Tout sur la littérature jeunesse de la petite enfance aux jeunes adultes, de Sophie Van Der Linden, paru en avril 2021 aux éditions Gallimard jeunesse

Après En quête d’un grand Peut-être, je vous présente aujourd’hui un autre documentaire qui met en avant brillamment la littérature de jeunesse, et qui, encore plus que le premier, m’a fait replonger dans mes années d’études en littérature jeunesse. En effet, quand on s’intéresse un tant soit peu à la littérature de jeunesse dans son axe de recherche, l’autrice Sophie Van Der Linden est forcément une référence. Elle a donc bercé mes années de Master LdJ, notamment pour l’écriture de mon mémoire.

De plus, cet ouvrage est construit de façon beaucoup plus théorique qu’En quête d’un grand peut-être. En réalité, même si j’avais dit que je ne voulais pas faire la comparaison entre les deux ouvrages, je vous donne quand même les deux différences majeures entre eux :

  • En quête d’un grand peut-être se concentre uniquement sur les romans, ce qui le rend assez complet sur ce domaine ; tandis que Tout sur la littérature jeunesse va parler de tous les types que l’on peut trouver en jeunesse, du premier imagier, jusqu’au roman ado, en passant par la BD ou même le manga, ce qui le rend complet sur sa vision du marché actuel.
  • – On voit qu’En quête d’un grand peut-être, même si construit également par des professionnels de la littérature jeunesse, est sur un modèle beaucoup plus libre, moins carré, plus pratique que théorique et il convoque de nombreux acteur·rices pour montrer que les points de vue sont vastes et que tout le petit monde qui gravite autour de ce domaine de la littérature de jeunesse est diversifié. Alors que Tout sur la littérature de jeunesse est construit par un seul grand nom de ce domaine (même si je ne doute pas qu’elle se soit appuyée sur des confrères/consœurs) et a un côté beaucoup plus historique et théorique, ce qui permet d’avoir un panorama non exhaustif mais très complet et qui éveille la curiosité dans tous les domaines de la littérature de jeunesse.

En bref, ce sont deux ouvrages très complémentaires, et que ce soit pour un spécialiste de la littérature de jeunesse ou un néophyte, honnêtement les deux sont extrêmement intéressants et je ne pourrais pas vous conseiller de lire l’un plus que l’autre. Vous trouverez votre compte dans les deux !

Maintenant que mon petit point comparaison m’a libérée, je peux tout de même vous parler de l’ouvrage de Sophie Van Der Linden pour lui-même. Comme je l’ai dit, il est assez théorique, mais cela ne veut absolument pas dire d’un niveau universitaire ou rébarbatif ! Au contraire, tout en étant vraiment complet dans chacun des domaines qu’il aborde, il est très accessible et donne des points d’accès divers et variés pour compléter nos connaissances par la suite.

J’ai adoré la première partie historique, qui retrace l’évolution de la littérature de jeunesse à travers les siècles. J’ai complètement replongé en Master, mes souvenirs sont remontés (« ah oui, ça je l’avais appris », « oh, et ça je m’en souvenais », « ouh, j’ai appris un nouveau truc ! » – oui ça parle beaucoup dans ma tête). Mais ce n’est pas du tout une partie qui pourrait faire peur, elle est très bien construite et ne peut que donner envie à tout le monde de s’y intéresser davantage.

Les seconde et troisième parties, je dirais qu’elles sont plus adressées aux parents ou éducateurs de jeunes enfants, qui ne comprennent pas bien les mécanismes de lecture des bambins. Pourquoi les séries ont autant de succès ? Pourquoi ils aiment lire des livres qui font peur alors qu’ils n’aiment pas particulièrement faire des cauchemars ? Pourquoi à un certain âge les enfants aiment lire, relire, rerelire et rerere…. à l’infini les mêmes albums au point qu’en tant qu’adulte on a un peu envie de leur faire avaler le livre ? Comment leur donner envie de lire sans les forcer ? Quels sont les bienfaits de la lecture ? On pourrait donc voir un petit côté psy à ces parties, mais elles sont extrêmement bien faites pour ne pas paraître moralisatrices et en éclaireront plus d’un !

Avec les parties 4 (les types de livres) et 5 (les grands genres), on retourne dans un côté plus théorique et historique, mais qui finalement peuvent beaucoup servir côté pratique puisqu’elles pourront aider à mieux comprendre comment choisir un livre selon le niveau de lecture ou l’âge de nos enfants, et pourquoi ces derniers aiment tel ou tel type de littérature. J’ai beaucoup beaucoup apprécié la sous-partie qui explique les différentes littératures de l’imaginaire, notamment la distinction entre fantasy et fantastique. J’ai toujours du mal à faire la distinction dans mes lectures et cela m’a bien remis les idées en place à ce sujet. Je ne vous dévoile pas les explications de Sophie Van Der Linden ici, ce serait de la triche, vous n’avez qu’à aller jeter un œil !

Il y a ensuite les parties 6 et 8 qui sont de vraies mines d’or. La première fait un état des lieux de la bibliothèque idéale à avoir selon l’âge de l’enfant, de 0 à 14 ans. Pourquoi pas plus âgé ? Parce que 14 ans, Sophie Van Der Linden appelle cela « l’émancipation littéraire ». Non pas qu’on ne puisse plus lire de littérature jeunesse au-delà (au secours, je ne saurais pas quoi lire sinon) mais c’est l’âge à partir duquel les jeunes peuvent se détacher des prescripteur·rices et choisissent plus aisément par eux-mêmes leurs lectures. Bon par contre, je ne suis pas trop pour le terme de « bibliothèque idéale ». Ce sont les prescriptions de l’autrice et même si elle est reconnue dans le domaine de la LdJ, les prescription d’une personne ne suffisent pas pour se faire une idée du panorama qu’offre la littérature jeunesse (ou si cette partie a été construite avec les avis d’autres personnes ou spécialistes, le préciser, comme l’avaient fait Nathan et Tom Lévêque dans leur ouvrage). La seconde partie est un carnet pratique qui vous donne des pistes pour tous les bons plans où trouver des livres : les endroits mais aussi à qui s’adresser. Allez, je fais ma vieille dame du CDI râleuse (coucou Orelsan) : dommage que l’autrice n’ait pas mis quelques lignes de plus sur les professeurs documentalistes, j’avoue que là on a l’impression qu’elle méconnait ce métier et ne sait pas à quel point nos relations avec nos élèves et les activités que nous engageons dans nos CDI sont porteuses et ouvrent à la lecture.

Enfin, revenons sur la septième partie, qui pour le coup fait plus objet de recherche. En posant 6 questions, Sophie Van Der Linden met la littérature de jeunesse en perspective de l’actualité et d’interrogations que pourraient avoir parents ou prespripteur·rices. Même si cette partie est plus universitaire, elle nous apprend aussi beaucoup de choses sur le recul à avoir pour choisir et comprendre sa littérature de jeunesse.

En bref, c’est un livre qui pourra intéresser tou·tes les prescripteur·rices de littérature de jeunesse, mais également tou·tes les passionné·es amateur·rices. A offrir à votre prof-doc préféré·e !!!

Bonne lecture (et là vous aurez de quoi choisir !) les loulous.