S de J.J. Abrams et Doug Dorst, paru en 2013 chez Michel Lafon

Oui, oui, vous avez bien lu J.J. Abrams, le fameux réalisateur, et oui oui, vous avez bien lu S, je n’ai rien oublié dans le titre. Chers lecteurs, accrochez-vous bien pour cet article, car c’est une sacrée expérience que je vais vous relater ici. Je ne sais même pas vraiment par quoi commencer pour vous expliquer en quoi consiste le concept de ce livre. Je vais tenter de ne pas m’embrouiller et d’être assez claire.

Le concept de S reprend celui des Cathy’s book. Cathy’s book a été un livre révolutionnaire à sa sortie car on avait entre les mains le journal intime d’une jeune fille, qui laissait des indices au lecteur pour qu’il résolve l’énigme qu’elle vivait dans sa vie en même temps qu’elle, voire même avant. Des numéros de téléphone à appeler y étaient glissés, que l’on pouvait vraiment joindre et on tombait sur des messages vocaux. Il y avait également, à l’avant du livre, une pochette remplie d’objets mystérieux (une page de journal, une page d’annuaire, une serviette en papier avec un mot griffonné dessus…) auxquels se référer quand le journal intime le demandait.

S reprend donc quelque peu ce principe, mais de façon en réalité beaucoup plus complexe. Ici, on ne retrouve pas le principe du journal intime. S est le nom du concept/livre inventé par J.J. Abrams et Doug Dorst, mais on va en réalité se retrouver en train de lire Le bateau de Thésée, livre fictif, écrit par V.M. Straka, auteur lui aussi fictif. Dans l’espace temps créé par Dorst et Abrams, Straka est un auteur à grand succès, mais dont personne n’a jamais vu le visage, personne ne connaît sa vraie identité, pas même son éditeur. Et depuis de nombreuses années les théories fusent pour savoir qui peut bien être cet auteur mystérieux. Personne ne l’a jamais su et le mystère restera car il est mort (enfin, c’est ce que le commun pense). Le bateau de Thésée est la dernière œuvre qu’il ait écrite avant de mourir. Elle est traduite et préfacée par F.X. Caldeira, qui lui aussi est d’une identité assez secrète.

Straka est donc un auteur mystère dont beaucoup d’étudiants en littérature ont essayé de percer l’identité. Eric est l’un d’eux et a emprunté à la bibliothèque un exemplaire qu’il a annoté. Mais une autre personne, Jen, va emprunter ce même livre et trouver les annotations, qu’elle va commenter. Un dialogue entre les deux étudiants va s’engager à travers le livre ; l’une des premières interrogations du livre est « est-ce qu’ils vont communiquer tout le temps par le livre, ou vont-ils un jour vraiment se rencontrer ? ». Ils vont chacun leur tour annoter des passages du livre et commenter ce que pense l’autre. C’est en ça que S ressemble à Cathy’s book. Le lecteur va tenter, en même temps que les deux étudiants, de deviner qui peut bien être ce fameux Straka et pourquoi tant de mystères englobent sa personne. En plus des dialogues entre Eric et Jen, le lecteur va découvrir une multitude d’objets disséminés dans le livre, qui donnent des indices sur les différentes situations. Objets laissés par Jen ou Eric au fur et à mesure.

En ce qui concerne ce que raconte Le bateau de Thésée, c’est l’histoire d’un homme qui se réveille un jour, dans la rue, trempé comme une soupe, sans aucun souvenir sur son identité. Il ne sait plus comment il s’appelle, d’où il vient, dans quelle ville il se trouve, il ne sait pas où aller. Il trouve juste un papier dans sa poche avec un S gravé dessus. Alors qu’il cherche à retrouver la mémoire, il est enlevé par de mystérieux hommes, qui le mènent sur un bateau. L’homme se réveillera en pleine mer, au milieu d’un équipage terrifiant où tous les marins ont la bouche cousue. Une longue traversée, qui va le mener vers la quête de son identité, attend l’homme.

Le bateau de Thésée est donc considéré par Eric et Jen, comme une œuvre truffée d’indices pour connaître l’identité de Straka, puisque le récit lui-même parle d’une recherche d’identité.

