Comme promis, retour aujourd’hui sur le concours Mangawa 2018 avec la sélection Shojo

 

Mais avant de vous faire part de mes premiers pas au pays des mangas, je voudrais vous montrer les affiches que j’ai créées pour le CDI où je travaille ! Une pour le prix lecture du concours et une pour le prix dessin. J’en suis toute contente, et j’espère que ça a attirera du monde au CDI.

 


 

Allez, c’est parti pour mon aventure manga !

Les Shojo Mangas ciblent un public féminin entre 10 et 16 ans, mais on retrouve quand même pas mal de garçons qui s’y intéressent. Attention, les féministes vont crier, mais le contenu des mangas est ciblé très fille : sentiments et psychologie des personnages poussée. Les relations amoureuses sont le thème central de ces histoires. Ce n’est pas qu’une classe d’âge qui définit les Shojo mais bien leur contenu également, même si les lectures filles/garçons sont très segmentées dans les mangas, encore plus que dans notre littérature occidentale de romans jeunesse.

La sélection 2018 de Shojo pour le prix Mangawa est la suivante :

  • Jane Eyre de Lee Sunneko, chez Nobi Nobi
  • Perfect World de Rie Aruga, chez Akata
  • Moving Forward de Nagamu Nanaji, chez Akata
  • En scène de Cuvie, chez Kurokawa
  • Short Love Story de Io Sakisaka, chez Kana

Je vais vous les présenter un à un, dans l’ordre dans lequel je les ai personnellement lus, en en faisant un bref résumé et en donnant mes premières impressions de lectrices novices en la matière.

 


 

Moving Forward de Nagamu Nanaji, paru en mars 2017 chez Akata

Sourire pour quoi ? Sourire pour qui ?

Pour masquer ses blessures… ou exprimer sa joie ?

Kuko, jeune lycéenne, affiche toujours un sourire radieux ! Mais autour d’elle, personne ne semble soupçonner que derrière cette apparente bonne humeur se cache une profonde douleur. Ni son père. Ni Kiyo, son voisin métisse. Ni Ibu, son amie d’enfance fan de shôjo mangas. Seul Outa, jeune étudiant en école d’art, réussit à lire en elle, au-delà des apparences. Car en réalité, depuis sa plus tendre enfance, Kuko souffre d’une absence : [BIIIP – je vous enlève une phrase, mise sur le site de l’éditeur, mais pas sur la quatrième de couv et qui spoile totalement]. Alors, pour exorciser tout son mal-être, la jeune fille aime tenir son blog photo, sur lequel elle poste « sa vision du monde », à travers le regard des animaux. Mais l’arrivée dans son quartier d’un garçon plus perspicace que les autres pourrait bien chambouler son quotidien…

Entre regards perdus et non-dits, découvrez le quotidien de jeunes adolescents qui, entre arts, amour et amitié, cherchent leur équilibre fragile dans un monde souvent trop cruel.

C’est donc le tout premier manga que j’ai lu, sur les 15, et je partais avec de gros clichés et aprioris. La catégorisation en « histoire pour fillette pleine de bons sentiments et rempli d’amour » me faisait très peur. Tomber sur un scénar cul-cul la praline très peu développé, ce n’est pas pour moi. Finalement, je range mes clichés mal placés et je repars de zéro. Bon, je ne vais pas vous dire qu’on ne trouve pas dans ce récit une histoire d’amour (même plusieurs qui s’entrecroisent) et un gros focus sur la psychologie du personnage central qu’est Kuko. Mais c’est tourné d’une façon beaucoup moins baveuse que ce à quoi je m’attendais.

Kuko est une jeune fille effectivement pleine d’entrain, appréciée de tous, mais le lecteur perçoit vite sa blessure. Tandis que les autres personnages ne voient que la façade de Kuko, le lecteur entre dans sa tête et ça donne un point de vue intéressant à l’histoire. Une jeune lectrice peut facilement faire une identification. Le vide en Kuko est vite compris par le lecteur, même si son origine reste inconnue à la fin du tome 1 (si vous ne lisez pas la phrase malencontreuse sur le site de la maison d’édition…). En réalité, on comprend assez vite le fonctionnement de l’histoire, les relations entre les personnages et on peut rapidement élaborer des hypothèses sur la suite. Mais cela ne gâche pas le plaisir de la découverte sur la suite des évènements. C’est moins niais que ce que je pensais au départ.

