J-7 avant Avengers : L’Ere d’Ultron

A l’occasion de la sortie du second volet des Avengers, et comme annoncé sur Facebook hier, nous allons consacrer cette semaine à un genre dont on parle assez peu en France mais qui prend de l’ampleur : les comics de super-héros.

 

Lorsqu’on parle de comics, il y a ceux dont les yeux brillent de mille feux et ceux dont les yeux s’arrondissent de stupeur. Il faut dire aussi que pour les non-fans, l’univers des comics semble très obscur et vaste (comme l’Univers quoi). Alors avant de parler des comics de super-héros, auquel Avengers est rattaché, je vais essayer de vous définir rapidement le comics.

Contrairement aux idées reçues, le terme « comics » ne désigne pas que les histoires de super-héros. Aux Etats-Unis même, il désigne simplement une bande dessinée, peu importe son style ou son genre.

Et oui, chez les ricains, Tintin est un "comics".

Et oui, chez les ricains, Tintin est un « comics ».

 

En France, le terme « comics » est apparu tardivement, vers la fin des années 80. Cette « invasion » tardive est en partie due au fait que nous possédions déjà un mot dans notre langue pour désigner la bande dessinée. Toujours est-il que les premiers éditeurs à avoir utilisé ce terme de « comics » le firent pour parler de la bande dessinée américaine en général. C’était un moyen comme un autre de marquer la différence avec la bande dessinée belge et française, plus classique à leurs yeux.

Il faut dire aussi que ça change de Tintin.

Il faut dire aussi que ça change de Tintin.

 

Le comics, au sens américain du terme, est né dans les journaux, notamment grâce à M. Pullitzer et M. Hearst qui, se livrant une guerre des ventes enragée, ont décidé d’offrir un peu d’espace dans leurs colonnes à ce nouveau mode d’expression. Nous ne sommes qu’au XIXème siècle pourtant, mais ces deux hommes avaient décelé dans ces « histoires graphiques » un nouvel art. Les deux premiers comics les plus connus sont Litlle Nemo et The Yellow Kid.

Little Nemo, où les histoires qui commencent toujours par un lit.

Little Nemo, où les histoires qui commencent toujours par un lit.

The Yellow Kid

The Yellow Kid

Le comics suppose deux formats différents qui sont apparus au fil du temps et qui ont traversé les frontières :

  • les comic strips (raccourcis chez nous par « strips ») : ce sont de petites bandes dessinées dont l’action se déroule sur moins d’une dizaine de cases. Apparus avec la presse, c’est tout naturellement qu’ils s’y sont développés, bien que de nos jours, il existe des albums complets reprenant le concept des strips.
Exemple de comic strips à l'européenne.

Exemple de comic strips à l’européenne.

  • les comic books : ce sont des périodiques racontant une histoire à feuilleton (à suivre). Ce format est apparu dans les années 30 et a été rendu célèbre par les histoires de super-héros, même si à la base tous les genres y étaient permis.
Quelques comic books

Quelques comic books

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’apparition de ce nouveau format en 1933 n’a pas nui au comic strips. D’ailleurs, c’est dans ces mêmes années que naissent des héros très connus, tels que Popeye ou encore Peanuts (Snoopy pour les français).

Peanuts (qui est d'ailleurs aussi le nom de mon cochon d'inde, c'en est perturbant).

Peanuts (qui est d’ailleurs aussi le nom de mon cochon d’inde, c’en est perturbant).

 

En fait, si on y regarde de plus près, les années 30 ont une grande importance pour l’histoire des comics. C’est par exemple en 1938 que se crée le comic book Action dans lequel Superman va faire ses premiers pas. Action marquera un retour aux super-pouvoirs, bien utile dans le climat de tension d’avant guerre.

1938 : le lancement de la mode des collants pour hommes.

1938 : le lancement de la mode des collants pour hommes.

 

La Seconde Guerre mondiale frappe les Etats-Unis de plein fouet et les comics, à leur niveau, tentent de participer à l’effort patriotique en créant des super-héros, eh bien… patriotes. Le plus célèbre d’entre-eux est bien sûr Captain America. Néanmoins, à cette époque les super-héros ne dominent pas encore le marché du comics. C’est même tout le contraire. Captain America voit sa production arrêtée et les autres super-héros de l’époque ne vont pas mieux.

On peut pas faire mieux niveau patriotisme.

On peut pas faire mieux niveau patriotisme.

Après guerre, le comics se diversifie avec la création de tout un tas de sous-genres : comics de romance ; comics policiers ; comics d’horreur… Le comics devient un art à part entière. Un art qu’il faut, comme il est de bon goût à l’époque, contrôler. Ainsi, le cinéma avait son code Hays, le comics a eu son code noblement baptisé CCA. Tous les comics qui sortaient à l’époque devait répondre à des critères et des normes très précis en matière de violence, de propos et autres. Si ces critères étaient respectés alors le comic book avait le droit d’imprimer le logo de la CCA sur sa couverture. Censure, vous avez dit censure ? Rappelez-vous tout de même que c’est à cette même époque qu’est née la fameuse « chasse aux sorcières ».

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C’est l’éditeur Dc Comics qui remet au goût du jour les super-héros avec Flash. Marvel, son concurrent, va suivre.

Ils ont dû avoir un prix de gros pour les collants chez Dc Comics. Sachez que désormais Flash s'habille tout en rouge.

Ils ont dû avoir un prix de gros pour les collants chez Dc Comics. Sachez que désormais Flash s’habille tout en rouge.

En parallèle, la censure du comics code va faire naître des comics underground au ton plus provocateur, plus noir. Et à partir des années 70, les branches « traditionnelles » du comics vont aussi se calquer à la réalité, donnant naissance à des univers plus sombres et des héros torturés.

On est assez loin ...

On est assez loin …

... des univers colorés de départ.

… des univers colorés de départ.

 

Aujourd’hui, le comics est toujours considéré par les français comme un sous-genre de la bande dessinée, alors qu’il a grandement contribué à l’évolution des techniques actuelles. C’est d’ailleurs ce manque de considération qui lui a valu d’être boudé pendant longtemps en France. Les nombreuses adaptations cinématographiques lui ont certes permis de remonter dans l’estime de l’opinion commune, mais pas assez cependant pour se dépatouiller de cet amalgame réducteur : comics = super-héros.


Thor paraît aimer mon travail, alors je vous dis à demain !

Thor paraît aimer mon travail, alors je vous dis à demain !

Bonne lecture !