Comme vous le montrent les photos, le lecteur a entre les mains un ouvrage très particulier. Le texte du Bateau de Thésée, au milieu, est truffé d’annotations dans les marges. On a donc à lire un roman, mais aussi une histoire transversale avec les notes des étudiants. Et pas qu’une seule histoire transversale finalement, puisqu’Eric et Jen écriront à différents moments dans le livre, ce qui engendrera plusieurs dialogues différents. Je m’explique.

Eric écrit d’abord des annotations pour lui-même, au crayon gris (crayon de bois, crayon à papier), lorsqu’il est étudiant et commence à s’intéresser à l’auteur qu’est Straka. Puis, plusieurs années plus tard, le premier dialogue avec Jen s’engage ; elle en bleu (écriture cursive), lui en noir (écriture en scripte majuscule). Ils reviennent ensuite sur les premiers commentaires qu’ils ont fait en en laissant de nouveaux, lui en vert, elle en orange. Ensuite, Jen écrit en violet, Eric en rouge. Enfin, ils écrivent tous les deux en noir, quelques commentaires, mais très peu.

C’est pour ça que quand on lit tout d’un coup, les dialogues qui ne sont pas les premiers on ne les comprend pas forcément très bien. Car ils font allusion à des choses qui se sont passées dans la vie des deux étudiants à un moment postérieur à notre propre lecture du livre. Par exemple, pour éclaircir ces propos farfelus, sans rien révéler de l’intrigue pour autant, Jen va rencontrer un personnage dans la vraie vie, qui va changer la donne sur ses recherches sur Straka. Quand nous, lecteur, en sommes encore au premier chapitre du Bateau de Thésée, et donc à la lecture du premier dialogue entre les deux étudiants, Jen n’a pas rencontré cette fameuse personne. Mais par l’intermédiaire des quelques phrases écrites dans les nouvelles couleurs on comprend que quelque chose s’est passé depuis le premier dialogue. Un événement que nous ne pouvons pas encore comprendre, car pas encore assez avancé dans la lecture du premier dialogue entre les deux étudiants.

Mais comment lire le livre dans ce cas me direz-vous ? Eh bien je me suis posée la même question en le débutant. Personnellement, je lisais tout en même temps ; Le bateau de Thésée, puis dès que je voyais une annotation des étudiants je m’arrêtais dans la lecture du roman et lisais les commentaires. Puis je continuais ainsi. Mais j’ai eu un peu peur de mal m’y prendre et de rater la vraie expérience qu’offre ce livre si ce n’était pas la bonne méthode. J’ai donc farfouillé un peu sur le net et je me suis rendue compte que l’on pouvait le lire comme on le voulait.

Certains ont lu un chapitre du Bateau de Thésée, puis tous les commentaires de ce chapitre. D’autres ont lu tout le roman d’une traite, puis tous les commentaires. D’autres encore, tout le roman, puis tout le premier dialogue, puis tout le second dialogue… et ainsi de suite. Enfin, il y a ceux qui, comme moi, ont tout lu en même temps. Je me suis tâtée un moment avant de reprendre ma lecture pour savoir quelle était la meilleure solution. J’avais peur qu’en lisant tout le roman d’un coup, ou chapitre par chapitre, puis les commentaires seulement après, j’oublie de quoi il est question dans telle phrase et que je ne comprenne plus de quoi parlent les étudiants. Et devoir relire certains passages rallongerait donc ma lecture. Mais, en même temps, lire tout en même temps, les commentaires du premier dialogue ainsi que les autres dialogues, est-ce que cela n’allait pas gâcher la surprise ? Est-ce que si je trouvais un bout de dernier dialogue en plein dans le chapitre un, je n’allais pas me spoiler un évènement du livre ? Ou, si je ne me spoil pas, est-ce que ça sert à quelque chose de lire un dialogue qui est incompréhensible puisque des évènements dont je n’ai pas encore connaissance sont intégrés dedans ?

