Après les Shojo et les Shonen, reprise aujourd’hui avec la dernière section du prix Mangawa : les Seinen. Les Seinen sont des mangas destinés à un public plus mûr. Parfois définis comme visant un public plutôt masculin, il n’en est en fait rien et ils sont également appréciés des filles. On y trouve des intrigues et scénarios plus développés, un graphisme sophistiqué et des thèmes plus sombres. Souvent ils laissent plus de place à la violence et/ou à la nudité.

 

La sélection des mangas Seinen pour 2018 :

  • Gloutons et dragons de Ryoko Kui, chez Casterman
  • Le chant des souliers rouges de Mizu Sahara, chez Kaze
  • Le mari de mon frère de Gengoroh Tagame, chez Akata
  • L’enfant et le maudit de Nagabe, chez Komikku
  • Courrier des miracles de Noboru Asahi, chez Komikku

Encore et toujours dans l’ordre de mes lectures, je vous présente un à un les mangas de cette sélection.

 


 

Le mari de mon frère de Gengoroh Tagame, paru en septembre 2016 chez Akata

Yaichi élève seul sa fille. Mais un jour, son quotidien va être perturbé… Perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce Canadien n’est autre que le mari de son frère jumeau… Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon, pour réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait. Yaichi n’a pas alors d’autre choix que d’accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses…

Oh que cette sélection commence bien !!! J’ai eu un ENORME coup de cœur pour ce manga ! C’est un vrai bijou, une petite perle, un diamant brut !

Drôle, triste, cinglant, émouvant et juste il ne pourra que vous conquérir. Yaichi, le père de famille, se retrouve complètement démuni face à l’arrivée de cet étranger qu’il ne connaît pas du tout, n’ayant eu que très peu de nouvelles de son frère depuis dix ans. Il sera surtout démuni face aux questions de sa fille sur l’homosexualité de son oncle et ce que cela implique. Elle posera des questions d’un naturel déconcertant, qui mettront mal à l’aise Yaichi au début, mais lui feront prendre conscience peu à peu que les idées « rétrogrades » qu’il avait jusque-là n’avaient pas lieu d’être. Mike, venu au Japon pour se reconstruire après la mort de son époux, permettra à Yaichi de retrouver un peu du frère qu’il a perdu et de retourner dans des souvenirs d’enfance qui le toucheront.

Le tout est abordé avec beaucoup de finesse et de simplicité, à travers le regard d’une enfant innocente, qui ne voit pas le mal et projette une image que l’on devrait tous réussir à avoir sur l’homosexualité pour en finir avec les discriminations. C’est d’ailleurs Kana qui permettra un rapprochement des deux cultures et des deux hommes.

J’ai adoré le graphisme, qui donne toute sa force au manga. Simple, mais pas dénudé, il va à l’essentiel et nous permet de compléter comme il faut le récit. J’ai beaucoup aimé les bulles de pensées du père. Quand Kana pose à Mike une question un peu intime, Yaichi réagit relativement bien face à eux, mais intérieurement il est parfois près d’exploser et cela nous est montré dans un espace dédié. Cela permet de découvrir la double réflexion du père qui va s’interroger tout au long du récit sur ses propres réactions intérieures ; il finit par comprendre qu’elles ne sont pas justifiées.

La bonhommie de Mike, la carrure de Yaichi et l’innocence de Kana ne pourront que vous faire craquer, d’autant qu’ils sont superbement représentés.

On a également les « petits cours de culture gay by Mike », petits encarts disséminés tout au long du récit, qui offrent au lecteur un instant de culture sur le monde de l’homosexualité. Une histoire du mariage gay dans différents pays, par exemple, ou la signification du triangle rose inversé. Courts mais bien construits, ils sont les bienvenus.

Pour finir, j’ai été assez « impressionnée » par les scènes de nu dans ce manga. A différents moments du récit, Yaichi et Mike prennent un bain et l’on peut largement voir la scène des deux hommes se prélassant. Ce n’était pas sans déplaire à mon regard (humhum), mais je ne m’attendais pas à ça !

Pour tout vous avouer, je suis tellement tombée sous le charme que j’ai acheté tous les tomes (4, c’est raisonnable) et que je ne regrette pas parce que c’est une sacrée bonne saga ! La suite reste dans la même veine, c’est superbe. Seul regret, les points culture gay de Mike qui finissent par disparaître.

N.B. : Si vous avez aimé, n’hésitez pas à agrémenter votre bibliothèque de cette saga. Elle est complète et compte 4 tomes, à 7.95€ l’un. Vous n’allez pas vous ruiner.

 


 

L’enfant et le maudit de Nagabe, paru en mars 2017 chez Komikku

Keesha vit dans le pays de l’intérieur, celui des humains. Le professeur vit dans celui de l’extérieur, où les monstres ont été envoyés. Les deux mondes ne doivent jamais se rencontrer. Si un monstre touche un humain, ce dernier sera maudit à jamais. Mais Keesha a été bannie par sa tante. Son village la croit maudite et la seule façon de lui épargner la peine de mort était de laisser la petite fille livrée à elle-même. Heureusement, le professeur l’a recueillie. Parmi les monstres, il fait partie des gentils. Désormais, il s’est donné pour mission de protéger Keesha des deux mondes. Car celui de l’intérieur ne veut plus d’elle, tandis que celui de l’extérieur est dangereux pour elle.

