Trollhunters de Guillermo Del Toro et Daniel Kraus chez Bayard en mai 2016

 

Ah, ça faisait longtemps que nous ne vous avions plus proposé un article deux en un : un livre pour deux critiques ! Attirées toutes les deux par le même livre, nous en parlions depuis un moment et attendions sa sortie avec impatience. Malheureusement, nous avons vite déchanté devant Trollhunters. Il récolte pourtant de bonnes critiques à travers le net, mais nous n’avons pas été convaincues. Qu’à cela ne tienne, on vous donne notre avis quand même, il en faut bien pour tous les goûts.

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Résumé :

En 1965, des enfants disparaissent mystérieusement dans une petite ville de Californie. Au point qu’une « épidémie de briques de lait » arrive : sur tous les cartons on voit défiler de semaine en semaine de nouveaux visages d’enfants disparus. Jack Sturges, 13 ans, est enlevé à son tour, sous un pont, devant les yeux de son petit frère, Jim, alors qu’ils jouaient tranquillement sur leurs vélos. Jim en restera traumatisé, car il est persuadé d’avoir aperçu une masse immense, un monstre, capturer son frère.

Quarante-cinq ans plus tard, le fils de Jim, Jim Junior, 15 ans, doit supporter la paranoïa de son père, qui a transformé la maison en forteresse pour protéger sa famille (bien que sa femme l’ait quitté il y a de nombreuses années). Pourtant, une créature étrange réussit à se faufiler dans la chambre du garçon et le kidnappe…

Jim Junior va alors découvrir le monde souterrain des Trolls. Un monde partagé entre les bonnes et les mauvaises créatures. Jim a en réalité été choisi pour défendre le côté du bien contre les forces du mal trolles qui prennent de plus en plus d’ampleur. Il sera aidé dans sa tâche par son meilleur ami de toujours : Tobby.

Mais il doit aussi continuer à vivre son existence de lycéen normal. Pas facile quand on est un bouc-émissaire au lycée, secrètement amoureux de Claire, de passer pour un héros dans un autre monde.

 

L’avis de Loulou

 

Dès le début de ma lecture, j’ai tiqué sur plusieurs éléments, que je trouvais incohérents, mal construits ou ne me permettant pas du tout de rentrer dans l’histoire. Du coup, frustrée de ce début (enfin j’ai quand même attendu jusqu’à la moitié pour voir si ça remonterait dans mon estime), j’ai pris une sorte de malin plaisir à relever tout ce qui me chiffonnait, et je n’ai pas réussi par la suite à m’imprégner de l’histoire. Je crois que même si le chapitre du siècle était dans ce livre, je ne le verrai pas tellement il y a d’autres détails ahurissants à côté, de mon point de vue.

Loulou veille au grain

Loulou veille au grain

Je vais commencer par les quelques points positifs que j’ai trouvé à ce roman, pour égayer un peu le tout :

1 – Le découpage en grandes parties en plus des chapitres est assez agréable (même si inutile en réalité ici). D’ailleurs, les chapitres sont courts ce qui est un bon point et permet au jeune lecteur de stopper sa lecture rapidement, sans devoir prolonger au risque de s’en dégoûter.

2 – J’aime le fait que l’on ait le point de vue des humains, mais aussi des Trolls et que ceux-ci ne soient pas que des méchants. A été pris le parti de nous les présenter un peu comme des êtres « normaux », qui ne cherchent qu’à vivre comme nous, avec des passe-temps, des familles, mais du coup aussi des mauvais côtés.

3 – La façon de parler de l’un des Trolls, Blinky, est assez rigolote. C’est une sorte d’aristocrate entre le mal dégrossi et le trop poussé. Ses longs discours ne sont pas rébarbatifs, on se prend au jeu.

