Roberto Innocenti est un illustrateur italien de talent. Il reçoit d’ailleurs, pour l’ensemble de son œuvre, le prix Andersen en 2008. Ce prix récompense, tous les deux ans, un artiste pour la jeunesse qui a marqué durablement la littérature pour enfants. Voici un aperçu de son travail.

 

L’auberge de Nulle Part, écrit par J. Patrick Lewis, chez Gallimard en 2002

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Un homme, artiste de son état, se retrouve un jour dans une impasse : son imagination a décidé de ne plus fonctionner et il ne peut donc plus exercer son métier. Décidant de ne pas se laisser aller ainsi, l’homme part en voyage pour tenter de retrouver son imagination. Il se laisse porter par sa petite 4L, qui finit sa course devant une étrange auberge. L’homme y descend et va y séjourner quelque temps. Dans cette auberge, tout est étrange et surtout, tout à l’air sorti tout droit de l’imagination de diverses personnes… Tous les personnages présents dans cette auberge sont en quête de quelque chose. D’un avenir, d’une personne, de leur propre personnalité… Tous vont réussir à retrouver ce qu’ils ont perdu. Et notre homme, va-t-il retrouver son imagination grâce à cette Auberge de Nulle Part ?

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C’est avec cet album, étudié à la fac, que j’ai découvert le travail de Roberto Innocenti. Entre la bande dessinée moderne, le roman illustré à tendance graphique, les petits encadrés de dessin, les doubles pages pleines… cet ouvrage foisonne de techniques diverses et variées, mélangées ici pour le plus grand plaisir des lecteurs avertis, mais aussi pour la découverte de ceux moins avertis. Les illustrations sont drôles, truffées de détails à relever, comme un jeu. Le texte est incisif et laisse penseur. Le tout se marie harmonieusement, malgré un fouillis apparent dans l’entièreté du livre.

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Les individus qui logent à l’auberge, tout comme notre homme, sont étranges. Tous sont des références à des œuvres classiques, mais revisités de façon à ce que l’on ne les reconnaisse pas au premier coup d’œil. Prenons un exemple : la jeune fille en fauteuil roulant n’est autre que la petite sirène du conte d’Andersen, mais remise au goût du jour. Elle est en fauteuil roulant car elle ne peut marcher puisqu’elle n’a pas encore de jambes. Mais elle est sur terre pour trouver le jeune homme qu’elle a sauvé et dont elle est amoureuse. Ce jeune homme n’est pas le Prince que nous connaissons dans le conte classique, mais une sorte de cow-boy des temps modernes, qui m’a fait personnellement penser à Lucky Luck. À travers le biplan nommé L’intransigeant, on reconnaîtra Saint-Exupéry (papa du Petit Prince) ; l’homme perché sur un arbre m’a fait penser à Cervantes, au vue de ses paroles qui rappellent Don Quichotte ; on apercevra également Moby Dick et le capitaine Achab… Mais pas besoin de vous faire la liste de toutes les apparitions cachées, car l’auteur et l’illustrateur ont tout prévu. À la fin de l’ouvrage, une postface nous indique toutes les références glissées au fil du récit ! C’est assez curieux d’insérer une telle postface, car souvent c’est un vrai jeu pour le lecteur de trouver seul les indices, mais c’est aussi un bien pour ce livre. En effet, certaines références sont délicates et parfois peu connues du jeune public. Cela permet donc de montrer au lecteur tout ce qu’il a raté (pour lui donner envie d’aller chercher dans les vraies références de base), mais également tous les endroits où il avait raison. Un petit lexique bien utile finalement car je n’ai pas eu bon sur toutes les références que je pensais avoir dénichées. L’homme perché que je pensais être Cervantes est en réalité le baron d’Italo Calvino.

Bref, cet ouvrage est un vrai petit bijou de partage à mettre entre toutes les mains et à découvrir à plusieurs.