Un récit noir et vibrant qui oscille entre innocence enfantine et cruauté du monde des adultes. Pour le coup, on ne verrait absolument pas cette histoire colorisée, le noir et blanc lui va comme un gant (je rappelle que j’ai un peu de mal avec le noir et blanc des mangas). C’est un récit sombre qui pourtant fait ressortir ce qu’il y a de bon dans les recoins les plus perdus.

Sincèrement je ne saurais comment expliquer ce qui s’y passe sans risquer de tout vous dévoiler. Peu de texte, un graphisme qui oscille entre épuré et détaillé, le tout très bien lié. Plusieurs pages sans texte où les illustrations se suffisent à elles-mêmes. Les deux personnages, aussi distincts l’un de l’autre, sont complémentaires et donnent deux dimensions au récit. Il faut vraiment le lire pour tomber à pieds joints dedans et l’apprécier.

La fin de ce tome va vous glacer et le second tome ne demandera qu’à être dévoré. Hâte de savoir ce qui va arriver à nos deux protagonistes.

N.B. : La saga compte pour le moment 3 tomes en France, le 4ème est prévu pour mi-mars 2018.

 


 

Le chant des souliers rouges de Mizu Sahara, paru en mai 2017 chez Kaze

Kimitaka est un jeune homme tourmenté. Il vient de passer ses deux dernières années de collège à se faire brutaliser par des camarades. Il n’est allé que très peu en cours. Il a également dû abandonner son rêve de faire du basket car il n’avait pas la carrure. Il vient de commencer une nouvelle année au lycée, où il pensait pouvoir repartir de zéro, mais il se retrouve encore une fois dans la situation de bouc-émissaire. Heureusement, cette fois, il arrive à se faire deux amis, Hana et Tsubura, qui sont dans la même situation que lui. Un évènement va également chambouler son début d’année. Kimitaka va se remémorer un échange de chaussures avec une jeune fille. Alors que chacun d’eux s’apprêtaient à jeter la paire de chaussure qu’ils ne pourraient plus jamais porter (chaussures de basket pour Kimitaka, de flamenco pour la jeune fille), ils ont décidé de les échanger. Kimitaka avait même encouragé la jeune fille à faire du basket, car elle en avait la carrure. Aujourd’hui, Kimitaka est retombé par hasard sur la jeune fille qu’il découvre en train de s’épanouir dans le sport qu’il lui a conseillé. Avec pour porte-bonheur, les chaussures qu’il lui avait offertes. Et si lui aussi prenait son courage à deux mains et se lançait dans l’ancienne passion de la jeune fille, grâce à ses souliers rouges ?

Au début, j’ai eu un peu peur du ridicule de la situation. Kimitaka qui chausse les souliers de flamenco, c’était un peu bizarre. Non pas qu’il veuille faire du flamenco, mais qu’il veuille utiliser les chaussures que la jeune fille lui a données. Car il existe des chaussures pour les hommes pour ce type de danse. Sauf qu’à la fin du premier tome, Kimitaka n’a pas encore pris son premier cours de danse, je ne peux donc pas m’avancer sur la tournure que cela va prendre à ce niveau-là. Dans le premier tome on est beaucoup plus sur le questionnement identitaire et les problèmes de confiance en soi. C’est une façon assez originale d’aborder ces points que de passer par cet échange de chaussures et par un garçon qui souhaite faire du flamenco. J’ai eu un peu de mal avec le style du dessin, notamment au niveau des mouvements quand on voit un match de basket, en revanche la trame de l’histoire me plaît pour le moment. En tout cas c’est une série qui promet des thèmes forts comme l’acceptation de la différence, la confiance en soi, la diversité et c’est toujours bon à prendre dans un collège ou un lycée !

Par contre, je ne sais pas pourquoi il est dans la sélection Seinen alors qu’à la fin du tome 1 l’auteur dit clairement qu’il a écrit cette histoire pour un magazine Shônen… Je le placerais effectivement plus facilement dans cette catégorie.

J’ai trouvé la suite dans ma médiathèque et pour l’instant c’est toujours aussi sympa à découvrir.

N.B. : La saga compte pour le moment 4 tomes en France, le 5ème paraîtra mi-mars 2018.

 


 

Courrier des miracles de Noboru Asahi, paru en juin 2017 chez Komikku

Makoto est un lycéen ordinaire qui s’ennuie dans la vie. Répéter inlassablement les mêmes actions tous les jours ne l’enchante guère. Jusqu’au jour où il a un accident de scooter. Il se retrouve à l’hôpital, dans le coma. Son esprit, lui se retrouve face au « maître » et à un pigeon… Pour pouvoir sortir du coma, Makoto devra devenir livreur de courrier des miracles pendant un certain temps. On suit donc les aventures du jeune homme, revenu sur Terre sous une autre apparence, qui s’infiltre dans la vie des gens pour leur livrer une part de bonheur.