4 – Vous le verrez dans la partie négative, j’ai eu beaucoup de mal à digérer de nombreuses scènes, que je trouve très mal construites et pas réalistes. Mais il y en a quand même deux que je retiens, qui présentent un peu de positif :

  • J’ai aimé le chapitre sur l’Histoire des Trolls. Je l’ai trouvé un peu farfelu, pas vraiment crédible (bon, d’accord les Trolls n’existent pas, mais je veux dire par là que dans un bouquin de fantasy/fantastique, il faut réussir à faire croire au lecteur que le tout est réel, or là c’est loin d’être le cas), on a l’impression que les auteurs ont pris des éléments au pif pour construire l’Histoire des Trolls. Mais ça reste rigolo dans un sens parce qu’ils ont pris de vrais éléments de l’Histoire américaine et anglaise pour broder autour. Cependant, ce brodage n’est pas solide du tout. On sent que si on voulait aller plus loin ça se casserait vite la figure. Néanmoins, je mets cet élément dans les points positifs parce que c’est le passage le plus construit et le plus linéaire, non cassant, de toute ma lecture.
  • J’ai également trouvé drôle la scène où l’on est dans la maison de la grand-mère de Tobby avec tous les chats partout. Mais en même temps complètement exagérée et d’un stéréotype affligeant. Ce cliché de la vieille dame entourée d’un nombre incalculable de chats aurait pu passer inaperçu et être cocasse, mais là c’est poussé un peu loin au point d’avoir l’impression que l’auteur se moque des personnes comme la grand-mère de Tobby. Mais bon, je garde cette scène dans les + parce que j’ai aimé le fait que Tobby appelle tous les chats « n° untel » tellement ils sont nombreux et qu’il n’arrive pas à se souvenir de leurs noms.

5 – Malgré tous les points négatifs que je trouve à ce roman, j’ai aimé le final des deux dernières pages avec une révélation sur un des personnages. Ça pour le coup je ne m’y attendais pas et c’était sympa.

Un aperçu de la série animée sur le même thème (et réalisée par le Guillermo également). Sortie prévue en fin d'année.

Un aperçu de la série animée sur le même thème (et réalisée par le Guillermo également). Sortie prévue en fin d’année.

 

Maintenant, c’est parti pour ma partie larmoyante :

 

1 – Dès le début je n’ai pas accroché à l’écriture en générale. Le style donné aux deux ados Tobby et Jim junior dans leur façon de parler est une sorte d’imitation des jeunes d’aujourd’hui très mal réussie. On passe aussi souvent du coq à l’âne, notamment dans les évènements. Une impression de passages manquants reste. Certains évènements sont mal expliqués, comme si on devait déjà être au courant et donc ça rend l’immersion dans l’histoire compliquée.

De plus, je n’ai pas trouvé que le type de discours entretenu par Jim était bien construit. Il parle à la première personne en essayant d’inclure le lecteur dans sa démarche, mais c’est fait de façon maladroite. Il prend un peu trop le lecteur pour son copain de lycée et ça ne marche pas. Ça c’est plutôt au début du récit. Ensuite, ça se calme un peu. Mais du coup, comme le début est raté pour moi, je n’ai pas réussi à m’immerger ensuite.

En plus des dialogues et des évènements, l’écriture m’a posée problème dans les détails de descriptions. Pour certains décors ou la morphologie des Trolls par exemple : le tout manque de profondeur et j’ai eu du mal à me représenter certains Trolls, notamment ceux du côté obscur. C’est pareil pour les combats que je n’ai pas du tout su me représenter tellement cela faisait fouillis.

 

2 – Les personnages m’ont également posé problème. La première chose : le surnom de Tobby, qui est Tub. Cela sonne très mal en français, surtout prononcé à l’anglaise et pas juste « tube » comme pour un « tube de colle » par exemple.

Ensuite, il y a des manques de cohérence dans certains éléments sur les Trolls. Exemple : certains sont immenses et, pour se faufiler partout, peuvent extraire de leur corps tous leurs organes. Même le cœur par exemple. Ils sont ainsi plus fins et passent partout. Mais où est la logique ? On ne peut vivre sans aucun organe. Si encore ils avaient précisé qu’ils gardaient au moins le cœur et les poumons. Ou qu’un lien était gardé entre ce corps et les organes laissés plus loin. Mais non. Donc incompréhension.

