Voici aujourd’hui un opus sur les félins. Mais pas n’importe lesquels. Pas ceux qui traînent chez vous dans vos pattes et se prennent pour votre maître. Pas ceux à la grande crinière imposante. Ni ceux préhistoriques à dents de sabres. Nous parlons ici d’un des félins les plus majestueux : le tigre. Une petite sélection pour mettre en valeur ce bel animal dans la littérature de jeunesse, même s’il n’y est pas toujours à son avantage.

Gentil Tigre de Kosé Stroo (texte) et Marijke Ten Cate (illustrations), paru chez Albin Michel jeunesse en 1999

Gentil Tigre vit dans la forêt, en paix avec tous les autres animaux. Il est d’ailleurs tellement gentil qu’il s’est fait le médecin et le réparateur de tout le monde. Chaque matin, une longue file d’animaux malades ou ayant des problèmes attend devant chez lui. Toute la journée, Gentil Tigre soigne et répare. Le problème c’est que même la nuit les animaux viennent le déranger. Gentil Tigre n’en peut plus, ses rayures noires commencent même à disparaitre. Un jour, il décide de partir en vacances pour se reposer. Les animaux de la forêt se retrouvent bien embêtés. Ils organisent donc une fête pour que Gentil Tigre soit content. Ils lui proposent également de rester leur médecin/réparateur, mais avec des horaires fixes, pour ne pas trop se fatiguer.

Une histoire originale toute mignonne sur l’entraide, mais aussi sur l’importance de ne pas abuser de la gentillesse d’autrui. Ça peut aussi nous faire penser aujourd’hui au problème de surpopulation des cabinets médicaux ! M’enfin bon, on ne va pas tous se mettre à organiser des fêtes dans les villages pour éviter les déserts médicaux :p

Le dévoreur d’hommes de Horacio Quiroga (texte) et François Roca (illustrations), paru chez Seuil en collaboration avec Métaillé en 2003 (histoire originale datant de 1911)

Rajah, tigre royal du Bengale, a vu son père et sa mère se faire tuer par les chasseurs. Ceux-ci l’ont capturé et livré au cruel Kimberley qui, sous prétexte de le dompter, n’a pas hésité à l’humilier et à le torturer. Le rêve de vengeance de Rajah pour recouvrer sa dignité pourra-t-il résister devant la bonté et la noblesse du seul homme, Lord Aberdale, qui ait su se comporter humainement à son égard ?

Ce magnifique récit est le troisième de Horacio Quiragoa, maître incontesté du conte latino-américain. Ecrit en 1911, ce n’est que plus tard que François Roca y ajoute ses illustrations. Peu de dessins, mais tous extrêmement réalistes. On en aurait tout de même voulu plus, notamment sur des scènes un peu plus vibrantes. Le texte lui, avec le tigre pour narrateur, est très bien écrit. On entre totalement dans la peau du tigre et on vit sa souffrance. Cette édition est plus un court roman illustré qu’un album, mais il est facilement accessible au jeune lecteur.

Le sourire de Pacha de Catherine Rayner, paru chez Gründ en 2006

Pacha est bien morose, car il a perdu son sourire. Bien décidé à le retrouver, il part à sa recherche. A travers montagnes, océans et déserts, il traque son sourire partout. Soudain, alors que la pluie est tombée drue, il aperçoit son reflet dans une flaque. Son sourire est là ! Toute cette aventure aura fait comprendre à Pacha que bonheur et sourire vont de pair.

Une histoire toute simple, avec peu de texte, mais qui révèle une belle poésie. Une ode au bonheur et à sa recherche pour initier les plus jeunes aux plus simples plaisirs. Les illustrations sont aussi très prenantes. Les rayures du tigre deviennent hypnotiques.

Le tigre et le chat de Eitaro Oshima, paru à L’école des loisirs en 2010

Il fut un temps où chats et tigres vivaient tous deux dans les forêts montagneuses. Mais le tigre n’était encore qu’un bon à rien un peu benêt tandis que le chat était un excellent chasseur. Un tigre alla un jour voir un chat et lui demanda de lui enseigner tout ce qu’il savait pour devenir un prédateur comme lui. Le chat lui enseigna comment approcher ses proies en silence, comment sauter loin et courir vite. Mais quand son enseignement fut fini, le tigre annonça au chat qu’il aimerait bien goûter à sa chair. Le chat s’enfuit en haut d’un arbre et s’excusa malicieusement auprès du tigre de ne pas lui avoir donné sa dernière leçon : comment grimper en haut d’un arbre.

Ce joli conte populaire de Chine est un moyen d’expliquer aux enfants d’où viennent les mœurs des chats et des tigres, qui sont si différentes alors qu’ils font partie de la même famille. En effet, le tigre est le seul félin à ne pas monter dans les arbres. Alors que même les lions le font régulièrement, c’est extrêmement rare chez nos amis les félins rayés. Petit plus pour cet album dont les illustrations sont vraiment réussies.