Encore une fois j’étais un peu sceptique au début du manga. L’histoire du pigeon qui devient son tuteur en tant que livreur de courrier des miracles, c’est un peu trop tiré par les cheveux pour moi. Mais finalement, quand on s’accroche au thème de l’histoire, ça prend. Ce qui va primer c’est l’état d’esprit du jeune garçon, ses réflexions par rapport à sa vie d’avant. Veut-il vraiment sortir du coma ? Pour quoi faire ? Est-ce qu’il mettra vraiment à profit une seconde chance ? Des questions existentielles que tous les adolescents peuvent se poser un jour.

Le deuxième point intéressant ce sont les vies des gens qui reçoivent le fameux courrier des miracles. On a l’avant et l’après, les pensées et réflexions de chacun. On perçoit également que selon nos actes, tout miracle peut se transformer et donner un résultat différent. Il faut savoir saisir sa chance et profiter des bonheurs qui nous sont offerts.

Quant au graphisme, il est bien travaillé et beaucoup de décors sont plus poussés que dans d’autres mangas que j’ai pu lire. Très agréable à lire.

La fin du tome 1 vous obligera à lire la suite !

N.B. : La saga est finie et compte trois tomes

 


 

Gloutons et dragons de Ryoko Kui, paru en mai 2017 chez Casterman

Au fin fond d’un donjon où se côtoient les plus vils monstres, Farynn, jeune humaine magicienne, s’est fait dévorer par le dragon. Sa guilde, épuisée, reprend le donjon depuis le début pour tenter de la sauver. C’est ainsi qu’une joyeuse équipe loufoque se retrouve à arpenter les souterrains dangereux. Tylchak, le petit voleur, Marcyle, la magicienne elfe, Laïos, le Paladin, Senshi, le nain guerrier, professionnel de la cuisine. Une troupe hétéroclite et des plus étranges, mais qui en unissant leurs forces, arrivera à combattre les mystères des entrailles du donjon. Mais, quand on meurt de faim, pas facile de sortir vainqueur de la bataille. Avec Senshi dans leur rang, qui sait concocter les plus fameux petits plats à partir des plus odieuses créatures, la troupe ne risque pas de mourir de faim et fera même de merveilleuses découvertes culinaires.

On a commencé la sélection Seinen par un petit bijou, on la finit avec une autre merveille. Complètement déjanté, drôle à souhait, loufoque sous tous les angles et extrêmement bien réalisé, ce manga aura tout pour plaire aux gamers ! Totalement inspiré des jeux de rôles, tel que World of Warcraft, je m’y suis moi-même retrouvée pleinement. Les personnages, les décors, le vocabulaire, les combats, tout vous ramènera à l’univers du jeu vidéo fantastique. Par moment, l’équipe de bras cassés que nos compagnons forment fait même penser à la BD Noobs. Jolie petite allusion également au Seigneur des anneaux avec un « Fuyez pauvres fous » au tout début. C’est donc un savant mélange de différentes références geek. Avec tous ces détails, je me suis régalée !

« Régalé » est d’ailleurs un mot qui convient parfaitement à la situation de ce livre puisque tout au long de l’histoire, en plus des anecdotes sur le monde du jeu, on assiste à de véritables cours de cuisine. Vous souhaitez savoir comment concocter un scorpion géant braisé, des pavés fris de mandragore, des œufs de Basilic sur le plat ou encore de la soupe de plante mangeuse d’homme ? Alors considérez Gloutons et dragons comme votre nouveau livre de cuisine favori. J’avoue que j’ai trouvé parfois un peu long les passages où l’on voit Senshi cuisiner, mais c’est tellement drôle qu’on lit tout de même avidement.

N.B. : La saga est terminée et les 4 tomes sont disponibles en France.

 


 

Ma description des sélections pour le prix Mangawa 2018 s’achève donc ici. J’ai pris un plaisir fou à découvrir ce genre qui m’était totalement inconnu et vous allez désormais devoir vous préparer à plus d’articles sur les mangas sur notre petit Bazar, car j’ai commencé à en lire d’autres !

En plus de récits riches et poussés, aux thèmes éclectiques et avec un graphisme surprenant et changeant (autant de paramètres pour plaire à tous), les mangas sont généralement à petits prix, ils sont donc facilement accessibles aux petites bourses, un autre point appréciable.

Le prix Mangawa n’est pas encore clôturé, les votes se feront au mois de mars, je reviendrai donc vers vous à ce moment là pour vous donner les gagnants et vous dire pour lesquels j’ai personnellement voté.

Bonnes lectures mangawesque les loulous !

 


Attendez ! Ne partez pas ! Pour vous donner encore plus envie de lire Gloutons et dragons, une petite bande-annonce !