Pour ce qui est du fond du manga, on retrouve finalement la même chose que les lectures dites « pour filles » bien de chez nous. C’est pour ce qui est de la forme que j’ai découvert un monde complètement à part et nouveau pour moi. Je savais à quoi ça ressemblait un manga, quand même, je ne vis pas dans une grotte. Mais le concept m’était quand même flou.

La lecture de droite à gauche pas de souci, je m’y suis faite (tout comme je suis une pro de la conduite à gauche). Le noir et blanc, j’ai toujours eu un peu de mal, mais quand j’ai vu l’essai de colorisation des personnages sur la couv, qui donne un air bizarre à notre Kuko, je me suis dit qu’en noir et blanc ça valait mieux. En revanche le découpage des scènes façon brouillon de scénar d’un film, je ne sais pas si je m’y ferai. Je trouve ça assez chaotique. Même si on retrouve parfaitement l’esprit des dessins animés mangas et que ça doit être bien pratique pour les adaptations, à la lecture je trouve ça difficile pour un œil non averti. Par moment on ne sait pas dans quel sens lire les cases et ça complique la tâche. Ne pas savoir qui parle m’a également troublée. En effet, dans un manga, il peut y avoir des bulles de conversations qui correspondent à un personnage hors cadre. On les reconnait par leur contour qui est différent du contour de bulle du personnage présent dans la case. J’ai également eu un peu de mal avec tous ces gros plans sur les personnages. Pas beaucoup de décors visibles tout au long du récit. Cependant, ça aide beaucoup à la perception des émotions des personnages et permet même des dialogues muets entre eux, qui rendent très intenses certaines scènes. C’est donc un schéma narratif très complexe (et différent de mes habitudes), autant par le texte que par l’image, que j’ai abordé avec plaisir.

Toutes ces sueurs froides passées, j’ai découvert une autre particularité des mangas. Comme dit dans mon précédent article, beaucoup sont le fruit d’une parution en différents épisodes dans des magazines ou blogs, rassemblés par la suite en ouvrage. Dans Moving Forward on a donc le droit à des petits encarts au fil du récit où l’auteure raconte tout bonnement sa vie, comme si elle était encore en diffusion par épisode. Elle y fait la pub pour un autre de ses mangas, mais parle également de son AVC, survenu lors de l’écriture de cette saga… C’est très particulier comme concept. On ne connait pas ça en France. En tout cas pas d’une façon aussi intimiste. Mais après tout, cette impression de rentrer dans le journal personnel d’une autre et d’être en dialogue avec l’auteure, je comprends que ce soit sympathique et attire particulièrement la lectrice de 10 à 16 ans.

Le dernier point que j’ai beaucoup apprécié dans cette découverte, c’est qu’à la fin du livre on nous présente les dessins qui ont servi à l’ouverture de chaque épisode lorsqu’ils sont parus dans des revus. Ça montre l’inspiration de l’auteur et on comprend que les décors choisis pour placer son histoire ne sont pas fictionnels, mais bien réels.

Ce fut donc une première expérience de manga très enrichissante, drôle et pleine de surprise. J’ai commencé ma lecture des autres tomes de cette catégorie plus sereine. Je serai moins expansive sur les prochaines lectures, maintenant que le côté « nouvel univers » a été exploré. Passons d’ailleurs à ma lecture suivante.

N.B. : A ce jour, la série compte déjà 6 tomes parus en France. Le septième est prévu pour février 2018.

 


 

En scène de Cuvie, paru en octobre 2016 chez Kurokawa

La vie de Kanade bascule le jour où elle assiste au spectacle de danse de sa voisine Lisa. Fascinée par la grâce de la jeune fille, Kanade n’a plus qu’un rêve en tête : devenir ballerine ! Mais la danse est une école difficile, surtout si l’on n’a pas de prédispositions particulières. Cependant, malgré les obstacles et les déceptions, Kanade s’accroche. Et elle découvre vite que même les plus douées sont confrontées à l’échec.

Encore une fois j’ai eu un petit peu peur en voyant la couverture rose et la ballerine sur la couverture. Barbie fait de la danse, non merci. Mais il va falloir que je mette définitivement au placard ces fichus aprioris parce que là encore j’ai été agréablement surprise.

