Winnie l’Ourson de Alan Alexander Milne (texte) et Ernest H. Shepard (illustrations), paru pour la première fois en 1926 (1947 pour la traduction française). Ici réédition de fin 2015 des éditions Gallimard Jeunesse.

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On connaît tous Winnie l’Ourson. Même si on n’a jamais vu un dessin animé (malheur à vous), on a au moins aperçu une peluche, un jouet de bain ou des draps Winnie l’Ourson. Et pour cause, il fait partie des très grands classiques de la littérature de jeunesse, qui ont aidé cette dernière à émerger et qui seront des indémodables à jamais. Au même titre qu’Alice au pays des merveilles, Babar, ou encore Macao et Cosmage.

Pourtant, peu de gens connaissent aujourd’hui ce petit ours autrement que par le dessin animé. Très peu nombreux sont ceux qui ont lu la version originale. Et oui, jusqu’à il y a peu, je faisais partie de cette catégorie. Mais ça y est, je suis passée de l’autre côté, j’ai lu la version originale ! Et ce pour mon plus grand bonheur. J’ai redécouvert totalement cette œuvre, qui est bien différente de ce que l’on en connaît par la télé.

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L’œuvre de Milne est un court roman, composé de 10 chapitres, dans lesquels on voit Winnie vivre quelques aventures. On peut lire ces chapitres comme de petites histoires indépendantes, car ils ne sont pas expressément liés entre eux (à part quelques petits rappels par-ci par-là, qui ne gênent en rien la lecture si on n’a pas lu dans l’ordre).

Winnie est en réalité inspiré de l’ours en peluche du fils de Milne. L’auteur a écrit Winnie l’Ourson pour son petit garçon, Christopher Robin, en mettant en scène ses animaux en peluche, avec comme acteur principal cet ours débonnaire. On commence et on termine d’ailleurs le roman par un dialogue entre père et fils. Au début, le fils demande à son père de mettre en scène son ours car c’est, selon lui, ce dernier qui le souhaite ; à la fin Christopher conclut en disant que Winnie est heureux de ses aventures et en redemandera peut-être plus tard.

Dans la réédition de Gallimard, un petit prologue explique aussi d’où vient le nom de Winnie. Petite anecdote bien sympathique. Il s’agit du nom d’un pensionnaire (ours blanc) du zoo de Londres, à l’époque de Milne. Winnie est en réalité le diminutif de Winnifred, qui est un prénom à la base féminin (ce qui explique cette incessante volonté de mon correcteur orthographique à vouloir corriger mes accords avec le mot « Winnie » par des féminins… C’est agaçant…).

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À travers les 10 chapitres, on part donc à l’aventure avec Winnie et ses amis dans la forêt où ils habitent. Il faut savoir que tous les personnages que l’on trouve dans le livre, on les retrouve bien dans le dessin animé, mais pas l’inverse.

Cochonnet dans le livre devient Porcinet dans le film ; cela reste un petit personnage peureux, peu sûr de lui, mais d’une grande gentillesse. Le Lapin du livre devient Coco Lapin dans l’animé ; dans les deux cas il est peu sociable, n’aime pas plus que ça la compagnie des autres et la rejette même. Hi-han dans le livre devient Bourriquet dans le dessin animé ; il a des idées noires en permanence, pense que personne ne fait attention à lui et est lent ; il perd également sa queue ! Il y a aussi Hibou, qui sera Maître Hibou dans le dessin animé ; c’est un personnage sage, auquel on demande conseil et qui paraît être le seul vraiment instruit de la forêt. Grand Gourou et Petit Gourou du dessin animé, sont en réalité Kangou et Rou dans le livre ; tous deux ne sont pas très bien accueillis quand ils arrivent dans la forêt de Winnie, dans le livre, et les compères essaient même de kidnapper Rou. On retrouve également le petit garçon, figure du fils de Milne ; Christopher Robin dans le livre, Jean-Christophe dans le dessin animé ; petit garçon un peu plus naïf et niais dans le livre, qu’il ne l’est dans le dessin animé. Enfin, l’Éfélant si bien connu des petits amateurs de dessin animé, est en réalité un Éfalant dans la première traduction française ; et on ne fait que le mentionner dans le roman, on ne le voit pas.

Dans l’œuvre originale, il n’y a donc absolument pas de Tigrou, ce personnage pourtant si dynamique ! Mais peut-être a-t-il été intégré par ceux qui ont racheté les droits de l’œuvre quelques années plus tard pour en écrire des suites. Mais je ne les ai pas lues.

Winnie, quant à lui, reste un ours gourmand, un peu (beaucoup) sans cervelle, mais adorable.

Toute cette joyeuse tribu va vivre quelques journées mouvementées, que l’on retrouve (quelque peu changées) dans le dessin animé. Le premier chapitre raconte par exemple, la manière dont Winnie va tenter de se procurer du miel en s’accrochant à un ballon pour monter au sommet d’un arbre. Un chapitre relate également la perte de la queue de Hi-han et Winnie qui part à sa recherche. On a aussi l’épisode où Cochonnet et Winnie suivent les traces d’intrus dans la forêt, alors qu’ils sont en réalité sur leur propre piste ! Tout ceci on le retrouve dans le film, mais de manière beaucoup plus naïve, enfantine et plein de mignonneries.

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Même si on reconnaît les caractères des personnages dans les deux cas, l’histoire est tout de même différente. Dans l’œuvre originale, on a en réalité affaire à un vrai récit de non-sens, complètement absurde sur divers passages, avec des personnages cocasses et niais, voire proprement stupides. Le tout est magistralement orchestré, et plutôt que de prendre pitié de ces peluches idiotes ou de trouver les situations ridicules, on se bidonne du début à la fin pour ces actions si enchanteresses. Entre quiproquo, noms composés rigolos, situations rocambolesques, et étendue de toute l’idiotie de Winnie, on passe un moment de pur bonheur littéraire.