La relation entre Jim Senior et Junior est nulle. Pas bien décrite, mal amenée, on ne sait pas trop quels liens les lient. Quand Jim Junior dit à son père qu’il part chasser les Trolls (ne vous en faites pas, ce n’est pas le spoil du siècle, on s’en doute très vite), que son père ne veut pas, mais que l’adolescent y va quand même, ça aurait pu être une scène touchante ou une scène où le père montre enfin son autorité, mais rien. C’est mou, sans sentiment et le rôle de Jim junior est pitoyable. Il n’a aucune considération pour son père. Ce père qui d’ailleurs n’a aucune contenance dans le roman. On peut dans un sens comprendre son désarroi face à la capture de son frère étant enfant et qu’il en garde des séquelles étant adulte, mais là son personnage fait un peu pathétique.

Il y a aussi la fameuse Claire, amoureuse secrète de Jim Junior. A la limite c’est mignon, c’est pas mal qu’il s’intéresse à une fille qui n’est apparemment pas le canon de beauté du lycée. Mais leur relation part en cacahuète à chaque fois qu’on parle d’elle dans le roman. Tout est tiré par les cheveux, absolument pas réaliste et tortueux. Elle ne montre aucun intérêt du tout pour lui au début et d’un coup sans prévenir, elle se rapproche de lui ? Absolument pas crédible et mal amené. Ce spoil, je pouvais vous le faire, on se doute bien dès le début que ça va finir comme ça. Toujours sur Claire : la révélation de fin (là par contre je ne vous dis pas), je m’en doutais depuis un moment, mais elle est tellement mal amenée que ça gâche tout et ce n’est plus crédible. Enfin, la scène de fin entre Jim Junior et Claire est pathétique, ridicule, mal amenée, fait faux dans le décor, pitoyable. A la limite on verrait bien une telle scène dans une parodie ou un mauvais soap sentimental…

 

3 – Ensuite, j’ai un problème avec le rythme du livre. Tout va trop vite ou en tout cas à des rythmes trop différents les uns des autres. Quand je l’ai acheté, je me suis dit « ça a l’air d’être un tome unique, sans suite ». Puis à la moitié de la lecture, vu que ça n’avançait pas beaucoup et que je savais quels éléments il devait encore y avoir, je me suis dit « ah ben non, il y aura des suites apparemment ». Au ¾ du livre je suis revenue sur mon idée de départ : que c’était un seul tome, tellement les choses s’étaient déroulées rapidement finalement. Trop rapidement et du coup on n’y croit pas et on n’a pas du tout le temps de s’imprégner de l’histoire et d’être du côté du héros.

Les deux rythmes du livre : Partie 1 (et oui, c'est bien un gif animé ^^)

Les deux rythmes du livre :
partie 1

Les deux rythmes du livre : partie 2

Les deux rythmes du livre : partie 2

4 – Dernier point qui m’a hérissé le poil : les scènes qui ne tiennent pas debout. J’ai mis ce point en dernier tout simplement parce que je risque de spoiler pas mal pour bien expliquer mes réticences, donc passer votre chemin et sauter ce point 4 en entier si vous ne voulez pas connaître certains détails.