 

La Maison, écrit par J. Patrick Lewis, paru chez Gallimard en 2010

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C’est l’histoire d’une maison à travers les âges, une maison qui nous raconte elle-même sa vie et toutes les étapes par lesquelles elle est passée. De 1656 à 2009, à travers le point de vue d’une petite maison en pierre qui n’a l’air de rien au premier abord et qui est enfouie dans une vallée, on va suivre la vie de la matière, des éléments et des humains qui sont passés par là durant toutes ces années.

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Le texte est simple, succinct, mais très poétique, touchant et juste. On arrive à saisir une époque, un brin de vie, un instant ou une éternité à travers une phrase simple. Là est la grande force de J. Patrick Lewis dans cet ouvrage.

Les illustrations d’Innocenti sont quant à elles splendides. Pour leur rendre toute leur valeur, cet album aurait même mérité d’être conçu dans un format beaucoup plus grand. Les illustrations nous montrent donc l’évolution de la maison et de ses habitants pendant de nombreuses années. Des moments de joie, de tristesse. Des naissances, des décès, la guerre, les vendanges, les changements de propriétaires… Cette petite bâtisse en aura vu de toutes les couleurs.

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Sur la page de droite, le texte. Sur la page de gauche, un petit encart, avec un instant de vie saisi comme une photo. Puis, sur la double page suivante, le paysage au complet montrant la situation de la maison à telle époque. Faites comme de vrais tableaux de maîtres prenant un instant de vie, ces doubles pages nous montrent pourtant bien plus que cela. On sent le poids de toutes les années peser dans chacune des illustrations et l’ambiance qui régnait à chaque époque.

Un vrai petit chef d’œuvre selon moi, que je n’ai fait qu’emprunter à la médiathèque pour le moment, mais qui risque de finir dans ma bibliothèque un jour !

 

Rose Blanche, écrit par Christophe Gallaz, paru chez Script éditions en 1985

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Rose blanche est une petite allemande ayant vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a vu les camions débarquer pour emmener les hommes aux combats. Puis ceux qui sont venus pour emmener les juifs. Un jour, elle a suivi l’un de ces camions et s’est retrouvée face à un camp de concentration. Sans savoir vraiment ce que c’était, elle a été choquée par les gens maigres de l’autre côté des barbelés. Depuis ce jour, elle se rend tous les soirs, après l’école, au camp, pour donner à manger à quelques enfants à travers les grillages. Mais un jour, alors que la ville est évacuée car l’ennemi arrive pour tout détruire, Rose blanche se rend tout de même au camp. Elle y retrouve un terrain dévasté. Des soldats marchent vers elle. Mais ces soldats ne font pas la différence entre les gens à travers le brouillard. Un coup de feu retentit… La maman de Rose blanche l’attendra longtemps.

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C’est un album poignant que nous livre l’auteur et l’illustrateur ici. On perçoit la Guerre et pourtant elle n’est jamais nommée ainsi. Rose blanche ne comprend d’ailleurs pas très bien à quoi sont dus ces changements et ce qui se passe dans sa ville. On voit donc la vie par les yeux d’une enfant innocente. Les illustrations sont encore une fois prenantes. Cet ouvrage a été récompensé par plusieurs prix.

Le petit « plus » qui m’a émue dans cet album c’est son ancienneté. Je l’ai emprunté à la médiathèque et il contenait encore une ancienne carte tamponnée avec les noms des emprunteurs. Toutes les dates inscrites sur cette carte étaient comprises entre 1 à 2 ans avant ma naissance. Cela fait tout drôle de tenir entre ses mains un ouvrage qui en a vu autant.

 

Vous avez aimé ces albums ? Voici d’autres œuvres majeures de Roberto Innocenti :

  • Les aventures de Pinocchio, reprise du récit de Carlo Collodi, paru chez Gallimard jeunesse en 1988
  • Un chant de Noël, reprise de Charles Dickens, paru chez Gallimard jeunesse en 1991
  • L’étoile d’Erika, écrit par Ruth Van der Zee, sorti chez Milan en 2003 (le thème est également la Seconde Guerre mondiale)

 

Bonne lecture les loulous !