Pour vous montrer de quoi je parle, et vous donner envie d’aller plus loin, je vous ai sélectionné un extrait, où à peu près tout ce dont je vous parle est réuni. Et c’est comme ça pendant tout le livre.

N.B. : si vous pensez voir des fautes d’orthographe ou des erreurs de typo (style majuscule), ce n’est pas une erreur de ma part, j’ai recopié très consciencieusement. Le tout fait partie de l’histoire telle quelle.

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Extrait tiré du chapitre IV : Dans lequel Hi-han perd une queue et Winnie en trouve une.

Dans ce passage, comme le titre l’indique, Hi-han a perdu sa queue et Winnie lui propose de l’aider à la retrouver. Pour ce faire, il se rend chez Hibou pour demander de l’aide.

« Et si quelqu’un sait quelque chose à propos de quelque chose, se dit Nounours, Hibou est le quelqu’un qui sait quelque chose à propos de quelque chose, dit-il, ou alors mon nom n’est pas Winnie l’Ourson, dit-il. Et c’est bien mon nom, ajouta-t-il. Donc, pas d’erreur. »

Hibou habitait « Les Châtaigniers », antique demeure pleine de charme, plus splendide qu’aucune autre habitation, du moins à l’avis de Nounours, parce qu’elle possédait à la fois un marteau de porte et un cordon de sonnette.

Au-dessous du marteau, il y avait un écriteau qui disait :

SIOUPLÉ SONNÉ SI ON VEU UNE RÉPONCE

Au-dessous du cordon de sonnette, il y avait un écriteau qui disait :

SIOUPLÉ FRAPÉ SI ON VEU PAS UNE RÉPONCE

Ces écriteaux avaient été rédigés par Christophe Robin qui était seul dans la forêt à connaître l’orthographe ; car Hibou, tout sage qu’il fût en bien des choses, capable de lire et d’écrire et d’épeler son propre nom : BIHOU, battait en retraite devant certains mots délicats comme ROUGEOLE et TARTINE BEURRÉE.

Winnie l’Ourson lut les deux écriteaux très attentivement, d’abord de gauche à droite, et ensuite, au cas où quelque chose lui aurait échappé, de droite à gauche. Puis, pour être tout à fait sûr de ne pas se tromper, il frappa avec le marteau et tira dessus, et il tira le cordon de la sonnette et frappa avec, et il cria très fort :

– Hibou ! Je veux une réponse ! C’est Nounours qui parle.

Et la porte s’ouvrit, et Hibou regarda au-dehors.

– Bonjour, Winnie, dit-il. Comment ça va ?

– Terriblement Mal, dit Winnie, parce que Hi-han, qui est un de mes amis, a perdu sa queue. Et ça lui fait Broyer du Noir. Pourrais-tu être assez gentil pour me dire comment faire pour la lui trouver ?

– Ma foi, dit Hibou, la procédure coutumière dans un cas de ce genre est la suivante.

– Que veut dire : Prosucré Croûtumiel ? dit Winnie. Car je suis un Ours de Très Peu de Cervelle, et les mots trop longs m’Embarrassent.

– ça veut dire la Chose à Faire.

– Du moment que ça veut dire ça, je veux bien, dit Winnie humblement.

– La chose à faire est la suivante. D’abord on publie une annonce promettant une récompense. Ensuite…

– Un instant, dit Winnie, en levant la patte. À quoi est-ce que tu as dit qu’on pense ?

– J’ai dit : on publie une annonce promettant une récompense !

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Après avoir lu cet extrait, on peut se dire que c’est même finalement un peu compliqué pour un jeune enfant de comprendre tout ça. Les jeux de mots peuvent êtres subtils pour certains, surtout quand on ne fait qu’écouter le texte et qu’on ne le lit pas. Mais c’est là toute la magie de cette œuvre. Les enfants comprendront parfaitement les situations, ou en tout cas la plupart d’entre elles. Et les adultes s’en délecteront encore plus et expliqueront les derniers accros aux enfants. Ce qui en fait un ouvrage intergénérationnel qui pourra réunir petits et grands. Et ces jeux de mots ne vous font-ils pas penser à un très grand auteur français de notre époque ? Claude Ponti bien sûr !

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Ce que j’ai également apprécié dans cette édition de Gallimard, c’est le fait qu’ils aient gardé les illustrations originales de Shepard. Ce dernier les avait en effet d’abord réalisées en noir et blanc. Même si elles ont été colorisées par la suite, revenir ici aux sources avec la version noir et blanc est un vrai plaisir. Ses dessins sont d’ailleurs magnifiques et retranscrivent parfaitement l’univers de Milne.

Gallimard a choisi de recouvrir son livre d’une double couverture, avec sur la première les reproductions en couleur de certains dessins de Shepard. Mais mon coup de cœur se porte sur la seconde, et en réalité principale couverture du livre, où une mosaïque de petits Winnie et petits Cochonnet est à découvrir. C’est décidé, si je la trouve en frise, je décore ma chambre avec !

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Le récap’ :

Points positifs :

  • Une très belle réédition, simple, mais efficace, d’un des plus grands classiques de la littérature de jeunesse, qui permettra de faire découvrir la véritable facette de Winnie et ses amis.
  • Des illustrations splendides.
  • Pour avoir un sourire du début à la fin.

Point négatif :

  • Pas possible d’en trouver, c’est vraiment un gros coup de cœur.

Joyeuses découvertes littéraires classiques les loulous !