Un putain de salopard, Tome 1 : Isabel, de Loisel (scénario) et Pont (illustrations), paru chez Rue de Sèvres en avril 2019

Je sais, je sais, j’ai un peu de retard pour chroniquer cette superbe BD qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, mais que voulez-vous, mon portefeuille n’a pu me l’offrir que maintenant ! Et l’attente insoutenable n’a fait que renforcer l’effet de « waouh-c’est-pas-possible-comme-c’est-trop-bien » à la lecture de la dite BD !

Evidemment, on ne présente plus Régis Loisel, un maître incontesté en matière de bande dessinée française, qui a démarré avec la sublime série La quête de l’oiseau du temps, a poursuivi avec brio sur une réinterprétation de Peter Pan, s’est lié à Tripp pour le fameux Magasin Général et a doucement lâché le dessin à la faveur des crayons de Vincent Mallié tandis qu’il scénarisait Le Grand Mort. Après tout ça, je me suis dit, « ouf, il ne devrait pas remettre le couvert de suite, mon portefeuille peut se reposer un peu, après l’achat en intégralité des séries Magasin général et Le Grand Mort ». Mais que nenni ! M. Loisel est toujours bien en forme et voilà qu’il commence une nouvelle saga ! Il ne pense pas au portefeuille de ses pauvres lecteurs ! Et en plus, une exposition/vente de ses œuvres va voir le jour au mois de septembre à la galerie du 9ème art à Paris ! Non mais vraiment, rien ne va plus !

Et s’il n’y avait que ça, mes pauvres amis ! Pour cette nouvelle série, Loisel s’allie à Olivier Pont pour les illustrations ! Je le connais moins bien, mais j’apprécie tout autant son travail. J’ai débuté par Où le regard ne porte pas, scénarisé par Georges Abolin, et j’ai suivi par ses deux bandes dessinées qu’il a scénarisées et illustrées lui-même : Des Seins et Bouts d’ficelles. C’est donc un plaisir de retrouver son coup de crayon dans cette nouvelle saga.

Cette dernière m’annonce des heures de plaisir à la lecture, des mois de suspens en attendant le tome suivant, mais aussi des petits accrocs à mon portefeuille, car il est hors de question de les emprunter à la médiathèque, il me les faut !!!

Mais de quoi parle donc ce nouveau petit chef d’œuvre ?

Max, qui vient d’enterrer sa mère, se retrouve avec pour héritage deux photos d’elle et lui enfant quand ils vivaient au Brésil. Sur chacune d’elles, un homme différent. L’un d’eux serait-il son père ? Il plonge sur les traces de son passé, vers un camp forestier en Amazonie. Mais ses rêves d’aventure et d’exotisme buteront vite sur la réalité de cette jungle des années 70.  Il découvre un territoire gangréné par la violence, les réseaux de prostitutions, et la loi du plus fort. Il s’appuiera sur un joyeux trio déluré dont deux infirmières françaises, et surtout sur une jeune brésilienne muette, Baïa, indispensable guide.

Dès les premières cases, mon cœur a totalement été pris entre les pages de ce récit ! On s’accroche immédiatement au personnage principal (Max) et aux autres protagonistes qui vont jalonner son aventure amazonienne. Les deux infirmières Christelle et Charlotte, ainsi que leur amie Corinne, sont d’une fraicheur et d’une réalité si forte qu’on ne peut que les vouloir comme copines. Baïa est rendue mystérieuse par son mutisme et sa si grande connaissance de la forêt tropicale, elle nous donne envie de soulever doucement le voile qui l’entoure pour comprendre d’où lui viennent sa timidité et sa douceur, enroulées dans une force de caractère si belle. Les figures féminines de cette série lui offrent donc tout son charme et sa tendresse, en gardant une aura de féminisme qui fait un bien fou.

La plupart des figures mâles secondaires de cette série sont quant à elles bourrues, machistes, encombrantes, violentes, exécrables… Elles nous montrent un monde sans pitié, qu’il va falloir surmonter pour survivre. Après tout, on est dans la jungle et c’est la loi du plus fort qui va primer. Heureusement, les femmes sont ici pleines de ressources, et ce n’est pas que la force physique qu’il va falloir employer.

Le premier tome de cette saga nous promet donc une épopée hors du commun, dans une forêt hostile qu’il va falloir dompter, mais que les femmes vont adopter avec ruse et passion.

Je sais qu’il va falloir attendre un bon bout de temps avant le prochain tome, et même encore plus pour que le tout soit fini, mais ça laisse entrevoir une nouvelle saga sublissime, alors on prend son mal en patience et on savoure chaque instant entre deux parutions !

Bonne lecture et bonne rentrée les loulous !