disponible sur le marché. Un album au titre trompeur, puisque même si c’est bien grâce à la reine des abeilles que l’affaire est résolue, le héros est notre petit prince fou des animaux. Un joli conte, qui reprend les grandes lignes classiques de la bonne vieille recette, mais très efficace.

 

Prince Charlie, un peu… beaucoup… à la folie de Angelika Glitz (texte) et Annette Swoboda (illustrations), paru en 2001 chez Milan

Charlie est un jeune prince bélier bien embêté. Il n’y voit pas grand-chose, mais refuse de mettre ses lunettes. Il trouve donc une autre solution : se marier pour avoir une femme qui verra ce qu’il faut à sa place. Mais quand vient l’heure de choisir sa prétendante, Charlie n’y voyant rien, ce ne sont pas les critères de beauté qui retiennent son attention, mais le doux rire d’une des brebis. Qui pourtant s’avère être justement la moins coquette. Mais ça, Charlie s’en moque, tant qu’il a quelqu’un à aimer et qui l’aime en retour.

Un récit adorable sur l’amour, le vrai. Enfin une histoire où l’heureuse élue n’est pas choisie pour sa beauté, ses belles robes ou sa richesse. Bon d’accord, Charlie prend épouse à la base parce que Môsieur a la flemme de mettre ses lunettes, donc ce n’est pas vraiment mieux. Mais c’est tout de même cocasse. De plus, la bataille acharnée que se livrent les autres brebis, qui ne comprennent pas pourquoi Charlie choisi la plus laide, est rigolote.

 

Prince de naissance, attentif de nature de Jeanne Benameur (texte) et Katy Couprie (illustrations), paru en 2004 chez Thierry Magnier

C’est l’histoire d’un petit prince de naissance, mais attentif aux autres et au monde qui l’entoure. Tellement attentif, qu’il fait des détours et des détours pour ne pas écraser le moindre insecte lorsqu’il se promène. Jusqu’au jour où le destin le propulse au rang de roi. Les responsabilités l’accablent de plus en plus, au point qu’il n’arrive plus à être attentif comme avant. Les guerres lui prennent trop de temps. Mais un jour, la guerre le mène pour la première fois en bord de mer. Ce doux paysage, les embruns salés et l’eau glacée sur sa peau réveillent en lui le petit prince qu’il était. Il devient alors roi de naissance, mais attentif de nature, aimé de tous ses sujets.

Un conte vraiment magnifique, autant par son texte que par ses illustrations. Les personnages sont dessinés au pastel gras, puis découpés et montés sur de petits bâtonnets. L’artiste les a ensuite mis en scène dans de vrais paysages (forêt, plage…) et a pris de magnifiques photos. Les angles de vue sont parfaits et le rendu est superbe. J’ai eu un vrai coup de cœur pour cet album grâce à cette technique.

 

Méchant Petit Prince de Grégoire Solotareff, paru en 2013 à L’école des loisirs

Ulysse est un petit Prince tellement méchant que tout le monde le surnomme ainsi. Ses parents sont désespérés et ne savent plus quoi faire. Un jour qu’Ulysse est puni, il s’enfuit et fait le tour de la terre pour trouver un endroit qui lui convient où il pourra exprimer toute sa méchanceté. Dans sa quête, il tombe miraculeusement sur la Méchante Petite Princesse. Vite, vite, ils se marient et ont plein d’enfants, tous aussi méchants les uns que les autres, sur le modèle de leurs parents. Mais est-ce une vie d’être toujours mécontent ? Méchant Petit Prince aimerait bien retourner en arrière et ne plus avoir ce caractère.

Une histoire digne de Solotareff, avec ses fins un peu sans fin, et surtout ses couleurs si particulières. Rien de plus à dire à part que cela plaira aux grands comme aux petits.

 

Le prince Olivier ne veut pas se laver de Odile Hellman-Hurpoil (texte) et Régis Faller (illustrations), paru en 2014 chez Bayard jeunesse (collection Les Belles Histoires)

Le roi Hubert, la reine Isabelle et leur fille Marinette sont aimés de leur peuple car ils sont bons. Il y a un seul petit accro à cette famille royale idyllique : le jeune prince Olivier qui refuse de se laver. Il empeste et fait vivre un enfer à son entourage (surtout à table). Sa devise : rien ne sert de se laver puisqu’on va se resalir. Sa famille a tout essayé, rien n’y fait, le garçon refuse de se laver. Jusqu’au jour où un plan de bataille infaillible est mis en place : plus personne dans le château ne se lave. Le prince Olivier commence à prendre conscience du résultat.

Un récit drôle et cocasse qui fera bien rire les enfants. Et motivera les plus réticents à aller dans le bain, sans que les parents n’aient à adopter la même technique que la famille royale. Cette histoire était parue dans le magazine du même nom que la collection il y a un bout de temps déjà et avait aussi été publiée en format poche individuel. Mais avec un autre illustrateur au bout du crayon. Or je trouve que le trait de Régis Faller est beaucoup plus contemporain, doux et qu’il rend le petit prince Olivier beaucoup plus attachant que dans la version précédente.

 

Pas assez d’enfants royaux masculins ? Petit bonus dans la liste ci-dessous :

  • – Prince dragon de Frédéric Kessler (texte) et Olivier Charpentier (illustrations), paru en 2013 chez Piquier jeunesse
  • – Le prince Maghan Diawara et le crocodile du lac Faguibine de Dialiba Konate chez Seuil jeunesse
  • – Toutes les autres histoires du Prince de Motordu de Pef
  • – Le Petit Prince d’Antoine de Saint Exupéry (je n’ai pas voulu le mettre dans ma sélection car c’est un roman et qu’il est vraiment connu de tous, mais je ne peux tout de même pas ne pas le citer).

 

Bonne lecture princière en vue les loulous !