Bon, à un moment j’ai arrêté de me torturer et j’ai repris ma lecture comme au début. De toute façon, me connaissant, j’aurais été incapable de lire le roman sans les commentaires car mes yeux auraient été trop attirés. J’ai donc effectivement eu parfois du mal à suivre les dialogues secondaires entre Eric et Jen, mais tant pis, j’ai refait une lecture en diagonale à la toute fin et cela a éclairci pas mal de chose.

Mais c’est vrai que j’ai eu du mal à m’adapter. Rien n’est précisé sur le livre sur la manière de le lire. C’est très excitant pour certains lecteurs, mais pour d’autres ça peut être déstabilisant. Le concept est déjà assez étrange comme ça, pas besoin d’en rajouter. Ne nous est même pas expliqué que les différentes couleurs d’écriture correspondent à des dialogues différents dans le temps. Ce point-là au moins aurait dû être explicité car je pense que si je ne l’avais pas su grâce à Internet dès le début, cela m’aurait gêné dans ma lecture de ne pas comprendre certains passages.

Mais bon, pour tous ceux qui souhaiteraient lire ce livre, faite comme cela vous plaît, aucune technique n’est meilleure qu’une autre. Après, il faut savoir qu’il faut s’accrocher pour tout lire d’un coup. Car il faut avoir à l’esprit en même temps l’intrigue du roman et les situations multiples qui se déroulent dans les vies des deux étudiants.

En plus de la difficulté à lire ce roman et les annotations en même temps, on est aussi perdu par le fait que les références auxquelles font régulièrement allusion les deux étudiants ou même le traducteur dans ses notes de bas de page, sont fausses. Par exemple, ils comparent souvent des passages du Bateau de Thésée à d’autres œuvres littéraires. Mais des œuvres qui n’existent pas pour nous. On se retrouve donc face à de fausses références qui peuvent être déstabilisantes. Autre exemple, le style de ce fameux Straka est parfois comparé au style d’autres auteurs, eux aussi complètement fictifs (pour la plupart. On retrouve Shakespeare quand même à un moment, entre autres). Ces passages sont donc compliqués à intégrer pour l’esprit du lecteur car, alors qu’Eric ou Jen répond « Mais oui, tout s’éclaire si on compare Straka à Machin-bidule, ça veut dire qu’il était colérique » (j’invente là hein), en réalité pour le lecteur rien n’est clair… Il faut quand même noter que certaines références sont réelles. Mais on parle d’auteurs ou de scientifiques qui ne sont pas du tout connus, en tout cas en France, et à mon avis pas plus aux Etats-Unis. S’ils avaient choisi des auteurs qui existaient vraiment ou qui étaient mieux connus dans notre culture, je ne dis pas que ça aurait été mieux, car tout le monde ne peut pas avoir lu tous les grands classiques (et avoir fait des études littéraires) et donc comprendre les références. Mais au moins ça aurait sonné plus vrai à l’oreille du lecteur. Tout du moins, personnellement, au début de ma lecture je m’acharnais à chercher sur Internet tous les auteurs ou textes cités dans les annotations de Jen ou Eric. Parce que je voulais comprendre à fond leur raisonnement et donc me renseigner sur les références qu’ils citaient. Quand j’ai compris que tout était faux, j’ai arrêté de chercher. Quand j’ai vu que quelques références étaient vraies, mais compliquées à comprendre et m’auraient demandé beaucoup de travail en amont pour lire leurs études, j’ai aussi laissé tombé. Mais du coup, on se rend également vite compte que le lecteur n’a en réalité pas vraiment sa part dans la recherche de l’identité de Straka. Puisque TOUT est fictif, on ne peut pas deviner qui est-ce ou même émettre une hypothèse. Malgré les promesses du livre au vue de l’objet que c’est, le lecteur n’est donc que spectateur. Mais ce n’est pas une vraie critique de ma part, personnellement ça m’a plu. Le tout est déjà assez complexe à lire finalement pour que le lecteur n’ait pas en plus une énigme à résoudre.