Le tapis en peau de tigre de Gerald Rose, paru chez Albin Michel jeunesse en 2011 (1979 pour la version originale)

Il était une fois un tigre tout maigre et tout miteux, qui enviait la vie du rajah dans son palais. Un jour, rodant aux alentours des jardins royaux, il aperçut une peau de tigre en train de sécher. Ni une ni deux, il prit sa place et le serviteur ne s’aperçut pas de la supercherie quand il rentra le tigre dans le palais. Ce dernier devint la carpette royale et tout le monde n’y vit que du feu tellement il était maigre et miteux. Mais le tigre se nourrissait des restes des dîners quand tout le monde dormait et reprit donc vite du poil de la bête. Alors qu’il avait peur de se faire démasquer, trois voleurs tentèrent de dérober des bijoux au rajah. Le tigre les mit en déroute et devint l’animal attitré du palais. Tout est bien qui finit bien !

Un conte indien contemporain aussi rigolo qu’attendrissant. J’ai eu du mal au début avec les illustrations très brouillonnes, mais finalement ça va très bien avec le style du tigre tout miteux. Je suis sûre que ce récit plaira aux plus petits qui se prendront d’amour pour le tigre.

Je suis né Tigre de Stéphane Servant (texte) et Antoine Déprez (illustrations), paru chez Bilboquet en 2011

Il est né Tigre, il est né libre. Pourtant, il se fait un jour enlever par une troupe de cirque et sert d’animal de foire dans leur entreprise. Le tigre ne leur donne pas satisfaction dans les numéros, ils l’envoient donc en cuisine. Mais en cuisine, il laisse les fourmis tout manger. Le directeur du cirque l’envoie alors sur la grande piste pour faire ce qu’il fait de mieux : rugir. Mais c’est un gentil tigre. Enfin, si on ne lui tire pas les poils de la queue. Triste de devoir être celui qu’il n’est pas, Tigre se met à jouer de la musique. Tous les autres animaux du cirque le suivent. Puis arrive, le clown, qui les accompagne avec sa trompette. Attendri par cette mélodie, le clown finit par libérer tous les animaux. Ils ont encore une longue route avant de retrouver leur pays.

Une histoire un peu triste, mais tellement (et malheureusement) réaliste. Un tigre attendrissant qui montre le côté doux de la sauvagerie qu’il a en lui. Les illustrations sont vraiment belles et le style du placement des décors, le regard qui est offert au lecteur m’a fait penser au travail de Rébecca Dautremer.

Anya et Tigre Blanc de Fred Bernard (texte) et François Roca (illustrations), paru chez Albin Michel jeunesse en 2015

Au pays du Grand Blanc, une seule saison existe : l’hiver. Avec des passages plus ou moins froids et neigeux, mais plus rien n’y pousse. Végétation et animaux se font rares. Comme si cela ne suffisait pas, une malédiction arrive. Tous les enfants d’une même génération se mettent à disparaitre sans laisser aucune trace. Ils ne disparaissent pas tous la même année, mais progressivement. Anya avait un frère jumeau, enlevé dans sa plus tendre enfance. Anya a 12 ans et n’a toujours pas été enlevée. Elle sait que son heure viendra et est prête à se défendre. Surtout avec Tigre Blanc à ses côtés.

L’histoire continue évidemment, Anya se fait enlever, elle réussit à se libérer ainsi que tous les enfants kidnappés et séquestrés, Tigre Blanc joue bien son rôle de protecteur et tout finit bien dans le meilleur des mondes. Rien de bien folichon au niveau de l’histoire, on peut tout à fait deviner assez vite pourquoi les enfants sont enlevés. Je n’ai pas tellement aimé la narration. Parfois trop coupée, sans lien entre certains passages, mal agencée. Ça m’a étonnée parce que j’aime les textes de Fred Bernard habituellement (La reine des fourmis a disparu ou Rose et l’automate de l’opéra). D’ailleurs, le tigre n’a en réalité qu’une place mineure dans ce récit. Mais j’ai choisi de mettre tout de même cet album dans ma sélection pour la beauté des illustrations et les magnifiques représentations de Tigre Blanc. Le format de l’album rend d’ailleurs justice comme il faut au crayon de François Roca. Anya aussi est belle sous son trait. Elle m’a fait penser à un mix entre Sansa Stark et Daenerys dans GOT, par le physique, tandis qu’elle est plus Aria pour le caractère !

Pas assez de rayures félines ? Alors c’est reparti pour un tour :

  • – Où est Petit-Tigre ? de Pulak Biswas et Anushka Ravishankar, chez Syros jeunesse
  • – Le bon fils et le tigre sans sourcils de Han Bycong-Ho et Lee Mi-Ae, chez Mijade
  • – Le tigre qui s’invita pour le thé de Judith Kerr, chez Albin Michel Jeunesse
  • – Tigre et léopard de Dahlov Ipcar, chez Albin Michel Jeunesse
  • – Il y a un tigre dans le jardin de Lizzy Stewart, chez Gautier Languereau

Bonne lecture orange et rayée en perspective les loulous !