  • La scène du début quand on voit Jim Senior après le kidnapping de son frère. Un médaillon tombe près de lui et il tente de l’attraper. Mais il n’y arrive pas car il est serré dans les bras de sa mère. Plus tard dans le livre, les Trolls disent que Jim Senior n’a pas su saisir sa chance et n’a pas voulu du médaillon qui lui aurait permis de devenir chasseur de Trolls ; c’est faux, il n’a pas pu l’attraper c’est tout. Info erronée donc, ou une description mal faite.
  • Quand Jim junior court dire à son meilleur ami qu’il a vu un Troll pour la première fois, Jim est à la limite de s’étonner que son copain ne le croie pas de suite. Il en veut presque à son ami de ne pas lui faire confiance. Justement, moi je trouve ça logique qu’il se moque un peu de lui au départ. Je me souviens avoir été choquée par une scène de ce genre dans un autre roman : Furie de Joris Chamblain (à zieuter par ici). Quand l’héroïne avait avoué à sa meilleure amie son pouvoir, cette dernière l’avait cru de suite. Pas du tout crédible. Donc pour une fois qu’une réaction est « normale » face à la révélation d’un élément incongru, ça dénote que le héros boude à moitié.
  • La scène où les deux ados attendent cachés au fond d’un placard que les Trolls arrivent : quand ils entendent du bruit et mettent leur plan en action, leur attaque sur les monstres est ridicule. Ils avaient l’air d’avoir tout bien préparé et finalement on dirait deux gosses de 5 ans qui partent faire jou-jou au chevalier.
  • La scène où le conservateur du musée, alors qu’il déteste les deux ados et ne veut pas qu’ils pénètrent dans son musée, les prend à partie pour leur montrer sa nouvelle acquisition est ridicule ; il devrait plutôt les virer du musée de peur qu’ils abîment ce nouveau trophée, mais non, le conservateur leur colle le nez dessus. D’ailleurs, on pense que l’objet en question va prendre une beaucoup plus grande importance au fil du récit, vu sa place dans le monde des Trolls, mais on en n’entend quasiment plus parler après. Dommage.
  • La façon dont Jim Junior va devenir chasseur de Trolls est complètement bâclée et irréaliste. En gros il a un cours de 10 minutes sur le combat à l’épée et il devrait s’en sortir ? On espère de lui qu’il sache de suite tout faire, c’est impensable et pas du tout logique. D’ailleurs, quand Jim junior apprend (en quelques lignes) à combattre les Trolls, on voit que son « précepteur » a donné des noms parfois rigolos aux attaques. Mais le « lance caca » ne m’a pas fait rire. Certes, je n’ai pas l’âge du lectorat cible. Ce roman est préconisé à partir de 12 ans. Pourtant, je pense qu’à 12 ans on peut réussir à faire rire des enfants/ados avec autre chose que ce genre d’humour. Surtout que ce n’est pas le type de livre qui s’y prête.
  • La dernière scène de combat entre les Trolls et les chasseurs de Trolls c’est du grand n’importe quoi. Niveau scénario et écriture on dirait que c’est le délire de deux potes qui se sont bien marrés en mangeant une pizza, mais rien n’est bien construit ni crédible je trouve.

 

Plein de détails incohérents comme ça font que le livre perd complètement sa crédibilité et son fil conducteur. J’ai cité ceux qui m’ont le plus choquée, mais il y en a d’autres disséminés partout dans le roman.

 

En réalité le tout part d’un bon sentiment, la base du scénario est bonne et très attrayante. La quatrième de couverture, la couverture elle-même sont alléchantes. Mais ensuite ça part en sucette, le tout est mal ficelé, comme si on avait juste utilisé en prétexte le nom de Guillermo Del Toro pour être attractif mais qu’en fait derrière c’était creux. Je suis extrêmement déçue par ma lecture. Cela faisait longtemps que je n’avais pas dû me forcer à ce point pour finir un livre.

Je suis donc en attente de voir la série animée du même nom que le livre, qui devrait commencer à paraître en fin d’année. Mais selon le résumé lu sur internet de cette série, ce Trollhunters là ne devrait pas avoir exactement le même scénario que le livre. On espère qu’il sera donc meilleur.

 

L’avis de Coco

 

Hé oui, surprise ! Trollhunters fut une lecture commune. Notre première depuis le début de cette année. A vrai dire, ce livre me faisait de l’œil depuis bien longtemps, nonchalamment posé sur son étal et m’attirant par le combo, oh combien puissant, belle couverture et nom célèbre, mais je refusais de céder (j’avais déjà une PAL bien remplie). Mais en en parlant avec Loulou, on s’est aperçu qu’on avait toutes les deux flashé dessus, et que cela nous ferait un bel article commun. 

Poussées par notre admiration de Guillermo Del Toro et notre amour pour le fantastique, nous avons donc commencé notre périple avec des étoiles pleins les yeux. Dommage qu’elles soient mortes trop tôt.