Ce qui est parfois plus gênant par contre, c’est que les deux étudiants utilisent très vite des abréviations pour parler de toutes les personnalités qu’ils citent dans leurs écrits. VMS pour Straka, FXC pour le traducteur… Un peu compliqué à ingérer et dur de tout retenir au début. Surtout quand c’est Eric qui écrit puisque son écriture est déjà en majuscule et assez serrée ; quand on lit rapidement, on a vite fait de confondre les abréviations avec le reste du texte et de s’embrouiller. D’autant plus que les « C » d’Eric et ses ouvertures de parenthèse sont identiques, ce qui encore une fois rend la lecture compliquée par moment. Un petit problème de choix de calligraphie, qui aurait pu être réglé par l’éditeur (je ne sais pas du tout si cela vient des US ou si Michel Lafon a changé les polices).

D’ailleurs, les notes que laissent les deux étudiants sont de toutes sortes. Certaines sont plutôt philosophiques et tentent de donner un regard sur le monde par rapport aux écrits de Straka. D’autres sont le fruit du travail de recherche d’Eric en tant qu’étudiant ; pour quelqu’un comme moi qui a fait des études littéraires, on se retrouve donc face à quelque chose de connu : analyser le moindre mot de l’auteur pour essayer d’y dénicher des indices sur sa propre vie ; mais cet exercice a toujours été quelque chose qui m’a rebuté, car comme le dit si bien Eric lui-même dans ses notes, parfois la fiction n’est que de la fiction et l’auteur n’y a pas laissé de message caché. Certaines annotations commentent les notes de bas de page laissées par le traducteur. Il y a également les dialogues entre les deux étudiants où chacun donne son point de vue sur un certain passage du texte par rapport à ce qu’il peut apporter d’indice sur l’identité de Straka. On retrouve aussi des éléments qui n’ont rien à voir avec l’étude du Bateau de Thésée et où l’on assiste à un échange sur les pensées secrètes et la vie des deux griffonneurs ; on en apprend donc plus sur la condition de chacun d’entre eux et on ne se cantonne pas à leur recherche sur Straka ; à travers ces écrits on s’aperçoit qu’Eric et Jen sont deux âmes torturées, qui se posent beaucoup de questions sur leur propre existence. Ils se racontent parfois des événements qui se sont déroulés depuis la dernière fois où ils se sont échangés le livre. Ils y parlent aussi de leurs professeurs en commun, de ce qu’ils pensent d’eux. Ils échangent sur les théories qui fusent sur l’identité de Straka. Il en est de même pour les objets laissés dans le livre d’ailleurs ; il s’agit parfois d’indices pour découvrir qui est Straka, tandis que d’autres fois ce sont des documents concernant l’un des deux étudiants.

Je dois avouer que parfois je n’ai pas compris l’intérêt de certains indices. Par exemple, une photo pour montrer qu’un S est gravé dans un mur dans une certaine ville. Oui, bon… c’est sympa, ça coupe la lecture, mais ce n’est pas un vrai indice et ça devient donc vite juste un prétexte pour rendre le livre unique. D’autres indices ou documents laissés dans le livre sont très intéressants en revanche. J’ai beaucoup aimé les lettres que se laissent les deux étudiants et où ils racontent des choses très personnelles sur leur vie. D’accord, là encore ça n’apporte absolument rien comme indice quant à l’identité de Straka, mais comme l’histoire des deux étudiants prend vite la même place, la même importance que Le bateau de Thésée, c’est sympa d’en savoir plus sur eux.

En revanche, je n’ai absolument pas compris comment marche la roue d’Eotvos fournie dans le livre. J’avoue, je n’ai pas vraiment cherché à comprendre, mais c’est dommage, elle ne m’a servi que de marque page. S’il y avait eu une explication quelque part, je me serais probablement amusée à l’utiliser. Mais là non. Je trouve le livre déjà assez complexe comme ça, plein de détails et tout, pas besoin en plus de devoir m’arrêter toutes les trois pages pour aller voir sur Internet si je ne peux pas trouver une aide pour comprendre certaines choses du livre. Il me semble que cette roue est censée nous aider à déceler des messages secrets cachés dans le livre, notamment dans les notes de bas de page. Mais cela n’est absolument jamais dit clairement et je n’ai pas eu envie de m’embrouiller le cerveau encore plus.