Evidemment, ce n’est pas une lecture habituelle pour moi. Oui ça ne parle que de danse. Oui il y a des pages entières sur la technique de la danse classique. Mais oui on peut y adhérer sans être une accro de la danse et apprécier l’histoire pour ce qu’elle offre d’autre. Car au-delà du thème de la danse, on perçoit la volonté tenace d’une jeune fille pour assouvir sa passion. Avec ses hauts et ses bas. Ses envies d’arrêter et les amis qui sont là pour vous remotiver. Egalement la jalousie qu’il peut y avoir dans ce monde de danseuses. Et puis les reprises de confiance et la nécessité de se laisser aller dans la danse classique ; ne pas seulement se tenir droite et bien connaître une chorégraphie, mais savoir vivre l’instant et s’imprégner de l’atmosphère de l’œuvre.

Finalement, moi qui baigne dans la musique classique depuis mon enfance, mais m’en trouve un peu à l’écart depuis 3 ans, ça m’a replongée dans un univers que j’apprécie. Car danse classique et musique lyrique sont fortement liées.

Pour ce qui est des illustrations, j’ai préféré celles-ci au premier manga lu. Déjà, on ne retrouve pas les commentaires blog de l’auteure. Et puis j’ai trouvé la lecture de celui-ci plus fluide, notamment grâce aux illustrations plus construites et suivies. J’ai également adoré la représentation de Kanade tout du long et les costumes des danseuses. Ce tome commence par une seule page en couleur. Page que j’ai beaucoup aimé. Cela m’a donc menée à la question : « mais pourquoi les mangas sont-ils en noir et blanc ? Parce que c’est pas mal en couleur aussi ! » Pour votre culture, je fais un petit emprunt à Manga Designer pour vous expliquer cette particularité et vous conduis par ici.

Cette deuxième lecture commence à me mener vers une fascination pour la découverte de ce genre et il me reste 13 tomes pour l’assouvir !

N.B. : A ce jour, la série compte 5 tomes parus en France.

 


 

Perfect World de Rie Aruga, paru en octobre 2016 chez Akata

Tsugumi Kawana, jeune femme travaillant dans une entreprise de décoration d’intérieur, voit sa vie basculer lorsqu’elle tombe sur son premier amour de lycée lors d’une soirée professionnelle. Itsuki Ayukawa exerce le métier qu’il souhaitait, architecte, et ce malgré un handicap que la jeune fille ne lui connaissait pas à l’époque. Tsugumi, sous le charme de son ancien amour, devenu très bel homme, se refuse pourtant à s’avouer et à lui avouer ses sentiments, car son handicap la gêne. Mais Tsugumi va vite s’apercevoir qu’Itsuki aussi a des réticences à se laisser aller à ses sentiments, pour des raisons plus tristes : il ne pense pas mériter l’amour de quelqu’un à cause de son fauteuil roulant. Une trame amoureuse complexe sur un fond de société trop peu exploité.

J’ai trouvé dans ce manga de très bons côtés, malheureusement assez mal mis en avant à cause de mauvais éléments persistants…

L’histoire vaut le coup parce que c’est rare de trouver une trame sur ce thème. L’idée du handicap est ici abordée sans complexe sous toutes les coutures : les inconvénients de la vie quotidienne dans les infrastructures, la difficulté de se faire reconnaître dans son métier malgré son talent, le regard de la foule sur son handicap et les gens accompagnant la personne handicapée, les « effets secondaires » d’une atteinte de la moelle épinière (comme des escarres ou une incontinence partielle)… Rien ne nous est épargné dans cette histoire, on nous montre toutes les facettes. Le but n’est pas de positiver tout pour montrer que le handicap peut être vécu dans la joie et la bonne humeur constante au pays des bisounours. Il y a une volonté de faire prendre conscience des difficultés que cela implique sous tous les angles. Non seulement les difficultés pour la personne handicapée, mais aussi pour les personnes proches qui subissent les remarques désobligeantes des autres ou ont parfois du mal à accepter elle-même le handicap. Un panel de problèmes qui permettra d’aborder, avec les jeunes, la tolérance et le respect de multiples façons.

Ce manga part donc d’un excellent principe. Malheureusement, le côté gnangnan prend vite le dessus. A peine Tsugumi a-t-elle rencontré Itsuki qu’elle pense qu’elle ne pourra jamais sortir avec un handicapé. Une pensée de la jeune fille qui tombe comme un cheveu sur la soupe alors que ce n’est pas le sujet de la page lue. Un peu comme si l’auteur ne savait pas comment aborder le sujet en premier lieu et avait décidé de mettre les pieds dans le plat d’un seul coup. Alors que c’est un thème qui demanderait un peu plus de finesse.