 

Je ne serai cependant pas aussi virulente que Loulou concernant Trollhunters. Pendant la bonne première partie du livre, je me suis même laissée porter par l’histoire assez entrainante de Jim et de ses acolytes. L’écriture est fluide et assez riche, notamment lorsque l’un des Trolls, Blinky, se met à parler en mode Shakespeare in love. Je n’ai pas été plus choquée que cela par la façon de parler de Jim Junior et de son ami, même si je dois bien avouer que certains mots faisaient un peu tâche dans leur bouche. Le découpage en courts chapitres est aussi très bien réalisé, la plupart d’entre eux se finissant sur un petit suspense. L’histoire en elle-même est aussi originale avec une vision des Trolls qu’on voit très rarement en littérature jeunesse.

Seulement voilà, force est de constater que ce sont les seuls avantages à ce livre. Car aussi original que soit le scénario, l’écriture ne va pas assez dans le détail. On voudrait en savoir plus sur le monde des Trolls, et sur sa connexion au nôtre mais tout va bien trop vite pour que l’on descelle le moindre début d’explication.

Le rythme est d’ailleurs un vrai problème dans ce livre. La première partie du livre est entièrement consacrée à une journée ordinaire d’un ado ordinaire. Autant dire que c’est long. Même si les actions s’enchainent, elles n’ont pas forcément de lien entre elles, et on en vient un peu à prier pour que Jim se fasse enfin enlever par des Trolls. La seconde partie accélère un peu le rythme avec l’arrivée des Trolls et son lot de révélations. Mais les informations qu’ils nous offrent ne font que produire davantage de questions qui restent sans réponse jusqu’à la fin du livre. Quant à la dernière partie, celle de la bataille contre le grand méchant, elle va très vite et se termine en une quarantaine de pages seulement. Le rythme de ce livre m’a méchamment fait penser à un encéphalogramme.

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Enfin, je suis un peu mauvaise langue, parce que Jim n’est pas un ado ordinaire. En fait, c’est l’ado américain cliché ordinaire. Jim Junior n’est pas populaire, a des problèmes en maths, craque sur une jolie fille populaire, traine avec un marginal, n’est pas bon en sport et se fait harceler par le capitaine de foot du lycée. La seule « originalité » dans son personnage nous vient de son père, et sa paranoïa qui l’oblige à vivre un peu reclus. C’est aussi un aspect que j’ai beaucoup aimé. Non pas que j’aime que les gens se barricadent chez eux et appellent les flics parce que leur fils a 3 min de retard, non, c’est juste que j’ai aimé la manière dont est présenté le père. Certes, il est mou, froussard et dépassé par les événements, mais son caractère est en total accord avec ce qu’il a vécu étant jeune. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher d’éprouver de la pitié à son égard, et je me suis réjouie de voir qu’il faisait de gros efforts pour surmonter sa paranoïa dans l’espoir d’offrir à son fils une vie meilleure. En fait, en y réfléchissant bien, je dirais que c’est mon personnage préféré de toute l’histoire. Et pourtant, il n’apparaît que dans une vingtaine de pages tout au plus, c’est pour dire… Le reste des personnages m’a surtout laissée une impression de caricature très tenace.

 

Et c’est l’heure pour moi de vous parler d’amour ! Sur le papier cela sonnait comme une super idée de rajouter une petite romance dans ce livre d’action fantastique. Oui mais en pratique c’est tout l’inverse. Il ne suffit pas de nous dire que deux personnages s’aiment bien pour qu’on y croit. Il nous faut un peu plus de matière, et cela passe généralement par de l’interaction et surtout par de l’alchimie. Or ici, il n’y a ni l’un ni l’autre. Aussi, leur scène de baiser (Loulou vous a spoilé la première 😉 ) arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. De plus, l’histoire d’amour ne sert absolument pas le récit et le ralentit même considérablement en y ajoutant des scènes interminables au sujet d’une pièce de théâtre dont tout le monde (même les héros) se fichent pas mal. Je ne vois pas à quel moment dans la trame scénaristique, les auteurs se sont dit : « tiens, le monde est en grave danger à cause d’un Troll maléfique qui risque de revenir détruire le monde humain à tout moment, et si on mettait tout en pause le temps de monter une pièce de théâtre sur Shakespeare ? » et en ont déduit que c’était une excellente idée…