Malgré mes petites critiques, tous les documents du livre sont quand même super bien réalisés. Tous font très réalistes et ajoutent au cachet du livre. Carte postale, vieilles pages de journal, serviette en papier sur laquelle est griffonné un plan, lettre entre Eric et Jen… tous ces éléments sont parfaitement imités et sont très excitants à découvrir. C’est aussi très bien qu’ils soient disséminés dans le livre et pas rassemblés dans une pochette à l’avant du livre. Cela fait beaucoup plus crédible et permet de découvrir le tout au fur et à mesure.

D’ailleurs, en ce sens, l’objet livre lui-même est très bien pensé. Les pages sont quelques peu jaunies, des tampons de bibliothèques décorent les couvertures, une étiquette de cotation se trouve sur la tranche… Quand le livre n’est pas dans le coffret signalant qu’il s’agit d’une histoire d’Abrams et Dorst, on n’y voit que du feu !

Voilà ce qu’il en est pour le concept du livre, sa forme. Mais pour le fond ? Est-ce que le tout n’est qu’un prétexte pour mettre au jour ce concept ou est-ce que l’histoire en elle-même vaut le détour (les histoires plutôt, celle du Bateau de Thésée et celle de Jen et Eric) ?

Je ne sais absolument pas comment les auteurs ont décidé de construire leur œuvre. S’ils voulaient effectivement s’amuser sur ce concept ou si les histoires qu’ils y écrivaient avaient aussi de l’importance. Mais personnellement, le concept m’a diverti, j’ai aimé le découvrir, par contre je n’ai finalement pas du tout aimé l’histoire du Bateau de Thésée, ni l’enquête menée par les deux étudiants.

En ce qui concerne la trame principale, le prétendu dernier roman de Straka, sans prendre en compte les annotations tout autour, mais seulement lui-même, ce n’est absolument pas le genre d’écrit que j’apprécie. Cela part bien pourtant au début ; la quête d’identité du personnage est intéressante et promet monts et merveilles. Malheureusement pour moi, cela n’a pas du tout pris une tournure qui aurait pu me plaire. Je ne vous révèle évidemment pas le dénouement, mais celui-ci est pour moi très décevant. On se dit qu’effectivement les auteurs ne se sont servis de cette histoire que comme prétexte pour monter leur projet, mais qu’ils se contrefoutaient de la fin. Bon, c’est vraiment un avis très personnel, car je sais que cette histoire peut plaire à d’autres. Tout comme je déteste le style d’écriture romantique (je suis en train de me farcir du Victor Hugo, c’est dur…) qui est pourtant admiré de tonnes de lecteurs et qui, je le reconnais, fait partie de notre patrimoine culturel littéraire.

Ce qui est dommage, c’est que même si on n’aime pas le style de ce fameux Straka, on peut se dire qu’on va se rattraper sur l’histoire qui éclot de la correspondance entre Jen et Eric… J’ai apparemment encore raté le coche… Le style est évidemment différent et l’histoire n’a rien à voir, mais la fin est tout aussi décevante… Cela ne prend pas la tournure à laquelle on s’attend et on se demande même si les auteurs n’ont pas oublié de mettre un point final aux dialogues des deux jeunes. Je suis vraiment très déçue par les deux fins des deux histoires qui se déroulent dans cet ouvrage.

Je dois avouer qu’après avoir lu le tout en même temps (Bateau de Thésée et absolument toutes les annotations), je regrette un peu. Je pense maintenant qu’une lecture de l’histoire de Straka (que ce soit en entier ou chapitre par chapitre), suivie de la lecture des dialogues dans l’ordre chronologique de leur écriture, aurait été plus appropriée. Quoi que même dans ce sens beaucoup de choses restent incompréhensibles.

