Quatre filles et un jean, réalisé par Ken Kwapis, novembre 2005

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Ouhla, ça fait bien plus d’un an maintenant que nous n’avons pas sorti d’article sur une adaptation ! Mais que nous sommes vilaines ! Bon, par contre, en attendant que je sois allée voir Le BGG au cinéma, on va partir sur un film plus ancien, d’il y a dix ans en réalité.

J’ai sorti un article la semaine dernière sur Quatre filles et un jean d’Ann Brashares (par ici la visite), que j’avais adoré pendant mon adolescence. Malgré mon amour pour ce livre, je n’ai pourtant jamais vu le film quand il est sorti. Il n’est jamais trop tard pour se rattraper donc je l’ai enfin regardé !

J’aurais dû m’abstenir… D’ailleurs, je vais vite me débarrasser de mon ressenti, comme ça après je peux oublier cette mauvaise expérience…

N.B. : je pars du principe que ceux qui liront cet article auront lu le livre, donc je spoile pas mal.

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Je suis assez pointilleuse sur les adaptations, ça s’est déjà ressenti dans mes articles précédents. Je laisse peu de place à l’invention de la part du réalisateur et aux libertés qu’il peut prendre. En fait, je ne suis pas contre des changements, à condition qu’ils soient justifiés et que l’atmosphère du livre se retrouve dans le film. Il faut que le spectateur prenne plaisir à regarder le film, autant qu’il a eu de plaisir à lire le livre. Il faut qu’il se dise « oh cool, c’est comme ça que j’imaginais ça ! ». Bon, on est d’accord, tout le monde ne peut pas imaginer tel perso ou tel évènement de la même façon. Mais il y a un socle, une base à respecter. Ce qui me hérisse le poil au plus au point c’est quand on modifie le caractère d’un personnage, ou une action dans le film, mais sans aucune raison. S’il faut raccourcir un événement ou le modifier légèrement pour qu’il tienne dans le 1h30-2h standard, c’est normal. Mais quand ça n’a pas de raison d’être et que le livre aurait pu être mieux respecté sans souci, je suis indignée. Mais qu’est-ce qui se passe dans la tête des réalisateurs pour qu’ils se disent « tiens, on va changer ça, on s’en fout des lecteurs » ? Parce que c’est forcément ce qu’ils se disent quand on voit les catastrophes auxquelles on assiste parfois…

Bref, pour être plus précise, je vais y aller fille par fille pour une fois. Pas la peine de faire un pour et contre, je n’ai trouvé que des contres…

 

Bridget

4 filles et un jean-Bridget et Eric

Dans le livre c’est une fille délurée, extravertie, qui aime qu’on la regarde certes, mais qui n’en profite pas non plus à plein temps. Elle connaît les limites.

Dans le film, je dois reconnaître qu’ils ont bien choisi l’actrice (Blake Lively) pour son physique, on ne peut pas se l’imaginer autrement dans le livre. Mais son caractère, où est-il passé ? Elle devient prétentieuse, allumeuse et pimbêche ! Absolument rien à voir. Elle est dix, cent fois plus entreprenante et aguicheuse avec Eric dans le film que dans le livre. Elle passe pour – n’ayons pas peur des mots – une petite pétasse… L’attachement qu’on éprouve pour elle dans le livre est complètement inexistant dans le film. A la fin du livre, quand cela se finit mal avec Eric, on est triste pour elle, on compatit, on se dit que c’est lui le salop. Ben dans le film on est à la limite de se dire qu’elle l’a bien cherché et bien mérité…

Elle devient en fait le cliché pur de la pom-pom girl mal décrite dans les soaps américains. Très décevant.

 

Tibby

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Dans le livre c’est une ado en mal d’amour, à la recherche de son identité et qui porte des jugements hâtifs. Mais elle n’est absolument pas méchante.

Elle devient complètement médisante et méprisante dans le film. Elle prend les gens de haut et on ne peut que ne pas l’aimer dès le début du film. Elle est transformée en ado rebelle stéréotypée comme nous voient nos parents, mais qui ne reflète absolument pas la vraie image d’une ado. Elle est censée n’avoir qu’un piercing dans le nez, qui la montre comme « ado rebelle » dans le livre, ici ils lui ont ajouté des cheveux d’une couleur indéfinissable (entre le vert et le bleu ?) et des fringues à la limite du gothique (tant qu’on est dans le cliché autant y aller à fond…).