 

L’univers des Trolls ensuite, bien que très alléchant, n’est ni bien amené, ni bien décrit. J’ai eu toute la peine du monde à visualiser leur univers. Pire, je n’arrive toujours pas à visualiser l’un des protagonistes dont je tairai le nom par soucis de spoil. C’est un des héros de la grande bataille finale et il est présent durant la majorité de l’histoire. C’est le mentor de Jim Junior et pourtant sa description me laisse pantoise :

« Son armure, si tant est qu’on pût l’appeler ainsi, était tout aussi incroyable. Ses doigts se pliaient et se dépliaient dans ses gants recouverts de clous aiguisés. Ses avant-bras étaient hérissés de capsules de bouteilles de soda. Ses biceps étaient protégés par les spirales arrachées à une centaine de cahiers d’écoliers. Ses plaques d’armure étaient en fait les restes de la dînette d’une petite fille : des assiettes en plastique en forme de cœur, d’étoiles et de chevaux. Des voitures, et des camions miniatures pendaient sur son estomac, étincelant à la lueur des flammes. Ses jambes étaient bardées de chaînes de vélos, certaines rougies par la rouille, mais quelques-unes encore luisantes d’huile de graissage. »

Si vous arrivez à visualiser le tout, je vous en prie, envoyez-nous un dessin, ça nous serait d’une grande aide. J

 

Pour le reste, je rejoins les points soulevés par Loulou juste au-dessus et je n’y reviendrai pas. Pour finir, je voudrais juste vous parler du nom qui nous avait fait rêver au début de notre lecture, Loulou & moi. Guillermo Del Toro est un grand réalisateur de fantastique/science-fiction. Si vous voulez un petit aperçu de son univers très sombre, je vous conseille les Hellboy, ou l’excellentissime Labyrinthe de Pan (attention, ce film n’est pas conseillé aux âmes sensibles). Parmi ses autres œuvres, on peut vous citer aussi le récent Crimson Peak, ou le puissant Pacific Rim ou encore la série The Strain. Il est par ailleurs aussi le scénariste des trois Hobbits. Excusez du peu. Vous comprendrez désormais que nos attentes étaient grandes concernant Trollhunters. Surtout que ce n’est pas la première fois que Guillermo Del Toro s’allie pour écrire un roman. Ce fut déjà le cas pour The Strain (traduit par La lignée en France) ou The Fall (traduit par La Chute en France), et le résultat était, selon les critiques, plutôt réussi. Alors oui, nous avons vraiment été séduites par son nom apposé sur la couverture, et c’est pourquoi nous avons un peu eu l’impression d’avoir été victime d’une arnaque. Je ne vais pas mentir : on sent parfois la patte du réalisateur. Certains passages sont sombres à souhait, et deux ou trois moments m’ont fait frissonner de peur. Mais nous nous attendions à tellement plus.

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pourtant !

Ceci dit, si vous n’êtes pas familier de son travail ou si vous êtes capable de passer outre quelques incohérences de scénario, alors ce livre va peut-être vous plaire.

Trollhunters est donc un bon livre détente pour les lecteurs peu habitués au fantastique. Il y a de l’action, un peu d’humour et des créatures à faire peur. Seulement, si vous êtes amoureux du genre et/ou bons lecteurs, je vous conseillerais de passer votre chemin. Car vous risquez fort, comme nous, de vous focaliser sur des détails incohérents ou d’être déçu par le rythme de l’histoire.

En tout cas, la leçon que je retiens de cette lecture, c’est qu’il ne faut jamais se fier à un nom sur une couverture. Je ne sais pas en quelle proportion le réalisateur Guillermo del Toro s’est impliqué dans l’écriture de Trollhunters, mais cela ne suffit pas à rendre ce livre excellent, et c’est bien dommage.

 

Sur ce, nous vous souhaitons tout de même de joyeuses lectures chers loulous et cocos !