Ce qui m’a également gênée c’est le graphisme. Pas abouti du tout, très brouillon, absolument aucun arrière-plan, uniquement des personnages, trop souvent en gros plan sans raison. Des visages assez inexpressifs d’ailleurs et qui louchent très souvent… La première de couverture est d’ailleurs ratée également à mon sens. « Bon ben puisqu’il est assis en fauteuil roulant, on va la mettre assise aussi les gars. On ne va quand même pas la mettre debout à côté. Mieux vaut la positionner bizarrement sur sa chaise ». Pas de commentaire. Le tout m’a un peu gâché ma lecture.

En bref, un bon thème avec de bonnes idées de départ et des facettes abordées bien pensées, mais une déclinaison trop bancale et un graphisme vraiment pas travaillé.

N.B. : A ce jour, la série compte 5 tomes parus en France.

 


 

Short Love Story de Io Sakisaka, paru en mai 2017 chez Kana

Le principe des tomes de Short Love Story est de rassembler de courtes nouvelles sur le thème de l’amour, avec un auteur différent par tome. Le premier est donc tenu par Io Sakisaka et compte six histoires courtes. Je ne vais pas résumer chacune d’elle, d’autant qu’elles sont toutes identiques sur plein de points. Un amour incompris ou inavoué, alors que finalement l’être aimé vous aime aussi.

Je ne vais pas m’étaler sur ce manga-ci car je ne l’ai vraiment pas aimé. Les histoires vont plus loin que la niaiserie, c’est vraiment cul-cul je trouve. Il n’y a pas de profondeur, comme dans les autres mangas de cette série Shojo, pas de message à faire passer. A part, dans la seconde histoire, que coucher avec un autre garçon pour attirer l’attention de celui qu’on aime vraiment, ça marche ? Je suis vraiment très déçue que celui-ci ait été sélectionné pour le prix, il n’est pas du niveau des autres et merci pour les messages vraiment mal placés…

N.B. : A ce jour, la série compte 4 tomes parus en France.

 


 

Jane Eyre de Charlotte Brontë, adapté par Crystal S. Chan, illustré par Lee Sunneko, paru en février 2017 chez Nobi Nobi

Jane Eyre est une orpheline recueillie par sa tante, une femme jalouse qui fait de sa vie un enfer. Aidée par le médecin de famille suite à un malaise, Jane va partir dans le pensionnat de Lowood, une école insalubre où le typhus fait beaucoup de victimes. Rescapée de cet endroit, elle trouve ensuite un emploi de gouvernante dans le manoir de Thornfield. Sa rencontre avec le maître des lieux bouleversera sa vie à tout jamais mais l’indépendance de la jeune femme lui permettra-t-elle d’atteindre ce bonheur longtemps recherché ?

Petit point que je veux signaler de suite, je n’ai jamais lu le roman original de Jane Eyre, je ne peux donc ici faire une comparaison, mais uniquement une critique personnelle du manga.

J’ai énormément apprécié cette lecture. Plus longue qu’un manga classique, elle est très agréable. On a beaucoup d’encart avec le point de vue direct du narrateur (Jane Eyre), ce qui nous rapproche du roman. Le récit est fluide, a l’air assez complet et l’histoire d’amour ne tire pas au niais. J’ai aimé l’indépendance d’esprit de la jeune fille et le personnage plus que lunatique du maître de Thornfield. Les personnages sont donc accrocheurs et on rentre facilement dans le récit grâce à ça.

Au niveau du graphisme j’ai apprécié le « classicisme ». On ne retrouve que très peu de mouvements typiques des mangas que j’ai lu jusque-là, avec de grands traits, du flou pour faire comprendre un mouvement. Très peu également de visages aux expressions démesurées pour faire comprendre une émotion. J’ai retrouvé le trait plus doux de l’occident et cela m’a plu.

Je ne sais donc pas du tout si c’est une adaptation fidèle, quoi qu’il en soit, l’œuvre en elle-même en tant que manga est vraiment réussie. Et après tout, si c’est un bon moyen de faire découvrir des œuvres classiques aux jeunes, c’est bon à prendre ! Je n’hésiterai pas à tester d’autres classiques revisités en manga.

N.B. : D’autres classiques adaptés en manga sont disponibles chez Nobi Nobi

 

Voici la sélection Shojo qui se termine ! Je ne vous dis pas immédiatement lequel est mon préféré, celui pour lequel j’aurais voté, je ne vous en ferai part qu’en mars, après parution des gagnants élus par les collégiens et lycéens. Ainsi on verra si j’ai le même avis que les jeunes (genre je suis vieille…).

Je vous dis à très bientôt pour une description de la sélection Shonen !

 

Bonne lecture les loulous !