Il en est de même pour la représentation qu’a eu le réalisateur d’une chambre d’ado désordonnée. Il y a une scène où en effet, Tibby est censée se laisser aller et sa chambre devenir un vrai bordel. Accrochez vous bien, dans le film il y a une paire de collant qui traîne en plein milieu de sa chambre ! Wouhou ! Mais dis donc qu’elle est rebelle la demoiselle ! Mon Dieu, s’ils avaient pu voir ma chambre à cet âge, ou pire, celle de ma sœur…

Une autre chose m’a choquée dans le film, c’est le personnage de Bailey, qui est rattaché à celui de Tibby. L’une des choses les plus importantes du livre est ce qu’apporte Bailey à Tibby : une ouverture d’esprit sur le monde, très personnelle, et qui changera à jamais le regard de Tibby. C’est très beau dans le livre et pas gnangnan. Dans le film on ne ressent rien de tout ça, c’est pathétique, on a juste droit à un remplacement par une scène larmoyante à l’hôpital, qui n’a pas du tout lieu d’être et ne reflète en rien le véritable état d’esprit des deux personnages du livre.

Pour clore la section Tibby, on finit avec Brian. C’est un personnage auquel on peut s’attacher dans le livre malgré le regard qu’a Tibby sur lui au début. Dans le film, il a l’air d’avoir 30 ans, n’a pas les lunettes dégueulasses qui le caractérisent pourtant plus que toute autre chose au départ et il a un air beaucoup plus débile que prévu. Là encore, gros problème de cliché sur le geek.

 

Lena

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Gros point noir à évacuer de suite : Effie, sa petite sœur dans le livre, n’existe pas dans le film !!!! Mais c’est quoi cette manière d’effacer des personnages ! C’était pareil pour Rouge Rubis ! (article à zieuter par ici). Ok, c’est un personnage secondaire, mais ses infimes apparitions sont très importantes à mes yeux dans le livre ! Même si Lena est proche de ses amies et suit leurs conseils, c’est la plupart du temps grâce à une simple phrase d’Effie qu’elle se sort de ses plus grosses difficultés. Sa petite sœur est un véritable soutient. Un peu caché, mais bien présent. Faire de Lena une fille unique n’était absolument pas approprié !

Evidemment, les clichés continuent encore dans l’histoire de Lena (tant qu’on y est…). Pas vraiment sur son personnage cette fois, mais sur son environnement. Elle arrive sur sa petite île grecque et on y retrouve des mamas agglutinées sur des bancs en train de faire des commérages (après être arrivé à dos d’âne…). Tout se sait, rien ne peut être caché, tout le monde est de la même famille, blablabla…

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de clichés dans le livre, mais pas à ce point. Par exemple, dans le livre un petit cliché persiste. Comme on est sur une île grecque très fermée où les traditions subsistent, les mamies jouent encore les marieuses et essayent de caser leurs petits-enfants ensemble. Mais c’est très léger et pas poussé du tout. Dans le film ce qui est choquant au premier abord c’est que les relations entre la famille de Kostos et de celle de Lena ne sont pas du tout les mêmes. Ils sont très fâchés plutôt que de s’entendre. Et donc du coup, cliché oblige, Lena n’a pas le droit de voir Kostos. Et quand c’est le cas, elle est quasi reniée par sa grand-mère. Dans le livre on n’a pourtant jamais cette impression de remake de Roméo et Juliette

Le fait de changer ces relations entre les deux familles est totalement incompréhensible. Je ne vois pas du tout en quoi ça gênait le réalisateur de laisser cette partie intacte. Pareil pour le métier de Kostos et sa famille. Forgeron dans le livre, pêcheur dans le film… Ah oui pardon, il fallait entretenir le cliché, tous les Grecs des petites îles sont des pêcheurs…

Pour rester dans le sujet Kostos, sa rencontre avec Lena et leur relation ensuite n’ont rien à voir avec celle du film. On nous montre une Lena finalement beaucoup moins timide et pudique, ce qui change la donne. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre beaucoup plus vite que prévu et cela gâche le suspens du livre.