En fait, je reste persuadée que les auteurs ont voulu en faire trop. Derrière le texte de Starka et les dialogues de Jen et Eric, des mystères se cachent, des énigmes subsistent que le lecteur doit résoudre. Du moins, il y a des trous dans l’histoire de Jen et Eric que le lecteur doit combler en imaginant lui-même ce qui a pu se passer. Mais le concept du livre est déjà bien assez compliqué comme ça, ils n’auraient pas dû rajouter tous ces éléments de réflexion en plus. C’est une lecture éprouvante. Passionnante, mais qu’on ne ferait pas tous les jours car très complexe. D’autant plus que les chapitres sont longs. Et il vaut mieux en lire un en entier à chaque fois qu’on s’y met, sinon on est perdu ensuite dans les histoires. Donc il faut avoir un peu de temps devant soi quand on se décide à le lire. Et ne vous avisez pas de l’entamer dans le métro, vous pourriez y perdre vos indices… Bref c’est une expérience enrichissante, mais réellement fatigante.

Je tiens tout de même à tirer mon chapeau aux auteurs pour l’écriture de ce livre, car il a dû être aussi complexe, voire plus, à écrire qu’à lire. Le bateau de Thésée n’a pas été fait au pif, puis les commentaires ajoutés. Il a fallu que les auteurs pèsent chacun des mots du roman central car c’est grâce à certaines de ses phrases que l’on décèle des indices sur Straka, mais aussi grâce à certaines de ses phrases que les deux étudiants peuvent nous révéler des choses sur leurs vies respectives. Malgré le fait que je n’ai pas accroché au fond des récitd, un grand bravo pour la forme et le concept qui en est né, car je reconnais tout le travail qui a dû être fourni.

Chapeau également aux traducteurs car beaucoup de codes sont à trouver dans le livre. Les notes de bas de page du faux traducteur du Bateau de Thésée, sont truffées de codes que les deux étudiants élucident peu à peu. Mais des codes complexes. Comme le fait que tous les mots qui suivent un mot qui contient un « x » dans les notes de bas de page, forment une phrase qui donne un indice sur la vie de Straka. Vous imaginez devoir traduire ça ? Il faut que les mots avec des « x » soit les mêmes en français et en anglais. Ou que le traducteur trouve une autre alternative. Donc vraiment, félicitation pour ce travail.

D’ailleurs, dommage qu’après tout ça subsiste quelques fautes d’orthographe et surtout, à quelques reprises, qu’il manque un mot dans une phrase, notamment dans les commentaires des étudiants. Pas une seule fois mais plusieurs, donc c’est dommage pour le lecteur.

Quelle que soit la façon dont on aborde ce concept de S (tout lire d’un coup ou en scindant sa lecture), je pense qu’une seconde lecture s’impose. La première serait pour s’imprégner du tout, la seconde pour réussir à résoudre l’énigme soi-même et à mieux comprendre les dialogues entre les deux étudiants surtout. Mais j’ai beaucoup d’autres livres sur ma PAL pour m’embarrasser d’une deuxième lecture d’autant plus que je n’ai pas accroché comme il fallait.

Cependant, je me rends bien compte que ce livre peut trouver son public autant pour le fond que pour la forme. Je n’ai accroché qu’à la forme, mais le fond peut être apprécié par d’autres. Pour ceux que cela tente, je leur souhaite bon courage, mais je leur dis aussi sans hésiter de se lancer, de trouver leur propre rythme de lecture et de s’accrocher au début. C’est une lecture qui vaut le coup, que l’on aime ou pas le style d’écriture et que la fin nous plaise ou non. Il faut cependant être bon lecteur et je le réserverais à de grands ados.

 

Le récap’ :

Points positifs :

  • Un concept très intéressant à lire et qui vaut le détour.
  • Un objet livre magnifique, très bien pensé et très réaliste.
  • Un début d’histoire qui transporte et promet une belle lecture…

Points négatifs :

  • … mais qui, pour ma part, m’a fortement déçue. Des fins bâclées et qui en décevront plus d’un, je pense.
  • Quelques problèmes dans le choix des calligraphies des étudiants qui gâchent le plaisir de lecture.
  • Un manque d’explication sur la façon de lire cet ouvrage, qui aurait pourtant était bienvenue et n’aurait rien gâché au mystère. Vouloir laisser le lecteur se débrouiller, ok ; mais tout complexifié et enlever le plaisir de lecture, non.

 

Bonne lecture les loulous !