 

Carmen

Avec la quatrième fille, le réalisateur s’est lâché. C’est le pire cliché de tout le film. Carmen est jouée par America Ferrera, que je trouve très jolie. Mais qui n’a pas grand chose à voir avec la description du livre niveau physique. Ok, le côté portoricain y est. Mais il est bien dit dans le livre qu’elle est mince avec juste un derrière un peu plus imposant. Et on croit donc facilement au fait qu’elle arrive à rentrer dans le jean elle aussi. Mais là, il faut bien dire qu’à cette époque America Ferrera était potelée de partout. Pas grosse, loin de là, mais pas juste du popotin quoi. On peut même dire que proportionnellement au reste son popotin est petit. Elle est donc l’inverse de la description du livre. Je me doute que l’actrice parfaite n’existait pas, mais tout de même. En gros, ils ont fait de Carmen « la grosse » du groupe, ce qu’elle n’est absolument pas dans le livre. Et sa façon de s’habiller dans le film n’arrange rien. On dirait que les costumes ont été choisis exprès pour accentuer ses formes et qu’on comprenne bien qu’elle est différente de ses amies…

En plus de ce détail, de ce cliché de « grosse », on a le cliché de la portoricaine en veux-tu en voilà. Il ne lui manquait plus que le costume traditionnel pour avoir la panoplie complète. Le plus choquant est le langage de Carmen. Elle a beau être portoricaine, elle ne parle pas un mot d’espagnol dans le livre (on ne sait même pas si elle sait le parler). Alors que dans le film elle s’en donne à cœur joie pour conclure ses phrases, histoire qu’on sache bien qu’elle porte haut les couleurs de Porto Rico, apparemment.

Bon, petit truc marrant tout de même, c’est que je suis tombée sur une version canadienne du film, donc forcément certaines phrases ne sont pas tournées de la même manière que chez nous (par exemple, on ne dit pas « un jean » mais « une paire de jeans » et du coup il ne faut pas « le » mettre, mais « les » mettre :p ) et il y a également l’accent qui pêche un peu. Pas un gros accent, mais on sent le ton et les liaisons dans certaines phrases, qui sont différents que quand ce sont des doublures françaises. Du coup, avoir une Carmen Portoricaine-Canadienne c’est assez drôle.

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Et s’il n’y avait que les clichés sur les filles qui étaient un problème dans ce film ! Mais ce n’est pas le cas. On a aussi beaucoup de scènes, qui ne sont pas relatées de la même façon que dans le livre, qui pourtant auraient pu l’être (sans problème de timing). Je ne vais pas vous faire une liste de tous les problèmes que j’ai trouvé à ce niveau-là, mais la scène la plus importante seulement : la trouvaille du jean. Mais enfin, c’est l’accessoire clef de l’histoire, pourquoi le réalisateur et le scénariste, n’ont pas laissé cette scène intacte ?!?! Dans le livre Carmen le trouve par hasard et elles l’essayent aussi un peu par hasard à quatre dans sa chambre un peu plus tard. Dans le film elles font du shopping à quatre et l’essayent à tour de rôle dans une cabine d’essayage… Je suis sûre que plein de gens n’y voient pas d’inconvénient, mais non, non et non, ce n’est pas possible !

Il y a aussi toutes les scènes d’amour qui posent problème. Je déteste les trucs trop fleur bleue et justement dans le livre, c’était bien fait pour que ça ne me dégoûte pas. Evidemment, le film n’a pas pu s’empêcher de mettre les pieds dans le plat et ça perd en crédibilité…

 

En bref, ce film n’est qu’un amas de clichés très mal placés et très mal venus, qui prouve que le réalisateur ne sait absolument pas ce qu’est une ado.

Alors que j’avais aimé le livre pour avoir réussi à ne mettre aucun cliché (ou très peu), le film a fait tout le contraire. Il voulait être sûr qu’on distingue bien les filles les unes des autres apparemment…

Voilà, je m’empresse de tourner cette page et je vous dis à bientôt, de meilleure humeur !

 

Bon (ou laborieux) visionnage les loulous !


Bande annonce en bonus tout de même (pas top qualité, mais je n’ai pas trouvé mieux)